PARIS, LE 30 JANVIER :
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PARIS, LE 30 JANVIER :
Paru dans CQFD n°96 (janvier 2012), rubrique Médias, par François Maliet (mis en ligne le 14 janvier 2012)
Le film de Balbastre et Kergoat, Les Nouveaux chiens de garde, remue une fois encore le couteau dans la plaie du journalisme de connivence. Saine activité, puisque l’engeance médiatique s’entête toujours à nous faire croire que nous sommes des citoyens libres et informés…
Lagardère, Dassault, Bouygues, Pinault-Printemps-Redoute, Bolloré… De grands groupes industriels ? Certes. Mais aussi, et surtout, les propriétaires de nombreux médias français. Des patrons de presse qui « exercent leur pouvoir sur [leurs journaux] », comme l’admet sans rechigner le taulier de l’hebdomadaire des grands-pères, Franz-Olivier Giesbert, dans le documentaire Les Nouveaux chiens de garde [1].
Les réalisateurs, Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, ont eu la gentillesse d’organiser une séance de rattrapage pour ceux qui auraient omis de lire le bouquin éponyme de Serge Halimi paru en 1997 [2]. Un opuscule qui avait provoqué, en son temps, quelques remous dans le cloaque médiatique. Le postulat de base est bien connu des lecteurs d’Action critique médias (Acrimed) et de feu Le Plan B : « Les médias se proclament “contre-pouvoir”. Pourtant, la grande majorité des journaux, radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. […] Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. » Des propos étayés par de nombreuses images d’archives joliment mises en scène dans un salon évolutif. Devant tant de compromissions éhontées, le spectateur ne peut que rire… jaune. Partageant « les mêmes valeurs, les mêmes amitiés, le même mode de vie », comment journalistes vedettes, hommes politiques et grands patrons pourraient-ils avoir des intérêts divergents ?
La proximité est telle que nombre de stars des médias s’abreuvent directement à la source des grands groupes industriels, toute honte bue. Dans leur jargon, l’on appelle cela « faire des ménages », ou comment rentabiliser sa notoriété en facturant des animations de colloques ou autres assemblées générales. Isabelle Giordano, par exemple, a « fait un ménage pour la société de crédit à la consommation Sofinco, et a invité le directeur de la communication de cette société dans son émission de défense des consommateurs, Service public, sur France Inter. » « La différence, c’est l’indépendance », comme dit le slogan.
Les réalisateurs règlent aussi leur compte aux « experts » – Alain Minc, Michel Godet, Daniel Cohen,… – qui monopolisent les médias depuis tant d’années pour « prêcher les thèses de l’économie néolibérale ». Ils sont toujours présentés sous leur étiquette la plus respectable, mais « le spectateur regarderait tout autrement un brillant économiste universitaire s’il savait que cet économiste est largement rétribué par les banques, les assurances, et les sociétés privées comme administrateur. C’est-à-dire au centre de la gestion de ces entreprises, explique l’économiste Jean Gadrey. Comment rester indépendant quand on est totalement inséré dans des réseaux de milieux d’affaires ? »
Non sans avoir épinglé les faux impertinents récupérés, tels Michel « Bigoudis » Field et Philippe « Prognathe » Val, le documentaire s’attaque à la représentation médiatique des quartiers populaires. Il est rappelé qu’à chaque révolte – en banlieue ou dans des usines –, la presse aux ordres s’égosille en appels au calme. Michel Naudy, ancien journaliste à France 3 et co-fondateur de l’hebdo Politis, s’interroge : « Est-ce qu’on admet que, à l’illégitimité de l’exploitation, du mépris que l’on impose [aux classes populaires] peut correspondre la légitimité de la violence qui peut exister dans leur révolte ? Tout est là. Il est une violence symbolique légitime pour monsieur Pujadas. Il est une violence physique, collective, illégitime pour monsieur Pujadas. La ligne de partage se fait, excusez-moi de l’archaïsme du mot, selon des intérêts de classe. » Il complète : « Pour les journalistes, les classes populaires, c’est une réserve d’indiens, ils ne les connaissent pas, ils ne viennent pas de ces milieux. »
Pour parler clair et en toute transparence, ce film n’est-il pas un plaidoyer pour la presse faite par des gueux, pour la plèbe ? CQFD
Sous prétexte de renforcer la compétitivité de la France, Nicolas Sarkozy fait un cadeau de 13 milliards au patronat, et leur offre la possibilité de déroger au code du travail.
Depuis le temps que le MEDEF exigeait de sortir le temps de travail et le SMIC de la loi, c'est chose faite !
