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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 23:20

Élections régionales au Venezuela : large victoire du chavisme et… nouvelle défaite de la droite et des médias

Ce dimanche 15 octobre, plus de 18 millions de vénézuéliens étaient invités à élire les 23 gouverneurs de 23 états parmi 226 candidats de droite ou bolivariens (= chavistes) – sauf à Caracas qui n’est pas un État. À cet effet le Centre National Électoral avait installé dans tout le pays 13.559 centres de vote et 30.274 tables électorales. Le taux de participation a été de 61,4 %, un taux très élevé pour un scrutin régional.

Les bolivariens remportent une large victoire avec 17 états contre 5 pour l’opposition. Celle-ci gagne notamment dans les états stratégiques de Mérida, Táchira, Zulia, proches de la Colombie, foyers de violence paramilitaire. Les bolivariens récupèrent trois états historiquement gouvernés par la droite : les états d’Amazonas, de Lara et – victoire hautement symbolique – celle du jeune candidat chaviste Hector Rodriguez dans l’État de Miranda, longtemps gouverné par le milliardaire et ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles Radonsky.

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Pour mieux comprendre le ressort vivant du chavisme, il suffit de comparer deux images. En haut : une droite machiste, blanche, liée à l’entreprise privée, adoubée par Donald Trump, l’Union Européenne, Emmanuel Macron, Mariano Rajoy, Angela Merkel et les grands médias internationaux, pour « rétablir la démocratie ». En bas, les secteurs populaires – une population métissée, majoritaire, mais invisibilisée par les médias – font la fête à Petare, un des plus grands « barrios » d’Amérique Latine, après la victoire du candidat bolivarien Hector Rodriguez. (1)

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Le candidat bolivarien Hector Rodriguez a gagné son pari de reprendre l’état de Miranda à la droite.

C’est le 22ème scrutin depuis que le chavisme est arrivé au gouvernement, et le deuxième de l’année (on peut y ajouter plusieurs consultations – organisées en interne et sans cadre légal – par les partis de droite en 2017). Cette élection des gouverneurs sera suivie par celle des maires puis, en 2018, par les élections présidentielles.

Ces résultats qui donnent au chavisme 54 % des votes nationaux contre 45 % à la droite sont d’autant plus intéressants que ces élections ont lieu dans un contexte difficile. Il y a deux mois et demi encore, une insurrection armée dirigée par l’extrême droite cherchait à renverser le gouvernement élu, avec un bilan de près de 200 morts (2). Cette déstabilisation prit fin le 30 juillet, lorsque la population jusque-là restée en marge de ces violences s’est mobilisée pour élire une Assemblée Constituante. Désavouée, la droite s’est alors déchirée entre un secteur radical maintenant l’objectif de revenir au pouvoir sans passer par les urnes et un secteur acceptant de revenir à la voie électorale. Pour tenter d’infléchir le scrutin en sa faveur, la droite, le secteur privé (80 % de l’économie) et les Etats-Unis ont remis toute la pression dans la guerre économique, avec l’envol astronomique des prix de certains de produits de base afin d’augmenter le mécontentement populaire. Comme d’habitude, soucieuse d’alimenter le storytelling international, la droite a contesté les résultats, évoquant une « fraude ». Le président Maduro a répondu en demandant un recomptage de 100 % des votes.

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Les experts du Collège d’Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) ont suivi l’ensemble du processus électoral.

Parmi les observateurs internationaux dont 50 experts électoraux, le colombien Guillermo Reyes, porte-parole du respecté Collège d’Experts Electoraux d’Amérique Latine (formé d’ex-présidents de centres nationaux électoraux de nombreux pays) a rappelé que le système électronique du Venezuela est le plus moderne du continent et que plusieurs jours avant l’élection, l’ensemble des partis de droite et de gauche ont participé aux essais techniques du vote, signant le rapport concluant à sa fiabilité. En 2012 déjà, le système électoral automatisé du Venezuela a été qualifié par le Centre Carter de « meilleur du monde ». (3)

Avec 22 scrutins en 18 ans de processus bolivarien, le Venezuela continue donc à battre tous les records en nombre d’élections et même si les secteurs radicaux de la droite crient à la fraude quand les résultats ne les favorisent pas, celle-ci en a remporté plusieurs, comme les législatives de 2015.

Contrairement à ce que les médias veulent faire croire au monde entier, la droite vénézuélienne dispose de tous les moyens pour s’exprimer. La majorité des médias, privés, et des réseaux sociaux (bots y compris…) lui est largement favorable sur les plans local, régional, national et international (4). On comprend le silence des médias internationaux sur ce scrutin qui contredit, une fois de plus, le plus grand fake news de l’histoire contemporaine : « la dictature au Venezuela ». Les urnes répondent aux « journalistes » qu’il ne faut jamais oublier l’existence d’un peuple, et encore moins sous-estimer sa conscience.

Thierry Deronne
Caracas, le 15 octobre 2017

 

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 23:20

On n’a encore rien dit du Venezuela

Propos recueillis à Caracas pour le Journal de l’Insoumission, le 20 septembre 2017, en marge des rencontres internationales de solidarité : « Todos sommes Venezuela ». (Version revue et abondée par Th. D.).

* * *

Maxime Vivas. Le Venezuela est le pays d’Amérique Latine dont on parle le plus à travers le Monde (désormais plus que de Cuba). Pourquoi ?

Thierry Deronne. Eh bien, Maxime, je pense qu’on n’a encore rien dit du Venezuela. La vitesse de projection des Européens sur notre réalité est due parfois à leur histoire de domination, à l’excès de théorie, aux besoins de plus-value idéologique de certains courants politiques ou à la « négociation science-po » avec le pouvoir médiatique. Soyons plus humbles, plus attentifs à « l’autonomie du réel ».

MV. Qu’est-ce que nous devrions mieux comprendre ?

  1. D’abord que la politique au Venezuela voit s’affronter en permanence deux grands « champs magnétiques ». Le premier, c’est la formation historique « social-démocrate » : le parti Acción Democrática comme appareil clientéliste, fabriquant de sommeil populaire avec télévision de masse, État « magique »au service du pillage de la nation par une élite surtout blanche. C’est l’école politique première, avec ses rêves d’ascension sociale, qui a duré longtemps (40 ans), assez pour expliquer beaucoup de comportements à l’intérieur de notre Etat
  2. La fosse commune des 3000 manifestants anti-FMI laissée par le président Carlos Andrés Pérez en 1989 fit tomber le masque de cette « social-démocratie » et déclencha l’entrée en politique du deuxième « champ magnétique », celui des marrons (2), ces ex-esclaves qui appelaient au son de leurs tambours à fuir les chaînes coloniales pour créer la « vraie vie » dans les montagnes, ranimés cette fois par Hugo Chavez. L’élite vit d’abord en lui son « Obama », celui qui sauverait le système discrédité, et qu’on pourrait acheter une fois élu : les militants de la social-démocratie se déguisèrent massivement en chavistes. Mais l’esclave fit un pied de nez au maître, et la guerre commença : avec le coup d’Etat de 2002 mené par l’alliance des médias privés, du Medef local, et de militaires de droite, déjoué par une mobilisation populaire et par les militaires bolivariens, qui ramenèrent Chavez au pouvoir en 48 heures.

Un des déclencheurs de la première indépendance latino-américaine, ce fut le sauvetage par les Jacobins noirs d’Haïti d’un Bolivar en déroute, au bord du suicide. Dès qu’il put comprendre la vision des soldats libres de Pétion et Louverture, il vola de victoire en victoire à la tête d’une armée d’ex-esclaves, passant les Andes glaciales à pied pour fonder la première union de républiques indépendantes d’Amérique du Sud.

C’est de cette dialectique historique que Chavez se fit le pédagogue, portant ses doigts dans ses cheveux crépus pour rappeler au peuple d’où il venait, rappelant l’origine des origines, la rébellion de Jose Leonardo Chirino, dont le corps démembré par les espagnols fut exposé aux quatre vents, pour avoir annoncé avant Bolivar la libération des esclaves. Ce désir d’égalité est toujours vivant, et c’est un moteur extraordinaire du point de vue démocratique.

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Photos : le jeune Hugo Chavez, Mohammed Ali et mémorial de la déportation des Africains vers les Amériques.

MV. Comment ce « moteur » se manifeste-t-il, de nos jours ?

TD. En amenant des gens à traverser à gué des rivières, à déjouer les attentats et les menaces de la droite pour aller voter pour l’Assemblée Nationale Constituante, débordant même le Parti Socialiste Unifié (le principal parti chaviste). Cette dialectique maître-esclave, on la retrouve partout dans l’Etat ou dans la société.

On sait que la guerre économique ne vise pas seulement à asphyxier un pays, elle vise à détruire la culture en tant qu’elle relie les citoyens. Or, ce sursaut citoyen, cette « pulsion créatrice d’un peuple »que Chavez avait prophétisée en citant Marc Bloch, se produit au moment où toute une micro-corruption quotidienne parle plutôt d’un affaissement collectif. Malgré tout ce que signifient le dollar parallèle, la vie plus difficile et l’éreintement de trois ans et demi de guerre économique, malgré le sabotage violent de l’élection par l’extrême droite, huit millions de Vénézuéliens « repassent les Andes » pour sauver le rêve de Bolivar et vont déposer un bulletin dans l’urne pour élire une Assemblée Constituante.

Et on a donc actuellement un oxygène formidable dans la société.

MV. Un oxygène formidable ?

TD. Oui car l’abstention populaire aux législatives de 2015 – et la victoire de la droite – marquait la fatigue, la colère et le rejet par la base chaviste de la permanence dans l’Etat d’un personnel social-démocrate, expert en corruption et rhabillé en « chaviste », dont le poids devenait plus insupportable en pleine hausse des prix par le secteur privé. Forte de cette victoire, la droite a cru son heure revenue, a mis la pression grâce à l’appui sans conditions des Etats-Unis et des médias, et a déclenché l’insurrection de ces derniers mois.

Le peuple invisibilisé par les médias, a subi, observé en spectateur, cette minorité violente brûler vifs des citoyens afrodescendants. Elle y a lu, avec raison, le retour du fouet du maître. Le peuple a eu cette « sagesse patiente », comme chantait Ali Primera, de ne pas tomber dans la provocation et de bouter hors des rues, à l’aide de bulletins de vote, cette violence qui a causé la majorité des morts – et que les médias ont imputés automatiquement au « régime ».

Le vote constituant du 30 juillet, le retour à la paix, c’est d’abord cela : la réparation de la défaite électorale de décembre 2015, la remoralisation populaire. Huit millions de citoyens descendant des versants glacés, traversant des rivières fortes. Le bruit des pas à contre-courant trouble le sommeil des politologues. Un pouvoir originaire, constituant est au travail.

Si Chavez est vivant malgré la dictature des médias privés au-dedans comme au-dehors c’est parce qu’il est le mouvement d’un ressort comprimé pendant trop longtemps : trop de larmes rentrées, trop d’humiliation.

Une partie de la droite l’a compris en se démarquant récemment des violences de l’extrême droite – celle que Macron vient de recevoir à l’Elysée : en annonçant les premiers leur participation aux élections des gouverneurs d’octobre, ces vieux renards de la « social-démocratie » ont assez de flair pour comprendre que la violence raciste ne peut que réveiller la conscience des esclaves.

Trop tard. Tous les grands chantiers, qu’il s’agisse de la transformation de l’Etat, de la lutte contre la corruption, de la transformation du système productif, de la sortie du « rentisme pétrolier », mais aussi des droits en matière culturelle, écologique, y compris les droits des animaux, tous les chantiers possibles et imaginables reviennent à la surface.

MV. En France, l’idée d’une Constituante a été portée par Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise, pendant la campagne des élections présidentielles.

TD. En effet, il incombe à chaque génération, disait Frantz Fanon, de découvrir sa « mission ». Ce que je peux dire à la France Insoumise, c’est que ce chantier de la Constituante vénézuélienne, qui approfondit la démocratie, mérite d’être visibilisé, étudié, et surtout qu’on n’a peut-être pas encore commencé à en prendre la mesure ni à en déchiffrer l’origine. Et c’est pourquoi j’affirme qu’on n’a encore rien dit du Venezuela.

Maxime VIVAS

NOTES.

(1) Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseignant universitaire (UBV, UNEARTE) et formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog www.venezuelainfos.wordpress.com. Cinéaste, réalisateur du Passage des Andes (2005), de Carlos l’aube n‘est plus une tentation (2012) et de Jusqu’à nous enterrer dans la mer (2017), documentaire sur la vie d’un quartier populaire dans la révolution bolivarienne qu’on peut commander à gloriaverges@free.fr de France Amérique Latine (FAL 33).

(2) Au seizième siècle, dans plusieurs pays d’Amérique latine sous domination espagnole, portugaise ou française, les marrons étaient des esclaves noirs qui fuyaient les traitements cruels et le travail forcé, pour créer des « cumbes » ou « quilombos », sortes de « communes » restées vivantes dans la géographie et dans la mémoire collective. Des historiens avancent que ce nom leur a été donné par référence à un type de cheval sauvage, Cimarron, réputé difficilement domptable.

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/25/on-na-encore-rien-dit-...

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Publié par Thierry DERONNE - dans International
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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 06:00

Le 12 août, à Charlottesville, en Virginie, un État qui a autrefois servi de capitale de la rébellion confédérée du Sud, une violente confrontation a éclaté entre un rassemblement de l’extrême droite – membres du Ku Klux Klan, d’autres Supremacistes blancs, ainsi que néo -Nazis – et des contre-manifestants anti-racistes. Les néo-fascistes ont convergé de tous le pays, brandissant leurs armes, pour protester contre le retrait imminente de la statue de Robert E. Lee, commandant de l’armée de la Confédération (l’esclavocratie, comme Marx l’appelait). Dans la charge de cette troupe d’extrême droite, face à laquelle les forces de l’ordre sont restées passives, une femme blanche de 32 ans, Heather Heyer, a été tuée lorsqu’un jeune néonazi a foncé avec sa voiture dans une foule de contre-manifestants, un mode d’action terroriste habituel désormais.

Une campagne pour l’élimination des monuments aux héros de la Confédération a pris de l’ampleur dans tout le Sud en réaction à la nature manifestement raciste de la campagne présidentielle de Trump. Les démocrates et certains médias libéraux ont soudainement découvert le racisme en Amérique, mais proposent de ne pas s’opposer à la suprématie blanche, mais uniquement en tant que club contre Trump, avec les élections de 2018 en tête.

Le racisme, l’histoire du Capitalisme américain

Pour saisir correctement les événements de Charlottesville, il faut une certaine connaissance de l’histoire des États-Unis, en commençant par les premiers Africains trainés de force sur les rives de la Virginie il y a 400 ans, suivis de millions d’autres enlevés et réduits en esclavage, servant de force de travail indispensable à l’économie de plantations en développement du Sud. Le travail des esclaves est à la base de toute l’économie américaine, créant ainsi d’énormes richesses pour les secteurs de la fabrication, du transport maritime, du commerce et de la banque du Nord. Plus profondément, c’était l’existence de l’esclavage racialisé qui a déterminé la structure politique fondamentale de la nation.

La victoire dans la Guerre Civile de la bourgeoisie du Nord en 1865 a conduit à la fin de l’esclavage légal et à une brève période de démocratie méridionale connue sous le nom de Reconstruction, dont la principale caractéristique était l’affranchissement des Noirs. Mais cela a pris fin avec une nouvelle entente nationale entre la classe de planteurs dans le Sud et les fabricants du Nord qui ont rendu le pouvoir régional au premier au détriment des Afro-Américains (ainsi que des Blancs pauvres).

Ce qui a suivi dans le Sud a été le lancement d’une énorme campagne de propagande de la suprématie blanche visant à jeter les Noirs comme moins humains (période pendant laquelle de nombreux monuments de la Confédération ont été érigés) dirigés vers un nord réceptif et justifiant la création législative pour les cent ans suivant de l’apartheid américain (Jim Crow), le désafranchissement des noirs (et celui de nombreux blancs pauvres) et un régime de terreur symbolisé de façon spectaculaire par la répression étatique périodique par les lynchages.

Le mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960 a réussi à mettre fin à la ségrégation juridique dans le Sud, seulement pour être remplacé par la diversité de facto typique du Nord

Les nazis et suprémacistes blancs de Charlottesville : la partie émergée de l’Iceberg

Les événements à Charlottesville ont forcé les médias traditionnels à reconnaître enfin l’existence de groupes armés de suprémacistes blancs et de néo-nazis, qui existent pourtant depuis des décennies. (Voir le Southern Poverty Law Center qui se spécialise dans le suivi de ces derniers).

Ces groupes, dont certains sont engagés dans un entrainement militaire permanent, sont devenus de plus en plus actifs et de plus en plus hardi, trouvant prétextes sur pretextes pour améliorer leur visibilité, entre autres choses, en défendant les symboles à la gloire de l’ancienne organisation politique du Sud sous l’esclavage et Jim Crow, des symboles qui sont attaqués comme aggressifs dans les villes et les campus du Sud, de plus en plus cosmopolites, désormais liés à l’économie néolibérale et non plus à une économie de plantation.

L’extrême droite s’est associée à une aile informelle du Parti républicain, baptisée « Tea Party », qui comprend maintenant la base sociale la plus loyale de Trump, forte dans les zones rurales et les petites villes brisées par le néolibéralisme, par la financiarisation par Wall Street de l’économie ainsi que par une désindustrialisation qui a transformé de nombreuses régions en villes fantômes.

Le coup de grâce est venu il y a une décennie sous la forme de la plus grande catastrophe financière depuis la Grande Dépression des années 1930, conséquence d’une fraude extraordinaire même selon les normes de Wall Street, principalement couverte par un président noir. Aussi convervateur qu’était Obama , ne menaçant ni le capitalisme ni la suprématie blanche, néanmoins même il est un affront purement symbolique à la norme raciale a fait enrager des dizaines de millions de personnes qui l’ont rendu responsables de leurs épreuves, y compris la perte d’emplois et de leur maison, lui ainsi que la recrudescence des immigrants de couleur (principalement d’Amérique centrale, et en particulier du Mexique), à laquelle il était (faussement) prétendu ne faire payer aucune taxe et accaparer en parasites les services sociaux du pays.

À ces ressentiments, il faut ajouté la présence d’une population musulmane de peau plus foncée perçue comme des sympathisants terroristes au mieux, constituant une menace grave pour la sécurité, protégée par les libéraux / gauchistes (les deux étiquettes étant utilisées de façon interchangeable). Pendant ce temps, la riposte contre les meurtres policiers d’hommes noirs non armés a entraîné une recrudescence de l’activisme (le mouvement “La vie des vies noirs compte Black Lives matter”) que la droite qualifie également de terroriste.

En plus du racisme omniprésent, en particulier le racisme anti-noir, un terrain fertile pour la droite est assuré par la crise économique continue. Il y a un taux de chômage élevé (sous-estimé dans les statistiques gouvernementales), une stagnation des salaires (officielle) depuis des décennies (en réalité une déterioration), un évident effondrement de la classe moyenne, une intensification de l’insécurité générale (un pourcentage croissant d’emplois étant à faible salaires /temps partiel et / ou temporaire), et une répartition obscène de la richesse qui n’a enrichi pas le un pour cent, mais le centième du un pour cent.

Par ailleurs ce qui a apporté du grain au moulin de la droite (en particulier la droite des chrétiens évangéliques) a été les gains de groupes sociaux traditionnellement discriminés – les homosexuels, lesbiens et autres non conformistes aux genres, y compris la légalisation du mariage gay, leur participation à l’armée, Etc., que beaucoup de la classe dirigeante trouvent utile de soutenir comme une distraction des problèmes de lutte des classes – certains gains réalisés par le mouvement féministe pour les femmes de la classe moyenne, même si le chomage a augmenté chez les hommes, une visibilité accrue d’un nombre symbolique d’Africains -Americains dans des postes de prestige et de pouvoir, par exemple, Barack Obama, son secrétaire à l’éducation et son procureur général, ainsi qu’une présence médiatique et dans le monde du divertissement plus importante, ainsi que des changements démographiques qui entraîneront que les États-Unis ne seront plus une nation majoritairement blanche dès le milieu du siècle – tous contribuant au sentiment que les hommes blancs sont assiégés.

Trump symbole de la fascisation des classes dirigeantes américaines

Parallèlement à la croissance d’une base sociale fasciste, le fascisme “du haut” progresse également. Les lois sur les armes à feu ont été libéralisées dans de nombreux États, même en autorisant la possession d’armes de qualité militaire, en prévoyant le port d’arme sur la voie publique des armes, y compris les armes d’épaules, comme on l’a vu à Charlottesville, et les lois de “défense de votre terrain”, ce qui rend plus élastique la définition d’autodéfense (déjà extraordinairement interprété pour la police dans le traitement des hommes noirs non armés).

La défense fanatique du « droit de porter des armes » (il y a 300 millions d’armes dans les ménages américains) n’est pas tant le reflet d’un besoin de protection de la maison que la préparation à la course vers la guerre que de nombreux Blancs croient être inévitable.

Donald Trump a remporté la présidence avec sa projection démagogique de préoccupation pour le travailleur moyen (que les médias traditionnels appellent faussement « populisme », son mépris apparent pour l’Établisshment de Washington, populairement partagé, son habileté à saisir le sentiment raciste anti-immigrant, et son succès en faisant valoir qu’il vaut mieux être un milliardaire plutôt que de leur être redevable.

Mais surtout, il a gagné en raison d’un système électoral intrinsèquement antidémocratique qui lui a permis de gagner malgré qu’il soit minoritaire de près de 3 millions de voix.

Trump a été dépeint comme “anti-établissement”. S’il est vrai qu’il ne vient pas des rangs des politiciens professionnels, il représente très bien les intérêts du Big Business, en particulier les intérêts énergétiques et manufacturiers.

Ce qui le distingue, c’est son plaidoyer pour un retour à l’ère pré-néolibérale, une approche plus unilatérale du commerce extérieur et de la politique militaire, en s’appuyant sur la position des États-Unis d’une supériorité militaire et économique accablante et rejetant une stratégie « globaliste » qui dans l’esprit du camp de Trump, s’est traduit par des concessions inutiles de l’impérialisme américain ont porté sur les intérêts des accords généraux d’entente qui sont l’essence même du néolibéralisme.

En d’autres termes, la politique de Trump “America First” (l’amérique d’abord) c’est permettre aux États-Unis de se tailler une part beaucoup plus grande dans le gateau mondial. Son défi pour l’OTAN, l’UE, les accords commerciaux multilatéraux, etc en sont la conséquence. Cela permet également une expression plus grossière du jingoisme-qui défie la sensibilité d’un monde multi-colore.

Dans la Maison Blanche de Trump, la dissension entre les représentants des deux factions divergentes du Parti républicain a causé un désordre considérable. Au fil du temps, les néolibéraux, aussi bien démocrates que républicains, ont réussi à dégager les principaux membres du Tea Party, dont le plus important était le gestionnaire d’extrême droite de campagne de Trump.

Mais les espoirs de dompter Trump ont clairement été douchés. Sa première réponse aux événements de Charlottesville a été de s’incliner vers sa base du Tea Party. Sous la pression, il s’est désavoué lui même, avant de faire volte face à nouveaux, pour soutenir encore plus ouvertement les suprématistes blancs.

Les politiciens orthodoxes dans le Parti Républicain sont dans une position difficile. Il y a une menace implicite des forces du Tea Party de former un parti indépendant qui serait dévastateur pour les Républicains au niveau national. Il y a aussi la menace de candidature du Tea Party contre les Républicains traditionnels dans les primaires, le moyen de déterminer qui irait contre les démocrates lors des élections générales.