Outre une augmentation du temps de travail et une baisse des salaires, les travailleurs devront affronter une hausse de la TVA, et renoncer à toute baisse des loyers. Ses mesures sur le logement vont permettre à ses amis d'agrandir leurs villas, mais sûrement pas de construire les logements sociaux qui manquent cruellement, et qu'il n'a même pas évoqués.
Décidément, le quinquennat de Nicolas Sarkozy se résume en une phrase : faire payer les plus modestes !
TRIBUNE PUBLIEE DANS "MEDIAPART" par l'équipe d'économistes du Front de Gauche :
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L’emploi, tous les candidats à la présidentielle s’en disent préoccupés. Comment d’ailleurs faire autrement alors que le chômage monte, apparemment de façon inexorable. Le candidat non déclaré Nicolas Sarkozy, utilisant ses habits de président de la République, a convoqué un sommet social censé répondre à cette préoccupation. (...)
Pour que l’emploi se développe, nous disent le président de la République et le patronat, il suffit de baisser le coût du travail, de rendre celui-ci plus flexible et d’allonger sa durée. Que cette thèse ait abouti à une détérioration considérable de la condition salariale, sans créer vraiment d’emplois, n’a pas l’air de contrarier ses défenseurs. On peut d’ailleurs les comprendre. À défaut de développer l’emploi, ce sont les profits des entreprises, en particulier des plus grandes, qui l’ont été. (...)
Les entreprises sont aujourd’hui guidées par une logique financière visant à maximiser «la création de valeur pour l’actionnaire». Le bilan de ces trente dernières années est éloquent. Le chômage et la précarité ont grandi alors que la part des salaires baissait de 5 à 8 points, selon que l'on prend comme référence 1972 ou 1982, soit entre 100 et 160 milliards d’euros par an en valeur actuelle. De plus, l’investissement productif a progressé très modérément, alors qu’explosaient les placements financiers, les exportations de capitaux et la part des dividendes dans le PIB. L’emploi est, dans ce cadre, une simple variable d’ajustement. S’attaquer vraiment au chômage et à la précarité suppose de rompre radicalement avec ce type de logique.
Nous pouvons identifier cinq paquets de mesures alternatives aux politiques néolibérales en matière d’emploi. Il s’agit d’abord de soustraire les entreprises à la logique financière. Il faut certes, et c’est essentiel, favoriser l’investissement productif aux dépens de la rente. Des mesures fiscales doivent permettre de pénaliser la distribution des profits non réinvestis et taxer fortement les dividendes et les revenus des dirigeants pour instaurer, de fait, un revenu maximal. Une autre possibilité pourrait être de plafonner les dividendes versés aux actionnaires.
Pour développer l’emploi, l’investissement productif doit être tourné vers les besoins sociaux à satisfaire, permettre d’engager la nécessaire transition écologique de la société et relever le défi de la réindustrialisation. Il faut donc, par un contrôle social des banques, avec l’action d’un pôle financier public, réorienter le crédit vers des investissements qui répondent à des critères écologiques et sociaux. De plus, des mesures spécifiques de crédit pour alléger les charges financières des PME doivent être mise en œuvre. Dans cette logique, le refinancement des banques auprès de la Banque centrale devrait être soumis à des conditionnalités sociales et écologiques. Utilisons toutes les marges de manœuvre nationales et européennes qui existent pour agir dans ce sens et élargissons-les.
Depuis des années, les services publics ont été systématiquement affaiblis. Les directives européennes de libéralisation, qui les ont placés en situation de concurrence, ont favorisé leur démantèlement, la désastreuse révision générale des politiques publiques (RGPP) provoque aujourd’hui leur agonie. Or, le développement des services publics est une condition absolument nécessaire pour que l’investissement des entreprises puisse se déployer efficacement pour satisfaire les besoins sociaux et réduire les inégalités. (...)
La réorientation de l’investissement productif aura des conséquences sur les salariés. Produire autrement et autre chose nécessitera sans aucun doute des reconversions. Il faut donc protéger les salariés et les sans-emploi, promouvoir leurs capacités. La mise en place d’une sécurité sociale professionnelle ou d’un statut du salarié doit permettre que ce dernier puisse bénéficier du maintien de sa rémunération, de sa protection sociale et d’une formation professionnelle lui garantissant de retrouver un emploi équivalent à celui qui était le sien. Cette mesure pourrait être financée par les ressources actuelles de l’indemnisation chômage, auxquelles viendrait s’adjoindre une cotisation sociale spécifique. De nouveaux droits pour les salariés dans l’entreprise complèteraient cette mesure. (...)