Un nombre important de titulaires Républicains seraient vaincus si cette menace était menée à exécution. Parallèlement, la coopération est essentielle pour mettre en place les mesures importantes pour les monopoles sur lesquelles ils sont tous d’accord : réduire les taxes sur les entreprises et les particuliers riches, et se débarrasser des vastes réglementations financières, environnementales et commerciales

Les membres des deux partis, avec le Parti Démocrates en tête, dans une mise en scène d’indignation morale, dénoncent maintenant les commentaires incendiaires de Trump sur Charlottesville, même s’ils ont collaboré pendant plus d’un siècle dans l’oppression des Afro-Américains et des autres communautés de couleur, en serviteurs zélés des intérêts du grand Capital, pour qui la suprématie blanche est à la fois très rentable et une condition cruciale de son pouvoir.

Le racisme problème de classe N°1 aux Etats Unis

La plupart des segments de la gauche considèrent Trump comme l’incarnation du fascisme, et considèrent son administration comme un régime fasciste. Lors de son élection, ils ont fait le serment grandiose de rendre le pays ingovernable et se sont joints à d’énormes manifestations de protestation dont ils n’ont pas réalisé qu’elles étaient été orchestrées dans les coulisses par le Parti Démocrate dont le but n’était pas la démocratie mais simplement la victoire lors des élections de mi mandat au Congrès en 2018.

Dans leur empressement à se débarrasser de Trump (une possibilité de plus en plus forte dans le cadre d’un processus de mise en accusation), ils ont avalé et promu le récit d’une collusion traitresse entre Trump et une Russie diabolisée.

Leur réponse aux événements spécifiques à Charlottesville illustre la même confusion idéologique. Ainsi, il existe un courant qui défend les droits de parole et d’assemblée de l’Extrême-Droit, au nom de la cohérence logique (« Nous le voulons pour nous-mêmes, nous ne pouvons donc pas gêner les autres, quelle que soit leur opinion détestable »).

Certains dénoncent la violence des fascistes et des antifascistes. Il existe aussi un courant anarchiste prêt à combattre, mais indiscipliné, dont la tactique est souvent contre-productive.

Les événements de Charlottesville ont suscité un débat autour des nombreux monuments aux esclavagistes. Certains rejettent les efforts pour les démanteler en tant que détournement de la véritable lutte contre le racisme institutionnel. Certains s’inquiètent du fait que des monuments devraient être détruits jusqu’à ceux pour les « Pères fondateurs », tels que Washington et Jefferson, qui étaient des propriétaires d’esclaves.

Il est en effet révélateur que 10 des 12 premiers présidents étaient des propriétaires d’esclaves. Bien sûr, la lutte contre la suprématie blanche ne devrait pas se limiter à une lutte contre ses symboles, mais devrait et sera on peut l’espérer être approfondie pour devenir une lutte contre les monuments vivants du racisme, ainsi que celui qui établit le lien inextricable entre la suprématie blanche et la Système capitaliste.

En particulier, la notion populaire doit être combattue dans les cercles nationalistes de gauche et noirs que les travailleurs blancs bénéficient du système de suprématie blanche, qu’ils jouissent d’un « privilège de peau blanche » qu’ils doivent sacrifier pour le plus grand bien de la Révolution, reprenant comme des perroquets les prémisses diffusées par le KKK et d’autres groupes de la suprématie blanche.

Notre tâche est plutôt de convaincre les travailleurs blancs de leur communauté d’intérêts avec les travailleurs noirs et de la necessité de leur participation à mettre fin à l’oppression des Afro-Américains et d’autres personnes de couleur – en d’autres termes, aider le travailleur blanc à devenir conscient de sa classe.

Il y a beaucoup de nouveaux venus à la lutte militante qui rejoignent la ligne de front dans l’esprit de No pasaran ! Malheureusement, la grande majorité de ces nouvelles forces perçoivent la menace fasciste comme émanant uniquement de Trump et / ou du Parti républicain, étant aveugle à l’érosion régulière des droits sous les gouvernements Démocrates, demeurant aveugle à la manière dont les guerres américaines d’agression, les changements de régime, le chantage économique , l’intimidation des nations plus faibles, qui ont été menées à parts égales par les deux principaux partis, ouvrent également la voie au fascisme.

La plupart de la gauche n’a pas non plus apprécié le caractère fasciste de nombreuses politiques de l’administration Obama, qui a ouvert de nouveaux horizons dans la lutte contre les libertés civiles, renforcant l’état policier de surveillance, revendiquant le droit de procéder à des assassinats extrajudiciaires de citoyens américains, etc.

Surtout, il subsiste des illusions chez Bernie Sanders et sa marque de « socialisme » et la croyance naïve de la possibilité de réformer le Parti démocrate.

Toutefois, une éclat de lumière vient du réveil du radicalisme de nouveaux segments de la jeunesse – bien que essentiellement des classes moyennes. Leur ardeur antifasciste est admirable.

Mais nous ne pouvons pas compter sur ce secteur soit pour prendre l’initiative de bloquer le fascisme, soit pour construire un véritable mouvement socialiste. Notre objectif devrait être d’éduquer et d’organiser la moitié inférieure de la classe ouvrière, dont une grande partie est constituée des travailleurs de la couleur, un effort dans lequel nombre d’entre nous sommes déjà engagés.

Pour comprendre Charlottesville et, en fait, tous les autres événements contemporains aux États-Unis, il faut comprendre que le capitalisme qui s’est développé dans ce pays sur la base de l’extermination des indigènes de peau plus foncée et de l’asservissement de l’Afrique, est plus profondément imbriqué avec la suprématie blanche que toute autre nation.

Le racisme est notre problème de classe n ° 1. Et tout comme la lutte contre le racisme n’est efficace que dans la mesure où elle est en même temps une lutte contre le capitalisme (comme Martin Luther King l’a perçu dans les derniers jours de sa vie), la lutte contre le capitalisme pour les lendemains qui chantent d’un avenir socialiste, ne sera efficace que dans la mesure où il est inextricablement lié à la lutte contre la suprématie blanche.

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Publié par JOE KAYE - dans International
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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 06:00

En plus d’un blocus économique et financier criminel qu’ils combattent avec courage et détermination depuis le triomphe de la Révolution, Cuba et son peuple doivent faire face chaque année au déchainement destructeur des éléments qui, depuis quelques années, en raison du réchauffement de la planète (dont les pays riches sont en grande partie responsables), s’accentue et s’accélère. Si nous y ajoutons le scandale du black-out insupportable de la part des médias occidentaux et singulièrement français, sur les attaques du cyclone et les ravages qu’il a provoqués dans la presque totalité de l’Île, le triptyque est complet.

Ce petit pays volontaire et audacieux doit affronter les trois calamités à la fois. Il lui faut donc d’excellentes raisons et de solides convictions pour leur résister et les combattre victorieusement, tout en construisant, solitaire, une société socialiste où l’être humain est la priorité nationale.

Le peuple cubain qui, à l’exemple de Fidel, le charismatique commandant en chef de la Révolution, dont "la confiance absolue dans la victoire et la volonté de fer" étaient vissées au corps, sait "qu’il n’y a rien d’impossible". "Dans ces heures particulièrement difficiles" vient de proclamer l’autre héros de la Révolution, le chef de l’Etat Raoul Castro Ruz, "son héritage nous rend plus fort et nous unit". En effet, seul un peuple uni et déterminé, cultivé et solidaire, peut résister à une adversité aussi puissante et cruelle et la mettre en échec.

C’est pourquoi, alors que Cuba vient de subir pendant près de 72h, de Baracoa à Cardenas, les attaques destructrices d’un cyclone d’une violence inouïe, alors que son peuple est blessé dans sa chair (10 victimes recensées à ce jour), alors qu’il ne peut compter que sur lui-même pour relever le défi de la reconstruction, alors que son économie et son développement sont étranglés par un blocus étasunien génocidaire, je suis terriblement choqué que la plupart des médias organisent un silence assourdissant et consternant sur les souffrance que le peuple cubain endure.

Ils ne s’apitoient, les misérables, que sur les malheurs des milliardaires de Floride ou de St Barth. Cuba n’existe pas ! Entre Key West et St Martin, la plus grande île des Caraïbes a été engloutie.

Mieux vaut éviter de parler d’un pays qui se distingue par ses vertus humanistes et par la force de son collectif. En effet, Cuba pourrait donner des leçons au monde entier en matière d’organisation de la protection des populations en cas de cataclysme. A Cuba, contrairement aux pays capitalistes qui privilégient les biens, ce sont les êtres humains qui sont prioritaires. La Défense Civile Cubaine est d’une efficacité redoutable.

En quelques heures, voire moins, elle peut mettre à l’abri une ville de 30 000 habitants. Pour l’ouragan "Irma", l’un des plus violents de l’histoire cyclonique de Cuba, ce sont plus d’un million d’habitants et de touristes qui ont été mis à l’abri, hors des zones sensibles, en seulement quelques jours. Tout le monde est mis à contribution et chacun s’attelle à sa tâche avec le souci d’autrui. C’est ainsi que les autorités du pays chargées de la Protection Civile, s’appuient sur l’armée, la police, les organisations de masse et de proximité et sur un savoir-faire, une discipline, un ordonnancement et une solidarité exemplaire entre les habitants.

Dans ces territoires balayés régulièrement par les ouragans et les pluies diluviennes de septembre à novembre, des exercices sont organisés tout au long de l’année. Chacun sait où se situent les abris. Chacun sait ce qu’il doit faire quand les alertes sont notifiées et diffusées. Rien n’est laissé au hasard dans la prévention : dans chaque quartier, les plus faibles, les handicapés, tous ceux dans l’incapacité de se déplacer par eux-mêmes sont visités et pris en charge par les CDR et les services sociaux. Pas un seul n’est oublié !

Il y a deux phases d’alerte : la "phase informative" et la "phase cyclonique". Dans la première, la population est renseignée régulièrement par la télévision, les médias, les réseaux sociaux et par des réunions de prévention, sur la nature, la progression et les dangers du fléau, grâce à la pédagogie d’un service météorologique de pointe.

La seconde phase est celle de "l’alerte cyclonique" qui organise les déplacements de population dans les familles, chez des amis, dans les abris et qui met sur le pied de guerre non seulement les entreprise publiques concernées, notamment celles de l’électricité, du gaz et du téléphone, mais aussi l’ensemble des acteurs de la protection civile.

Ce branle-bas de combat impressionnant, forgé par l’expérience et par la volonté politique, permet de réduire à rien le nombre des victimes. Quand malheureusement il y en a, c’est soit le fait d’une terrible malchance, soit que les personnes n’ont pas observé strictement les consignes de la Défense Civile.

Mais Cuba ne serait pas Cuba si son peuple, lui-même en plein désastre, ne faisait pas preuve de solidarité avec les autres peuples des Antilles sévèrement touchés par le cataclysme, comme Antigua, La Barbade, Haïti, Les Bahamas et autre Sainte-Lucie.

Des médecins et du personnel médical cubains sont envoyés par centaines au secours des populations sinistrées. Qui peut en dire autant ? Chapeau bas Cuba socialiste !

C’est sans doute tout cela que les "journalistes" veulent taire. Surtout ne rien dire de ce peuple digne, solidaire, pacifique, qui ne se plaint jamais, qui est attentif au malheur des autres, et qui est de surcroit d’une efficacité redoutable face aux déchainements de la nature. Mais ce que ne pardonnent pas les maîtres des médias, c’est que ce peuple, rebelle dans l’âme, persiste dans la voie du socialisme.

Pourtant, combien de fois a-t-il souffert dans sa chair ? Combien de fois a-t-il dû reconstruire ce qu’il avait patiemment déjà reconstruit ? Combien de fois a-t-il dû remettre son ouvrage sur le métier ? Combien de fois enfin a-t-il dû se sentir calomnié, insulté ?

Je sais, chers amis et camarades cubains, que ces dix vies que le cyclone a réussi à vous arracher, résonnent en vous comme une sorte de défaite. Pour vous qui avez l’humanité rivée au corps, et déployé tant d’efforts, c’est difficile à accepter, mais sachez que vous n’êtes pas seuls, très nombreux sont vos amis dans le monde. Ils ne vous abandonneront jamais. Soyez assurés de pouvoir compter sur eux pour vous aider dans cette nouvelle et terrible épreuve.

Même quand le ciel déchaîné leur tombe cent fois sur la tête, les cubains ne se résignent pas. Beaucoup, ailleurs, auraient cédé devant ces trois calamités. Eux, les poings serrés, le cœur au bord des lèvres, l’estomac noué mais confiants dans la victoire, ils avancent unis, résolus à rester libres. Leur héroïsme n’est pas tapageur, il est quotidien, presqu’ordinaire.

Viva Cuba Libre

Michel Taupin

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 06:00

Pour un socialisme du bien vivre

Vendredi 25 août à Marseille, les AmFis d’été de la France insoumise accueillaient un invité exceptionnel en la personne de Rafael Correa, ex-président équatorien (2007-2017).

Voici l’intégralité de la conférence qu’il a prononcée, en français, sur "le socialisme du bien-vivre". Il est également revenu sur son expérience à la présidence de l’Équateur et a analysé l’évolution politique de l’Amérique latine. Son intervention s’est achevée dans un tonnerre d’applaudissements et sous les cris de "Correa amigo, el pueblo esta contigo" (’’Correa, notre ami, le peuple est avec toi’’).

INTRODUCTION

Après avoir vécu non seulement une crise économique, sociale et démocratique, fruit du fondamentalisme néolibéral, mais aussi une crise de leaders et d’idées, une grande partie de l´Amérique Latine a réussi à s´éloigner du joug des technocrates obséquieux et de l´orthodoxie aveugle qui nous a mené à la ruine. Nous avons eu l´audace de penser à nouveau par nous-mêmes, à repenser notre propre notion de « l´économique et de la politique ». C´est ainsi qu´a surgi le Socialisme du Bien Vivre.

Le socialisme du Bien Vivre se nourrit de la conjugaison réflexive de plusieurs socialismes : le classique, le scientifique, mais aussi le socialisme agraire d´Emiliano Zapata, le socialisme andin du péruvien José Carlos Mariátegui, la Doctrine Sociale de l´Eglise, de la Théologie de la Libération, ainsi que de la longue histoire marquée par les luttes émancipatrices de nos peuples.

Le socialisme du Bien Vivre ne se réduit pas à des modèles, mais se base plutôt sur des principes. Nous rejetons les recettes toutes faites et les dogmes. La pire des erreurs, surtout si la gauche est au gouvernement est d’agir en fonction de ses fixations mentales, de ses expectatives idéologiques et non pas en fonction de la réalité.

Nous partageons avec le socialisme traditionnel le besoin de l´action collective, de l’importance du rôle de l´État, de la défense de ce qui est public face au simplisme individualiste ; de la recherche permanente et fondamentale de la justice dans toutes ses dimensions, unique manière d´atteindre la vraie liberté ; de la suprématie de l´être humain sur le capital ; et de l´importance de générer des valeurs d’usage, c’est-à-dire, des biens publics nationaux et globaux.

Le socialisme du Bien Vivre est l´héritier de toutes les meilleures manifestations du socialisme traditionnel, mais s’y confronte aussi avec courage et esprit critique, sans crainte de pensée, les dogmes que l´Histoire s’est elle-même chargée d´enterrer.

L’ACTION COLLECTIVE ET LE RÔLE DE L’ÉTAT

Une des erreurs commises par la gauche traditionnelle a été celle de nier l’existence du marché. Les marchés sont une réalité économique. Mais il est sans doute bien différent de parler de sociétés AVEC un marché, que de sociétés DE marché, où les vies, les personnes et la propre société ne sont qu’une marchandise en plus.

La société ne peut pas exister en fonction des nécessités mercantiles, c’est le marché qui doit exister en fonction des nécessités sociales. Le marché est un magnifique serviteur, mais un très mauvais maître. C’est donc pour cela que sont indispensables l’action collective et un rôle adéquat de l’État pour gouverner le marché et le faire porter les fruits socialement désirés.

Voici ce que la droite traduit comme une limitation de la liberté. Pour eux, la liberté équivaut à la non intervention, alors que, pour nous, la liberté est la non domination. C’est- à- dire que nous cherchons à doter les individus de capacités et, en tant que société, à assumer le devoir de réguler les pouvoirs qui peuvent nous dominer.

Nous ne pouvons pas permettre qu’on nous vole le principe de liberté. Il n’est pas en contradiction avec la justice. De surcroît, dans des sociétés aussi inégales que les latino-américaines, c’est seulement à travers de la justice que nous arriverons à une vraie liberté.

Il est évident que tout est une question politique. La gauche doit revendiquer la politique. On nous présente la politique comme un monde nécessairement sombre, corrompu et méchant. Tout cela est une stratégie pour maintenir le statu quo et empêcher quelconque changement dans les relations de pouvoir. La satanisation du pouvoir politique en Amérique Latine est une stratégie pour immobiliser tout processus de changement, pour nous faire croire que nous n’avons pas besoin d’hommes politiques, mais seulement de managers.

Le développement est en essence, une question politique. C’est ensuite que viennent les questions techniques. Le problème fondamental réside dans qui détient le pouvoir dans une société : les élites ou les grandes majorités ? Le capital ou les êtres humains ? Le marché ou la société ?

Tout au long de son histoire, l’Amérique Latine a été dominée par des élites qui ont exclu les grandes majorités des bénéfices du progrès. Leur attitude rentière a même fait obstacle à un progrès majeur pour elles-mêmes. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, nous sommes dominés par les intérêts du grand capital, ce que j’appelle « L´empire du capital », particulièrement du capital financier.

C´est justement là que réside l’essence même de la Révolution Citoyenne : dans le changement des relations de pouvoir en faveur des grandes majorités. La transformation de l’État bourgeois dominé et au service d’une minorité, dans un État véritablement populaire, au service du bien commun et de l’intérêt général.

DÉCENNIE GAGNÉE

Grâce à ce changement dans les relations de pouvoir, nous avons réussi à atteindre en Équateur ce que nous appelons la « décennie gagnée », c’est à dire un pays totalement différent de celui que nous avons reçu en 2006.

Nous avons doublé la taille de l’économie. Malgré deux années extrêmement difficiles et la contrainte de ne pas avoir de monnaie nationale, nous avons atteint un taux de croissance supérieur à la moyenne de la région latino-américaine. Nous sommes passés du statut de pays de rente basse à un pays de rente moyenne. De même, nous sommes passés d’un développement humain moyen à un développement humain élevé. Selon des études internationales nous sommes le pays qui a su le mieux profiter du boom pétrolier.

D’après la Commission Économique pour l’Amérique Latine, des Nations Unies (CEPAL), nous nous trouvons aujourd’hui parmi les trois pays les moins inéquitables de l´Amérique du Sud, alors que 10 ans auparavant nous nous trouvions parmi les pays les plus inéquitables. Nous avons aussi réussi à réduire de 16,5 points de pourcentage la pauvreté multidimensionnelle – c´est-à-dire la définition la plus complète de la pauvreté - ce qui équivaut à 1,8 millions d’Équatoriens qui sont sortis de la pauvreté.

Nous pouvons nous vanter d´avoir attaqué les causes structurelles de cette pauvreté et non pas de l´avoir maquillée. La pauvreté s´est notamment réduite grâce à la croissance économique mais surtout grâce à la redistribution des revenus. Lors de la décennie précédente, avec le néolibéralisme, la croissance économique a réussi à avoir un effet total de réduction de la pauvreté. Par contre, une plus grande concentration de la richesse a eu tendance à l’augmenter.

Le développement social a fait de grands pas en avant avec un système éducatif qui, d´après l´UNESCO est celui qui progresse le plus en Amérique Latine. En ce qui concerne l´infrastructure productive, nous sommes considérés comme le pays le plus avancé en voirie de la région, alors qu’auparavant nous étions parmi les pires. L’Équateur a réussi à atteindre la souveraineté énergétique. Aujourd’hui nous exportons de l’énergie, alors qu’avant nous en importions. De manière générale, nous avons une compétitivité systémique largement supérieure qu’il y a dix ans.

Nous avons aussi vécu une « décennie gagnée » en stabilité politique, en ce qui concerne l’institutionnalisation et l’efficacité de l´État et la solidité de notre démocratie. Avant notre gouvernement, nous avons connu 7 présidents dans l’espace de 10 ans, et aucun des 3 présidents élus n’a réussi à finir son mandat.

Le 24 mai 2017, lorsque j’ai laissé la Présidence de la République de l’Équateur, pour la première fois en vingt ans, un président élu passait le pouvoir à un autre président légitimement élu.

LA TEMPÊTE PARFAITE

Lors des deux dernières années nous avons souffert ce que j’appelle la « Tempête parfaite » : le crash des exportations et une simultanée appréciation du dollar, monnaie d’utilisation nationale, combinaison qui détruit l’économie. Les dépréciations de la monnaie dans nos pays voisins ont atteint jusqu’à les 80% comme fut le cas de la Colombie, mais il nous a été impossible de répondre monétairement puisque nous n’avons pas de monnaie nationale.

Fin 2016, notre total d’exportations fut équivalent à 64% de la valeur correspondante en 2014, ce qui signifie une réduction d’à peu près 10 milliards de dollars, plus de 10% du PIB.

En ce qui concerne le niveau fiscal nous avons perdu près de 12,5% du PIB de revenus nets car nous avons été menés, pour la première fois dans notre histoire, à transférer des ressources fiscales pour que les entreprises pétrolières publiques ne fassent pas faillite. Nous avons aussi dû subir des verdicts légaux en faveur d´entreprises transnationales de pétrole, qui nous ont obligés à payer une sanction supérieure à 1% de notre PIB en quelques mois. Finalement nous avons fait face à la plus grande tragédie du pays depuis ces soixante-dix dernières années avec le tremblement de terre de 7,8 sur l’échelle de Richter, qui a secoué nos côtes le 16 avril 2016 et qui a coûté la vie de centaines de nos compatriotes ; réduisant les chiffres de croissance de 0,7% et produisant ainsi des pertes de plus de 3% du PIB. Ce séisme a eu plus de 4000 répliques, quelques-unes d’entre elles de plus de 6 sur l’échelle de Richter, c’est-à-dire comparables avec le tremblement de terre qui a détruit en août de l’année dernière la ville italienne d´Amatrice.

Jamais dans l´histoire de mon pays, nous n´avions cumulé autant de chocs externes négatifs en si peu de temps.

Peu avant le tremblement de terre, le Fond Monétaire International prévoyait un décroissement de 4,5%. Finalement nous avons réussi à terminer l´année 2016 avec 1,5% de décroissance. Le premier trimestre de 2017, l´économie de l´Équateur a crû de 2,6%, ce qui signifie que nous avons surmonté la récession en un temps record et avec des coûts minimes.

Lénine disait que la politique est de l´économie concentrée. Il est vrai que la politique dépend fortement de l´économie. Cependant, nous avons tellement fait ces dix dernières années que nous avons quand même réussi à gagner les élections dans un contexte de récession.

Le poids des mesures que nous avons dû prendre pour protéger le secteur externe et pour financer la reconstruction des zones dévastées par le tremblement de terre, sont tombées sur les plus riches. Lors des deux dernières années, malgré la décroissance économique, il n’y a pas eu d’augmentation des inégalités ni de la pauvreté, ce qui est inédit en Amérique Latine.

La droite et l´opposition à notre gouvernement ont argumenté que le succès du modèle équatorien est dû au boom des commodités, ce fameux boom qui aujourd’hui n´est plus une réalité.

Il est clair qu´il est plus facile de gouverner pendant les époques d´expansion que de récession, mais malgré cela, le modèle socialiste a eu plus de succès dans les deux cas. Le système de protection sociale mis en place lors de la dernière décennie, comme par exemple la santé gratuite, l´éducation gratuite, l´Université gratuite, et l´allocation chômage, ont défendu les droits des plus vulnérables pendant ces dures années.

RESTITUTION DU CONSERVATISME

Pendant ce temps-là, que se passait- il au niveau régional ?

Une fois passée la longue et triste nuit néolibérale des années quatre-vingt-dix, qui a plongé dans la faillite plusieurs nations dont l´Équateur, et à partir du moment où Hugo Chavez a gagné les élections au Venezuela en 1998, les gouvernements de droite et soumis aux pouvoirs de toujours, ont commencé à tomber comme des châteaux de cartes, laissant place, tout au long de notre Amérique, aux gouvernements populaires du socialisme du Bien Vivre.