Enfin il faut reprendre le mouvement historique de réduction du temps de travail (RTT). Elle est, d’abord, nécessaire sur le plan économique pour favoriser l’efficacité au travail au lieu de la surexploitation actuelle, concentrée toujours sur les mêmes. Puisqu’il s’agit d’accueillir les nouveaux actifs et de résorber le chômage, la RTT est absolument nécessaire aujourd’hui, en permettant de décupler l’effet de l’activité économique sur l’emploi, tout autant qu’elle l’a été dans le passé. Ainsi, la productivité horaire a été multipliée par 15 au cours du XXe siècle alors que la production ne l’était que par 10. Dans la même période, le temps de travail a été divisé par deux et l’emploi multiplié par 1,3. (...) La diminution de la durée légale du travail pour tous sans perte de salaire fait partie de l’alternative à l'institutionnalisation du chômage partiel comme nouvelle norme et comme instrument de politique de l'emploi.
À l’encontre de politiques d’austérité qui mènent à la récession, ce lot de mesures dessine les contours d’un nouveau mode de développement visant la satisfaction des besoins sociaux, la réduction des inégalités et le respect des impératifs écologiques. Syndicalistes et économistes, nous soutenons le candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, pour faire prévaloir cette logique de transformation sociale qui nous est indispensable.
Frédéric Boccara, économiste - Claude Debons, syndicaliste - Anne Debregeas, syndicaliste EDF - Jacques Généreux, économiste - Elodie Groutsche, syndicaliste Fralib - Jean-Marie Harribey, économiste - Michel Husson, économiste - Marianne Journiac, syndicaliste AP HP - Pierre Khalfa, syndicaliste - Didier Le Reste, syndicaliste - Jacques Rigaudiat, économiste - Stéphanie Treillet, économiste
Dans la préface de l'ouvrage de Corinne Morel Darleux L'écologie, un combat pour l'émancipation, Jean-Luc Mélenchon présentait ainsi sa démarche : "il n'y aura pas d'issue à la crise écologique actuelle sans rupture avec le capitalisme (...) La catastrophe écologique précipitée par le capitalisme met en effet à l'ordre du jour la défense d'un intérêt général humain qui a rarement été autant tangible dans l'histoire."
Jean-Luc Mélenchon était invité samedi 28 janvier, au congrès de France Nature Environnement pour une intervention en tant que candidat à l'élection présidentielle. Rarement présenté comme tel, Jean-Luc Mélenchon défend pourtant un projet écologiste sans précédent à gauche. (...)
Le réchauffement climatique, la destruction de la biodiversité, l'épuisement rapide des ressources naturelles ne sont pas des catastrophes d'origine naturelle, mais le résultat des logiques capitalistes du profit maximal à court terme. (...)
Le Parti de Gauche qu'il co-fonde en février 2009 donne la part belle à l'écologie. Passée par le mouvement Utopia, Corinne Morel-Darleux est élue secrétaire national à l'écologie. En juin de la même année, la députée de Paris Martine Billard et plusieurs centaines de militants écologistes quittent les Verts pour rejoindre le PG. Sur les drapeaux partisans, le vert rencontre le rouge. Gaz de schiste, défense d'une gestion publique de l'eau aux côtés de feu Danielle Mitterrand, mobilisations contre l'aéroport de Notre-Dames-des-Landes, scénario Négawatt; au parlement comme dans la rue, le PG participe aux luttes de l'écologie politique.
Moratoire sur toutes les politiques de déréglementation de l'énergie, abrogation de la loi NOME, gestion publique de l'eau et de l'assainissement, création d'un pôle 100% public de l'énergie, développement du transport ferroviaire et fluvial, lancement d'un réseau de géothermie profonde... La planification écologique est l'un des principaux chapitres du programme présidentiel du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon. "Nous proposons la planification écologique comme moyen de redéfinir nos modes de production, de consommation et d'échange en fonction de l'intérêt general de l'humanité et de l'impact de l'activité économique sur l'écosystème". On est bien loin du "capitalisme vert" du Grenelle de l'environnement prôné par Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit.
Au coeur de cette planification écologique, la question du nucléaire est posée. Jean-Luc Mélenchon s'est prononcé publiquement pour en sortir. Au sein du Front de Gauche, les avis sont partagés. Les communistes sont majoritairement pour le maintien d'un nucléaire sécurisé et public. La proposition retenue par le Front de Gauche est l'organisation d'un référendum national : l'occasion de pouvoir enfin débattre en France du nucléaire.
Paul Degruelle
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