Lors de son apogée en 2009, des 10 pays qui composaient l´Amérique du sud, 8 d´entre eux étaient gouvernés par la gauche, en plus de El Salvador, avec l´arrivée du Front Farabundo Martí, le sandinisme au Nicaragua, Manuel Zelaya en Honduras et Alvaro Colom en Guatemala.

Dans des pays comme El Salvador, le Guatemala, ou le Paraguay avec Fernando Lugo, ce fut la première fois dans leur histoire que la gauche arrivait au pouvoir, dans ce dernier cas mettant fin à plusieurs siècles de bipartisme.

En mai 2008 nait l´UNASUR, Union des Nations Sud-Américaines, et, en février 2010 se crée la CELAC, Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes, avec 33 membres. Des 20 pays latins qui composaient la CELAC, 14 d´entre eux étaient gouvernés par la gauche, c´est à dire 70 %.

La première partie du 21ème siècle fait sans doute partie des « années gagnées ». Les progrès économiques, sociaux et politiques ont été historiques et ont surpris le monde entier. Et tout ceci dans un environnement de souveraineté, de dignité, d´autonomie, et de présence dans la région mais aussi dans le monde entier.

Il est évident que cette situation a joui d´une conjoncture mondiale favorable en ce qui concerne les prix des matières premières, base des exportations sud-américaines. La grande différence est que cette richesse a été réinvestie pour le Bien Vivre de nos peuples.

L´Amérique Latine n’a pas vécu une époque de changements, mais plutôt un véritable changement d’époque, qui a aussi bouleversé substantiellement l´équilibre géopolitique de la région. C’est pourquoi, il était indispensable pour les pouvoirs factuels et les pays hégémoniques, de mettre fin à ces processus de changement.

En 2002, le gouvernement d’Hugo Chavez a déjà dû supporter une tentative de coup d´État. Depuis 2008, la droite a intensifié ses tentatives anti-démocratiques d´en finir avec les gouvernements progressistes, comme en Bolivie en septembre 2008, au Honduras en 2009, en Équateur en 2010 et au Paraguay en 2012. Toutes ces atteintes à la démocratie ont été contre des gouvernements de gauche, et deux ont abouti, au Honduras et au Paraguay.

Peu à peu, les réactions de droite se sont consolidées, avec une stratégie et collaboration internationale, avec la complicité des médias, et surtout en tirant profit des circonstances économiques adverses à partir de la deuxième moitié de 2014.

Il ne s´agit plus seulement d´une tentative de restitution du conservatisme, comme je les ai appelées deux ans auparavant, par rapport aux coalitions de la droite jamais vues et qui jouissaient d´un soutien international, avec des ressources illimitées, bénéficiant de financement externe, etc., ce qui a pu être constaté dans les élections locales à Quito.

Mais au moins, dans ce cas-ci, la voie démocratique a été utilisée. Aujourd’hui la réaction s’est approfondie et a perdu toutes limites et scrupules. Nous sommes face à un nouveau « Plan Condor ». Quarante ans auparavant, sa cible était la jeunesse qui croyait en un monde meilleur et s´opposait à la brutalité des dictatures militaires financées par le pays du Nord. Aujourd’hui, ses cibles sont les gouvernements progressistes de la région.

C´est pour cela que nous souffrons aujourd’hui du harcèlement et du boycott économique de notre chère Venezuela, du coup d´État parlementaire au Brésil, et de la judiciarisation de la politique comme nous le prouvent les cas de Dilma Roussef, Lula Da Silva et Cristina Fernandez de Kichner, et, plus récemment, même de l´Equateur.

Les tentatives de destruction de l’UNASUR et de neutralisation de la CELAC, tentant de faire revivre la moribonde Organisation de États Américains, son évidentes, et souvent, effrontées. Ne parlons même pas de ce qui se passe actuellement pour le Mercosur. Même l´échec sonnant de l´ALCA au début du siècle tente d´être surmonté par la nouvelle Alliance du Pacifique.

En Amérique du Sud, actuellement, il ne reste que quatre gouvernements qui peuvent se qualifier comme progressistes. Je ne peux même plus compter parmi eux l´Équateur, à cause de tout ce qui se passe en ce moment dans ma Patrie.

Les difficultés économiques des pays comme le Venezuela ou le Brésil sont présentées comme des exemples du supposé « échec » du socialisme, alors que l’Uruguay, gouverné par la gauche, est le pays le plus développé au Sud du Rio Bravo, ou alors même que la Bolivie jouit des meilleurs indicateurs macro-économiques de toute la planète.

La droite veut revenir à tout prix et elle a la soif de vengeance, après dix ans de défaites successives.

Nous sommes peut-être les victimes de notre propre succès. Selon la CEPAL, pendant ces dix dernières années, presque 94 millions de personnes sont sorties de la pauvreté et font partie maintenant de la classe moyenne régionale. Ceci peut être sans aucun doute attribué aux politiques des gouvernements de gauche.

Au Brésil, 37,5 millions de personnes sont sorties de la pauvreté entre 2003 et 2013, et font aujourd’hui partie de la classe moyenne. Néanmoins, ces millions de personnes ne se sont pas mobilisées lorsqu´un parlement accusé de corruption a destitué la Présidente légitimement élue, Dilma Roussef.

Nous sommes aujourd’hui face à des personnes qui ont surmonté la pauvreté et qui maintenant, malgré l´amélioration de leurs conditions de vie, demandent encore plus, et se sentent pauvres, sans prendre comme référence ce qu’ils ont, et encore moins ce qu’ils avaient, mais plutôt ce à quoi ils aspirent. Nous appelons ce phénomène « prospérité objective et pauvreté subjective ». Ces personnes se laissent ainsi facilement emporter par les chants de sirène d´une droite qui, avec la complicité des médias, offre à tout le monde, un style de vie à la new-yorkaise.

ATTAQUES

La nouvelle droite accuse les gouvernements progressistes d’être « idéologiques » et de manquer de technique lors de la gestion du développement national. Soit ils dissimulent soit ils ne comprennent pas que le développement est fondamentalement un problème politique, où l´orientation de la politique publique est nettement idéologique et, dans notre cas, cherche la priorité du public, c´est- à- dire, des grandes majorités.

Il est flagrant de voir comment le marketing et le discours bien ficelé de la nouvelle droite cherchent des indéfinitions politiques, ses représentants n´apparaissent pas comme des leaders politiques, mais plutôt comme des PDG qui ont réussi dans le monde de l´entreprise.

Mais ce sont les médias qui assument aujourd’hui le rôle des principaux partis d´opposition. Maintenant, se sont eux les vrais représentants du pouvoir politique entrepreneurial et conservateur.

La relation qui lie les capitaux des médias au secteur financier et des affaires est scandaleuse. Lorsque je suis arrivé au gouvernement, parmi les 7 chaînes nationales de télévision, 5 étaient sous la propriété du secteur banquier. Il n’existait même pas de télévision publique.

Nos démocraties doivent s’appeler des démocraties médiatisées, parce que les médias sont un élément plus important du processus politique, que les partis politiques et les systèmes électoraux. En effet, ils ont substitué à l’État de droit l’État d’opinion. Peu importe quel ait été le programme présenté pendant la campagne électorale et ce que le peuple, le souverain de toute démocratie, ait décidé dans les urnes. Ce qui compte réellement c’est ce qu’approuvent ou désapprouvent dans leurs titres quotidiens les médias.

Bien que cela soit un problème planétaire, compte tenu des monopoles médiatiques détenus par une poignée de familles, le problème est encore plus sérieux en Amérique Latine. Les médias montrent d´importantes lacunes éthiques et professionnelles, et une insolente participation en politique.

Le débat devrait poser la question si une société peut être réellement libre lorsque la communication, et particulièrement l´information, est fournie par des entreprises privées, à but lucratif.

C´est un pouvoir sans aucun contre-pouvoir, mais personne n´ose parler de cela, par crainte d´être stigmatisé comme un ennemi de la liberté de presse, bien que, depuis que la presse est apparue, la liberté de presse n´est rien d`autre que la volonté du propriétaire de l’imprimerie.

On accuse aussi nos gouvernements d´être « populistes », un concept assez flou qui est souvent associée avec la démagogie, l´irresponsabilité et l´absence de technique, et qui sert finalement à définir tout ce qui s´éloigne de la logique du marché et des canons des démocraties libérales occidentales.

On confond souvent ce qui est populaire avec le populisme. Dans le cas de mon gouvernement, il a été très populaire mais il fut aussi un des gouvernements les plus techniques de l´histoire de mon pays.

La double morale internationale est aussi impressionnante : si Angela Merkel cherche sa réélection en Allemagne, cela est qualifié comme une démocratie mûre et avec une grande capacité de leadership. Par contre, si un dirigeant politique latino-américain fait la même chose, ceci est qualifié de dictatorial et d´autoritaire.

Finalement nous pouvons dire que la soi-disant « lutte contre la corruption » est devenue un outil efficace pour détruire les processus politiques progressistes et populaires de notre Amérique. Le cas le plus emblématique est celui du Brésil, où une opération politique très bien ficelée a abouti à la destitution de la présidente Dilma Roussef après quoi, il a été démontré qu´elle n´était pas du tout coupable de ce dont on l´accusait. En ce moment, en Équateur, le même scénario du Brésil est en marche pour écarter le Vice-Président de la République du pouvoir.

Et bien sûr, on dit toujours que la corruption est de la faute de l´État. On parle maintenant aussi d´une confrontation entre la société civile et l´État, la première qualifiée de bonne et le second de mauvais, alors que l´État n´est autre chose que la représentation institutionnalisée de la société.

Qui peut s’opposer à une vraie lutte contre la corruption ? Ce fut justement une de nos principales luttes pendant les dix dernières années, et nous avons mis fin à une corruption institutionnalisée qui existait auparavant.

Mais la soi-disant lutte anti-corruption dirigée par la droite et par les médias est tout à fait fausse et est utilisée comme un instrument d´attaques politiques, à l’image de ce qu’a été l’utilisation de la lutte contre le trafic de drogues dans les années 90, ou de la lutte contre le communisme. Pour parler d´une vraie lutte contre la corruption il suffirait par exemple d´interdire les paradis fiscaux, où est finalement concentrée toute la corruption que nous avons dû affronter.

On nous parle d´un manque de contrôle, d´une certaine acceptation des systèmes de corruption. Mais je me demande : quel type de contrôle permet de détecter un pot de vin payé sur un compte secret dans un paradis fiscal ?

En Équateur, les contrôles sont si stricts qu´il est obligatoire de déclarer l´origine des virements de plus de 10 000 dollars. Par contre, dans les paradis fiscaux, il est possible de déposer des millions, sans que personne ne contrôle rien du tout.

La réalité est donc bien différente. On peut citer aussi le cas d´Odebrecht, une entreprise de construction du Brésil qui a mis en place toute une structure de corruption dans 12 pays. On constate donc que la corruption, en grande partie, vient aussi du secteur privé. Dans des pays comme l´Allemagne, jusqu´à il n´y a pas si longtemps, les entreprises pouvaient même déduire de leurs impôts les pots de vin versés dans nos pays !

Il existe donc encore une énorme hypocrisie dans le monde à propos de la lutte contre la corruption.

Sur ce, il est important de signaler que l´Équateur est le premier pays du monde qui a approuvé au travers d´un referendum, une loi qui empêche aux fonctionnaires d´effectuer des opérations de n´importe quel type dans des paradis fiscaux. Mais bien que l´utilisation de ces endroits pour cacher de l´argent illégalement accumulé soit maintenant interdite, ils continuent à exister.

CONCLUSIONS

Chers compagnons :

Ce sont des temps difficiles pour l´Amérique Latine, mais pas terribles. Nous ne sommes plus la gauche du 3% de voix. Nous sommes aujourd’hui une gauche avec une vocation à gouverner et qui a fait preuve d´importants succès.

Néanmoins, il est clair qu´il existe un retour du conservatisme, d´une droite nationale et internationale qui a vaincu son étourdissement de plus de dix ans de défaites politiques. Aujourd’hui cette droite s’est construit un nouveau discours, une nouvelle articulation, possède des ressources illimitées, elle détient le monopole des médias et profite des inévitables problèmes liés au pouvoir, comme le changement de cycle économique et des cas isolés de corruption.

Que peut-on faire face à tout cela ? Il ne nous reste qu´un seul chemin : je cite le grand Simón Bolívar, alors qu´il se retirait du Pérou soi-disant vaincu et victime de l´ingratitude.

Que peut-on faire face à tout cela ? Vaincre !

Hasta la victoria siempre !

Rafael CORREA Marseille, 25 août 2017.

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 06:20

Mensonges médiatiques contre France insoumise, partie I : « Maduro a fermé 49 médias ».

Grèce, Espagne, France… les pouvoirs financier et médiatique usent fébrilement du repoussoir de la « dictature-au-Venezuela » pour attaquer les résistants au libéralisme (1). Les grands groupes et leurs journalistes ne sont élus par personne mais utilisent leur pouvoir de facto pour discréditer des mouvements ou des députés sortis des urnes. Face à ces voies de fait contre le choix des électeurs, de jeunes militants ont commencé à étudier de près la réalité vénézuélienne et ont découvert le talon d’Achille du discours journalistique : sa coupure du réel, qui le réduit à recopier la propagande des médias privés majoritaires dans la nation sud-américaine.

Hollywood pouvait baser sa guerre froide sur un substrat réel : l’existence du Goulag et son cortège d’emprisonnements et d’exécutions. La propagande sur le Venezuela ne repose sur rien et n’atteint l’effet de réel que par la quantité de répétition du mensonge.

C’est ce qui explique l’incapacité de répondre d’un journaliste suisse lorsque Maurice Lemoine lui demande de nommer un seul journaliste emprisonné par le gouvernement Maduro (2) ou le démontage facile des affirmations de Patrick Cohen (Europe 1) par le député Alexis Corbière (3).

A force de surfer sur l’effet quantité, les journalistes ont fini par s’autosuggestionner, croyant qu’ils pourraient se passer du rapport au réel et que personne ne leur demanderait de compte. Qu’un honnête citoyen les remette face au principe de réalité et voici qu’éclate leur ignorance.

Pour certains d’entre eux, l’ardeur à enfoncer le clou de « la dictature au Venezuela » veut peut-être faire oublier qu’en dix-huit ans de révolution bolivarienne, ils ont occulté les réformes sociales, la construction d’une démocratie participative et jusqu’à l’existence même de la majorité sociale : les secteurs populaires (90 % de la population) n’ont pas participé à l’insurrection de l’extrême droite qu’ils nous ont présentée comme le combat d’une population assoiffée de démocratie contre un régime répressif.

L’effet pervers de devoir réinformer sans cesse face à des journalistes qui n’informent plus, c’est de ne plus avoir de temps de visibiliser, connaître, comprendre, écouter cette majorité rebelle aux projections de tout bord, souvent critique, qui continue à surprendre les politologues comme ce 30 juillet lorsqu’elle a déjoué les violences de la droite pour élire une Assemblée Constituante (4).

A moins de vouloir s’éteindre à petit feu au fond de la Caverne de Platon, la gauche doit donc sortir de la case « critique des médias » et de sa position défensive, pour renouer enfin avec la possibilité concrète d’intelligence du monde en initiant la démocratisation radicale de la propriété des médias.

Même si cette démocratisation sera aussitôt attaquée en tant qu’« atteinte à la liberté d’expression » comme l’ont fait les grands groupes privés dans l’Argentine de Cristina Kirschner ou dans l’Équateur de Rafael Correa.

La fake news des « 49 médias fermés par le gouvernement Maduro »

Il y a quelques jours les médias français ont martelé, sans la moindre contre-enquête, qu’ « un syndicat de travailleurs de la presse SNTP dénonce que le régime Maduro a fermé 49 médias ». L’objectif était d’associer la critique du pouvoir médiatique par la France Insoumise à « l’absence de liberté d’expression au Venezuela ».

Quelle était la source de cette allégation ? Le « SNTP » est un syndicat patronal, émanation des médias privés majoritaires au Venezuela. Il est dirigé par le militant de droite Marco Ruiz qui passe son temps à dénoncer sur son compte twitter @mruizsilvera, la « censure » et la « répression » de la « dictature bolivarienne ».

Ruiz a fabriqué cette munition destinée au pilonnage par les médias internationaux en profitant du non-renouvellement de concessions par CONATEL (le CSA local) à deux radios (Mágica 99.1 FM et La 92.9 FM). Celles-ci avaient violé la loi en appuyant ouvertement les violences meurtrières de l’extrême droite, tout en réclamant l’invasion du Venezuela par les États-Unis.

(Rappelons que la majorité des 180 victimes des violences ont été causées par les extrémistes de droite repeints en « combattants de la liberté » par les médias, beaucoup de meurtres restant impunis. Par contraste les membres des forces de l’ordre qui ont désobéi et se sont rendus coupables de tirs mortels ont été emprisonnés.) (5)

Comme en France ou dans n’importe quel État de droit, la création d’une radio ou télé par une entreprise privée au Venezuela passe par la demande d’un permis d’exploiter une fréquence à l’Etat et par le respect d’un cahier des charges qui précise droits et devoirs légaux.

En France, le CSA veille (en principe) à ce que l’usage de cette concession hertzienne se fasse dans le respect de la loi et des principes de la démocratie.

On imagine mal qu’un média puisse appeler impunément a la violence raciste, au terrorisme, à l’invasion de la France par une puissance étrangère ou au meurtre de fonctionnaires. Pas plus qu’aux Etats-Unis, où vient d’être fermé sous les pressions du Lawyers’ Committee for Civil Rights Under Law, le forum néonazi et suprématiste blanc Stormfront qui a servi dans l’organisation des violences de Charlottesville.

Deux radios sans renouvellement de concession ? mais alors… quid des « 49 médias fermés par le régime » ? L’astuce de Marco Ruiz est de laisser croire que des radios commerciales qui émettaient sans avoir demandé de permis, parfois au détriment d’autres antennes, ou fermées par leurs actionnaires dans le cadre des stratégies des groupes privés, voire inactives à la suite de vols ou d’avaries, ont été… fermées par le gouvernement Maduro pour des raisons politiques.

Ruiz accuse aussi le gouvernement de ne pas vouloir vendre de papier pour mieux « fermer » certains journaux… Au Venezuela l’entreprise privée détient 80 % de l’économie et notamment des réseaux d’importation et de distribution (6) – ce qui lui permet d’ailleurs d’organiser des pénuries, des contrebandes massives vers la Colombie et d’amasser des capitaux considérables en spéculant sur le dollar parallèle.

Certains continueront à douter : n’y aurait-il pas, quand même, des médias fermés, en sous-main, par le pouvoir chaviste ? C’est ici qu’on mesure l’abîme entre le storytelling admis – faute d’alternative – par la quasi totalité des Français et la réalité du Venezuela.

En 18 ans de révolution bolivarienne, le nombre de médias privés, qui sont en majorité d’opposition, a augmenté. En 1998 on comptait 304 radios privées FM. En 2017 ce chiffre est monté à 481. En 1998 on comptait 36 télévisions privées émettant en clair, en 2017 leur nombre s’élève à 63 (7). Rien que pour le mois d’août 2017 CONATEL a octroyé une concession légale à 20 radios commerciales qui ont effectué normalement les démarches prévues dans la Loi des Télécommunications (8). Non seulement le gouvernement bolivarien n’a jamais « fermé 49 médias » mais il a augmenté leur nombre.

Une étude menée en 2015 par le Ministère de la Culture et par des sociétés privées de mesures de rating montre par ailleurs que les médias privés, d’opposition, – en particulier Venevision, Televen et les chaînes du câble – totalisent 85 % d’audience, les chaînes publiques et communautaires (strictement locales) se partageant les 15% restants.

L’hégémonie de la droite en télévision et en radio vaut aussi pour la presse écrite et Internet. Ce dimanche 3 septembre 2017, on peut lire dans El Universal que « l’opposition exige le calendrier des élections régionales » : http://www.eluniversal.com/noticias/politica/oposicion-exigio-cronograma-electoral-las-regionales_668522, dans Tal Cual, que « le président Macri condamne l’interdiction de sortir du pays faite à Lilian Tintori  » : http://www.talcualdigital.com/Nota/147400/macri-condena-prohibicion-de-salida-del-pais-a-lilian-tintori , dans El Nacional, que « le SNTP dénonce que des journalistes subissent des intimidations via twitter pour leur travail sur les Comités d’Approvisionnement (CLAP) »  : http://www.el-nacional.com/noticias/sucesos/amenazan-periodistas-por-trabajo-investigacion-sobre-los-clap_201943, dans El Carabobeno que «  Le gouvernement cherche à censurer internet  », https://www.el-carabobeno.com/ipys-gobierno-intenta-legalizar-censura-internet/, Etc… En ce qui concerne Internet, le tableau des sites d’information réalisé par Alexa.com montre que les deux sites les plus visités sont des sites d’opposition (La Patilla et El Nacional) et que sur la liste totale, 90 % des sites visités sont également d’opposition :

Ajoutons à tout cela les réseaux sociaux comme Twitter qui diffusent quotidiennement des messages appelant à tuer Maduro ou à tuer des chavistes (tweets relevés au hasard par le journaliste Luigino Bracci en août 2017) :

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Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne : la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « baillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela et que plutôt que d’attendre des élections, il faut relancer les confrontations « non-dialogantes » (sic) pour forcer le président élu à partir.

Bref le manque de liberté d’expression au Venezuela n’est pas celui qu’on croit. En temps de violences, l’hégémonie du secteur privé par rapport aux médias publics et communautaires est un facteur de déstabilisation.

En temps de paix, elle empêche l’équilibre et au pluralisme souhaitable en toute démocratie. C’est de cela que les journalistes français ou Reporters Sans Frontières, s’ils se souciaient vraiment de la liberté d’expression, devraient se préoccuper, en demandant au gouvernement Maduro de défendre davantage le service public et les médias associatifs, si minoritaires en nombre et en capacité d’émettre.

« L’absence de liberté d’expression au Venezuela » : un mensonge ancien.

En mai 2007, lorsque la concession hertzienne de la chaîne privée RCTV ne fut pas renouvelée pour être octroyée à une nouvelle chaîne de service public, une campagne mondiale affirma aussitôt qu’il s’agissait d’une “fermeture”.

Le site ACRIMED (9) démonta dans le détail ce concert de désinformation qui vit les médias français, soutenus par les maîtres-penseurs du microcosme médiatique et par RSF, reprendre en chœur le même refrain, résumé à merveille par le titre de l’éditorial du Monde : « Censure à la Chávez » (28 mai 2007). Rappelant au passage que les deux seuls médias fermés réellement, le furent par la droite lors de son coup d’État d’avril 2002 : VTV (chaîne publique) et Catia Tve (télévision associative).

Lors d’une conférence de presse à Venise en 2009, le cinéaste Oliver Stone expliquait : “Le manque de liberté d’expression que dénoncent les médias et l´opposition de droite vénézuélienne est un mensonge. Celui qui va au Venezuela se rend compte que 80, 90 % des médias sont contre Chavez. Ils disent des choses très dures sur lui et il le tolère. Il ne punit pas ces personnes, elles sont toujours en place. Aux États- Unis cela ne se passerait pas ainsi.” Ces propos suscitèrent aussitôt une « réponse appropriée » de David Pujadas au 20 heures de France 2 : « Le réalisateur américain Oliver Stone consacre un documentaire admiratif à Hugo Chavez et il a été ovationné par le public. Ironie du sort, il faut tout de même savoir qu’au même moment Hugo Chavez s’apprête à interdire dans son pays 29 radios suscitant de vives critiques de la part des défenseurs de la liberté de la presse. » Sur quoi Pujadas se basait-il pour affirmer que 29 radios allaient être interdites au Venezuela ? Depuis plusieurs années, des stations commerciales ou évangélistes s’étaient déguisées en médias « associatifs » pour obtenir des fréquences légales à bon compte.

D’où la mobilisation de collectifs citoyens pour exiger du CSA local de rendre ces fréquences au secteur associatif. « L’interdiction de 29 radios » selon Pujadas était donc… la restitution de fréquences détournées par des groupes commerciaux ou religieux, à des médias citoyens ! C’est la fonction qui incombe légalement au CSA en France (10).

Reporters Sans Frontières a joué dès le début le rôle de la SIP dans la préparation du coup d’État contre Salvador Allende en 1973, observé par Armand Mattelard : « L’enquête judiciaire sur l’administration du journal El Mercurio, accusé d’irrégularités fiscales, a servi de prétexte pour dénoncer de soi-disant mesures coercitives contre la « presse libre ». (…) Le message émis par la presse de la bourgeoisie chilienne revient à sa source, renforcé par l’autorité que lui confère le fait d’avoir été reproduit à l’étranger. (…) Nous sommes en présence d’une SIP tautologique. Sa campagne n’est qu’un immense serpent qui se mord la queue. »

Un des fondateurs de RSF (Robert Ménard, aujourd’hui maire d’extrême droite) avait dans sa revue « Médias » cosigné un long article sur le thème « La guérilla des altermondialistes contre l’info », reprochant à Ignacio Ramonet de « passer sous silence les discours virulents d’Hugo Chavez contre la presse, les débordements et les réactions de ses partisans, l’impunité dont ils bénéficient ».

Une position critiquée par l’ex-président et cofondateur de RSF, l’éditeur et journaliste Jean-Claude Guillebaud (Prix Albert Londres) : “Je trouve que sur certains sujets, RSF a été assez imprudent, même si le régime de Chavez n’est pas parfait, je les ai trouvés beaucoup trop proches de la presse anti-Chavez au Venezuela. Il aurait sans doute fallu être plus prudent. Je trouve qu’on les entend très peu sur les États-Unis.

La journaliste Naomi Klein s’était elle aussi étonnée que RSF fasse du gouvernement Chavez une menace pour la liberté d’expression alors que le Venezuela est un des rares pays au monde à avoir légalisé les médias associatifs, tout en subissant l’hégémonie de médias privés capables de participer aux tentatives de coup d’État.

Mais la liberté de RSF ou des neuf milliardaires propriétaires de médias n’est pas celle du citoyen ni du droit de s’informer. C’est la liberté d’entreprendre, notamment la liberté du plus gros de manger le plus petit, l’État n’étant plus qu’un frein à la liberté de parachever la concentration mondiale des médias.

On en voit aujourd’hui les résultats dans la « démocratie » française. C’est pourquoi RSF valide les versions des médias privés du Venezuela sans critiquer leur participation aux coups d’État contre un gouvernement démocratiquement élu. Voir l’analyse de Luis Alberto REYGADA Lettre ouverte au responsable du Bureau Amérique de Reporters Sans Frontières. Sans oublier l’enquête de Maxime VIVAS sur les financements de RSF par le milieu anti-castriste de Miami : La face cachée de Reporters sans frontières.

Pour tout savoir sur l’invention de la « répression de la liberté de la presse au Venezuela », on peut lire également : « Thomas Cluzel, ou l’interdiction d’informer sur France-Culture« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

Thierry Deronne

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Publié par Thierry DERONNE - dans International
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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 07:00

Irma, la France et l’ALBA…

Décollage immédiat de l’aide humanitaire vénézuélienne après la dévastation de l’ouragan Irma dans les Caraïbes

L’ouragan Irma vient de passer sur les Antilles avec son cortège de tragédie, de vies humaines emportées, et de celles qui devront se reconstruire dans la douleur et dans les pertes matérielles.

Comme réponse politique à cette catastrophe naturelle, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a ordonné, le 10 septembre 2017, l´envoi d’aide humanitaire à Cuba, à Antigua-et-Barbuda ainsi qu’aux habitants de Saint Martin.

Le ministre de l’intérieur vénézuélien, Nestor Reverol, a annoncé, depuis l’aéroport de Caracas, que ce don de 10 tonnes de vêtements, de matelas, d’eau potable, et d’aliments non périssables à la collectivité d’outre mer française, s’inscrivait “dans le cadre du respect mais aussi de la solidarité avec le peuple de Saint Martin” (1). Il a précisé que l’aide humanitaire serait acheminée via “un avion des Forces Armées vénézuéliennes et que cette initiative faisait partie de la coopération internationale dans le cadre de l´Alliance Bolivarienne des Peuples de notre Amérique (ALBA) » (2).

Depuis Paris, bien peu de médias ont souligné le geste de la République Bolivarienne du Venezuela. Et pourtant, cela soulève plusieurs questions qu’aucun de nos éditorialistes n’a daigné relever. Eux qui, il y a quelques semaines, étaient si prompts à dénoncer le Venezuela bolivarien à longueur d´émissions. En effet, cette aide précieuse, venant pourtant d´un pays qui connaît une crise économique, révèle de grandes incohérences dans la politique menée par le président Macron.

Il y a 15 jours à peine, Emmanuel Macron qualifiait le gouvernement de Nicolas Maduro de « dictature ». Par quel mystère de notre diplomatie le pouvoir français approuve-t-il désormais des liens de coopération, quels qu’ils soient, avec un régime non démocratique ? Y a-t-il une quelconque cohérence dans la diplomatie de notre pays ou bien l’ouragan Irma a-t-il déboussolé la girouette de notre politique extérieure ? Pourquoi le gouvernement français autorise-t-il un avion militaire en provenance d’une dictature à atterrir sur notre territoire ? Car le pouvoir français a donné son aval au gouvernement vénézuélien puisqu’il reste souverain tant dans sa politique de gestion des risques que dans celle des désastres naturels.

Dans le cas contraire, il s’agirait alors d’une invasion et notre armée aurait l´obligation de « mener les opérations de résistances militaires » (Article R*1421-1 du Code de la Défense) pour bouter le bolivarien hors de France. Si l’avion militaire n´avait pas été autorisé à acheminer l´aide humanitaire, cela révèlerait surtout l´incapacité de notre gouvernement à protéger l’intégrité de notre territoire et notre population. Les conséquences en termes de sécurité pour nos concitoyens seraient tellement désastreuses que nous préférons penser que le gouvernement français a finalement coopéré avec un pays que le président a lui même défini comme étant une dictature.

Ce qui nous amène à la situation la plus probable. Si comme le déclarait le Quai d´Orsay le 30 août 2017, il convenait « d’évaluer les relations avec le Venezuela sur la base de l´Etat de droit et des libertés fondamentales » (3), alors les liens diplomatiques mis à jour dans les décombres du passage d’Irma semblent démontrer que Paris « évalue » de manière plutôt positive la situation politique vénézuélienne. Les récentes déclarations de notre ambassadeur à Caracas vont d´ailleurs dans le même sens (4).

Le gouvernement français sait donc très bien que le gouvernement vénézuélien n’a rien de dictatorial mais pour des raisons médiatico-politiciennes, le président a décidé de soumettre la diplomatie de notre pays à des tactiques politicardes contre la France Insoumise. Autrement dit, d’utiliser l´appareil d´Etat à des fins partisanes et électorales. Ce qui est extrêmement préoccupant.

Mais comment pourrait-il en être autrement ? Chaque jour qui passe semble donner raison aux propositions esquissées dans l’Avenir en Commun, le programme de la France Insoumise.

En effet, l’aide humanitaire envoyé par le Venezuela a été décidé dans le cadre de la solidarité régionale promue par l´ALBA, cette organisation de coopération qui regroupe plusieurs pays des Caraïbes. Cette fameuse ALBA à laquelle Jean-Luc Mélenchon voudrait faire adhérer la France, au même titre que d’autres processus de coopération régionale auxquels participe notre pays comme l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OEC), la communauté des Caraïbes (CARICOM), ou encore l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). A notre connaissance, aucune organisation supranationale régionale autre que l´ALBA n’a envoyé de l´aide aux sinistrés de Saint Martin.

Que vont donc faire Patrick Cohen et tous les membres de la caste politico-médiatique ? Vont-ils protester contre l´aide humanitaire envoyé par l’ALBA à nos compatriotes ? Oseront-ils, après Irma, reparler de l’adhésion de la France à l’ALBA, lorsqu’ils auront en face d´eux un des cadres de la France insoumise ? (5)

Et que va faire le président Macron lors de son déplacement dans les Antilles françaises ? Remerciera-t-il publiquement la « dictature vénézuélienne » ? Lancera-t-il un processus d´adhésion de la France à l´ALBA ?

Décidément, il semblerait que la queue du cyclone Irma ait considérablement dévasté ce qui reste de cohérence à la tête de l’Etat français.

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Publié par Romain MIGUS - dans International
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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 23:05

C’est au cri de « que les corrompus nous rendent nos terres ! » que des centaines de militant(e)s du Mouvement des Sans Terre ont occupé ce 25 juillet du nord au sud du Brésil de grandes propriétés appartenant à des ministres, des sénateurs, et directement ou à travers des prête-noms, au président de facto Michel Temer.

A Rio de Janeiro les travailleurs sans terre ont occupé l’immense hacienda improductive de Ricardo Texeira, ex-président de la puissante fédération brésilienne de football, impliqué comme Temer dans de nombreuses affaires de corruption. L’hacienda Santa Rosa, nous explique Joaquin Pineiro, des Sans Terre, sert de plate-forme au blanchissement de capitaux, et « toutes ces terres de corrompus doivent être rendues à la reforme agraire ». La justice brésilienne a ordonné l’expulsion immédiate, ce 25 juillet, des occupants qui ont décidé de maintenir leur campement.

Temer – un ultra-libéral qui s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État mené par la droite parlementaire contre la présidente élue Dilma Roussef – est en train de vendre aux multinationales les terres de l’Amazonie appartenant aux communautés indigènes et aux quilombolas (communautés afro-descendantes).

Dans le reste du Brésil, il met aux enchères les terres destinées à la réforme agraire (manière d’acheter le vote des secteurs de l’agrobusiness au sein du congrès et de freiner sa possible destitution pour corruption). Allié privilégié des multinationales, le président de facto multiplie la répression contre les militants sociaux.

Les travailleurs sans terre dénoncent l’impunité qui entoure les assassinats et autres exactions, réclament la démission du putschiste, la tenue immédiate d’élections libres et la reprise de la réforme agraire.

Au Venezuela, les amis de Temer rêvent, impatients, de mener la même politique sauvage de privatisation de l’économie, de restitution des terres aux grands propriétaires et de répression des mouvements sociaux. Leur violence raciste et de classe (que les médias internationaux déguisent en « révolte populaire » comme ils l’ont fait pour les mobilisations de la droite contre Dilma Roussef) n’est que la répétition générale de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir.

Depuis le coup d’État contre le président Chavez en 2002 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les 43 morts des « guarimbas » de 2014, cette droite est responsable de la violence et de la majorité des morts. Des mouvements paysans ont répondu en occupant des terres improductives appartenant à ces partisans du coup d’État.

La grande différence avec le Brésil est qu’ici, le gouvernement bolivarien, malgré ses inerties conservatrices, résiste aux violences de la droite et continue à donner des réponses positives aux revendications des paysan(ne)s : ce lundi ; après des années de luttes amères, d’expulsions à l’aube, l’Institut National des Terres leur a enfin remis 5.000 hectares du grand domaine Las Mercedes (État de Barinas) et leur a octroyé le titre de propriété.

Comme l’explique le journaliste Marco Teruggi : « Il faut poursuivre le mouvement avec d’autres récupérations stratégiques comme les grandes propriétés de Cajarito El Diamante, La Primavera, El Otoño, celles du Sud du Lac de Maracaibo, une longue liste de terres encore aux mains de ceux qui, historiquement, ont vécu de la pauvreté des paysans et financent aujourd’hui les violences de l’extrême droite putschiste.

Manière de donner un double signal : en direction des grands propriétaires pour les décourager de continuer à financer la déstabilisation, et en direction des mouvements sociaux, pour montrer qu’on peut renforcer une dynamique positive depuis l’État en faveur de ceux qui veulent semer la terre. » (1)

Thierry Deronne, Venezuela, 26 juillet 2017

Note

(1) Lire, de Marco Teruggi : Campesinos rescatan 5 mil hectáreas de un terrateniente financista de la violencia, http://www.hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/25/campesinos-rescatan-5...

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Publié par Thierry DERONNE - dans International
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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 23:09

 

Depuis des mois, nous entendons quotidiennement parler du Venezuela comme un pays violent. Des manifestations anti-gouvernement sont réprimées dans la violence par les forces de l’ordre du Président Nicolas Maduro.

Face à la crise politique actuelle, l’opposition de droite tente de trouver une issue aux dérives autoritaires du gouvernement chaviste. Voilà la lecture faite par nos médias « grand public » sur la crise actuelle au Venezuela.

 Mais qu’en est-il réellement ? L’expérience chaviste serait-elle vraiment en train de sombrer dans une dictature qui affame son peuple et qui n’entend pas l’appel de la rue ? L’opposition est elle aussi pacifique que ce qu’on veut nous laisser croire ? Quel rôle peut jouer l’assemblée constituante dans cette crise politique ?

Pour bien comprendre la crise actuelle, on doit la contextualiser dans l’histoire récente du Venezuela.

Un peu d’histoire sociale

Hugo Chavez arrive au pouvoir en 1998 avec un programme social, dans le cadre de ce qui deviendra la « révolution bolivarienne » (d’après le libérateur Simon Bolívar). A son arrivée à la présidence, il dote le Venezuela d’une nouvelle constitution (via un référendum et une assemblée constituante).

A partir de 2003, les rentrées des exportations de pétroles sont investies dans les programmes sociaux : alphabétisation, enseignement et soins de santé gratuits pour des millions de personnes vivant dans les quartiers périphériques des grandes villes vénézuéliennes, soit plus de la moitié de la population. Il entame une redistribution des richesses sans précédent et voit dans le socialisme la voie à suivre pour éradiquer la pauvreté et pour plus de justice sociale.

Au niveau de la politique internationale, le Venezuela développe une vision alternative du rôle des pays du Sud dans le monde ; ce qui va faire frémir les Etats-Unis. En 2005, le Venezuela lance le projet latino-américain de développement social et économique (l’ALBA), conclue des accords de collaboration avec Cuba, le Brésil, l’Iran, la Chine, etc.

Il est question de sortir de l’extrême dépendance du Venezuela vis-à-vis des Etats-Unis et de créer un monde où des alternatives au néolibéralisme sont possibles. Il y a 10 ans, Hugo Chavez prononça ces quelques mots devant l’assemblée générale de l’ONU : « Hier, le président des Etats-Unis (George W. Bush, ndlr), que j’appelle le diable, est venu prendre la parole ici comme si le monde entier lui appartenait.

En tant que porte-parole de l’impérialisme, il est venu défendre ses remèdes de charlatan afin d’essayer de maintenir en place le modèle actuel de domination, d’exploitation et de pillage des peuples du monde entier. » Ces propos ont été prononcés il y a 10 ANS mais l’addition se paye aujourd’hui. Et elle se paye très chère !

A la mort de Chavez en 2013, de nouvelles élections sont organisées. Nicolas Maduro est élu et continue depuis les « missions », les programmes sociaux du chavisme, construit des dizaines de milliers de logements populaires (359 000 en 2016), consacre 71,4% du budget national aux investissements sociaux. 90% des personnes en âge d’en jouir perçoivent une pension de retraite (19% seulement avant la révolution). Le Venezuela comptait 65% de pauvres en 1999. Ce taux a diminué depuis de plus de la moitié.

A la mort de Chavez, la droite vénézuélienne est bien décidée à mettre un terme à cette nouvelle voie. Le charisme de Chavez n’est plus et l’économie s’effondre avec la chute du cours du pétrole. Les ingrédients étaient réunis pour commencer la déstabilisation du pays jusqu’à la chute du gouvernement.

Dès l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro en 2013, des vagues de manifestations violentes sont organisées par l’opposition. Elles restent confinées à quelques quartiers mais la stratégie de déstabilisation du pays est bel et bien enclenchée. Les violences urbaines, les pénuries organisées, le blocage institutionnel et la violence importée via les paramilitaires colombiens sont les ingrédients clefs pour rendre le pays ingouvernable.

Une « insurrection populaire » sans soutien populaire, vous appelez ça comment ?

Une majorité de Vénézuéliens souffre sous une crise économique catastrophique : l’inflation galope à des taux inouïs, le prix très excessif des produits y compris de première nécessité et la pénurie organisée par les entrepreneurs, obligent à spéculer, à recourir au marché noir. Á cela s’ajoute une corruption endémique. Cette situation provoque de fortes tensions sociales. Mais malgré une baisse du soutien populaire au gouvernement, la majorité de la population ne se joint pas à l’opposition.

A partir de ce constat d’échec, l’opposition a dû passer à la vitesse supérieure. Progressivement, dominée par son aile d’extrême droite, l’opposition passe à une stratégie insurrectionnelle. Elle refuse tout dialogue avec le gouvernement et ne reconnaît pas la légitimité de Maduro. Les tables de négociations sont systématiquement boycottées par l’opposition.

En avril de cette année, une nouvelle vague d’insurrection des quartiers chics de la capital a commencé suite à l’appel du président de l’assemblée nationale, Jorge Borges, chef de l’opposition.

Depuis, ces manifestations ont déjà fait plus de 110 morts dont 7 imputables aux forces de l’ordre, les responsables étant aujourd’hui détenus et en attente d’être jugés. Dans ces manifestations, le mépris des pauvres est tel qu’on brûle vif un jeune homme pour le simple fait d’être basané et donc pauvre.

On y tue y compris ses compères dans le seul but de faire croitre le chaos régnant. Que ces manifestations ne touchent que les quartiers à l’est de Caracas sur l’ensemble des communes que comptent le pays n’a pas d’importance. Que le gouvernement ait gagné 17 élections sur les 19 organisés depuis Chavez non plus.

La seule chose qui compte, c’est l’image de chaos et d’insurrection populaire que les médias relaient pour discréditer le gouvernement. Et ça marche ! Ces images permettent à la droite européenne et vénézuélienne de s’unir autour d’un même projet : faire germer l’idée qu’une intervention étrangère est nécessaire pour défendre des droits de l’Homme au Venezuela.

D’après les médias, Maduro empêcherait la tenue d’élection et neutraliserait l’Assemblée Nationale (parlement). Maduro n’a pas empêché les élections régionales de décembre 2016, il les a postposées à décembre 2017 sur base d’une décision du Conseil National Electoral. Ce dispositif est prévu par la constitution.

Enfin, par rapport au discrédit de l’Assemblée Nationale, il s’agit d’un coup auto infligé par l’opposition. En effet, alors que l’opposition avait obtenu 109 votes sur 167 sièges (65%) de plein droit, ils ont investi 3 candidats dont l’élection était contestée pour fraude. Le Tribunal Suprême de Justice s’est prononcé en affirmant que tant que les 3 membres ne seront pas révoqués, la plupart des décisions de l’Assemblée National ne seraient pas valides.

Maduro tente par tous les moyens d’amener l’opposition à reconnaître les institutions du pays : il mise sur le dialogue et l’apaisement du Venezuela. Début juillet 2017, le Tribunal de Justice libère la figure de proue de l’opposition, Léopoldo Lopez, condamné en 2014 à 14 ans de prisons pour avoir organisé les violences de 2014 qui ont fait 43 morts.

Pour faire face à la paralysie du pays, Maduro convoque une assemblée constituante prévue par la Constitution. Le 30 juillet, les Vénézuéliens se sont mis en marche pour élire 537 des 545 membres de l’Assemblée Nationale Constituante – 364 au niveau municipal et 173 pour représenter les différents secteurs dans la société.

Les 8 restants sont les représentants des peuples indigènes dont l’élection se fera lors d’assemblées de ces communautés conformément à leurs coutumes ancestrales. Cette assemblée constituante aura pour tâche de modifier les textes de la constitution actuelle soumis ensuite au vote populaire.

Mais la constituante est rejetée par l’opposition qui organise un referendum en un temps record le 16 juillet dernier. L’opposition n’atteint pas ses objectifs de mobilisation : ils seraient 7 millions sur 19 millions d’électeurs que comptent le Venezuela, selon leurs propres chiffres. Aucun registre d’électeurs ne permet de le confirmer car les bulletins de vote ont été brulés par l’opposition elle-même. Qu’à cela ne tienne, les médias en font un franc succès : l’assemblée constituante de Maduro serait largement rejetée par le référendum populaire, titrent Le Monde, El Pais, etc.

Les appels de l’opposition à la grève nationale jusqu’au finish s’inscrivent dans même registre. Nos médias en font un succès sans s’inquiéter du taux de participation populaire : la droite insurgée devient alors révolte populaire aux yeux de l’opinion publique.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne interviennent publiquement

L’objectif de ses manœuvres est de permettre à la « communauté internationale » de se prononcer contre l’assemblée constituante et d’augmenter le niveau de pression sur le gouvernement légitime du Venezuela. Quelques jours après le référendum « symbolique » organisé par l’opposition, les déclarations officielles des Etats-Unis et de l’Union Européenne ne se font pas attendre.

Le 18 juillet dernier, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé le gouvernement vénézuélien à suspendre la convocation prévue d’une assemblée constituante. Interrogée sur l’éventualité de sanctions européennes contre le Venezuela, Mme Mogherini a répondu que "toutes les options sont sur la table".

Dans une déclaration officielle, Trumps donne le ton : « Les États-Unis ne resteront pas inactifs pendant que le Venezuela s’effondre. Si le régime de Maduro impose son assemblée constituante le 30 juillet, les États-Unis prendront des mesures économiques fortes et rapides. »

Trump n’agit pas sur un coup de tête, il ne s’agit pas là d’un de ses innombrables tweets qui embarassent son gouvernement. La déclaration officielle du président de Etats-Unis est très réfléchie et rationnelle.

Depuis 2003, le projet d’un vaste traité de libre-échange, l’ALCA, qui engloberait l’ensemble des pays du continent américain (d’Alaska aux Etats-Unis jusqu’à la Terre de Feu au Chili) a été mis au frigo depuis le rejet catégorique du Venezuela.

L’assemblée aura pour mission de modifier des textes de la constitution qui rendront définitivement impossible la réalisation d’un tel projet de libre-échange. En limitant les parts des compagnies étrangères et leurs investissements dans les entreprises publiques, en favorisant l’industrie nationale, la nouvelle constitution met définitivement fin au méga projet de libre échange des Etats-Unis.

Or, dominer le marché latino-américain dans sa totalité est une question cruciale pour le géant étasunien face une Chine économiquement toujours plus puissante. On comprend mieux la position interventionniste des Etats-Unis.

A cela s’ajoute une donnée plus subjective, le Venezuela a représenté une alternative au modèle néo-libéral pour l’ensemble des peuples. Il est donc primordial d’achever publiquement cette expérience.

En s’attaquant à la révolution bolivarienne, on veut tout simplement discréditer tout semblant d’alternative. Car si le projet vénézuélien venait à échouer, ce serait bien la preuve que toute alternative au néo-libéralisme est vouée à l’échec.

La polarisation du pays n’est pas seulement un enjeu vénézuélien. L’opposition d’extrême droite a fait appel aux paramilitaires venus de Colombie pour terroriser et paralyser les zones rurales restées placides aux appels insurrectionnels. Croire que ceci est le seul fait d’une opposition prête à tout pour reprendre le pouvoir serait aussi un leurre.

Elle met en lumière l’enjeu géopolitique que représente le Venezuela pour tout le continent latino-américain. Le Venezuela cristallise les alliances continentales et internationales pour faire basculer le gouvernement sorti des rangs il y a 18 ans avec la venue au pouvoir d’Hugo Chavez. Et les déclarations interventionnistes fusent de tous côtés.

L’ambassadrice états-unienne à l’ONU, Nikki Haley, a fait récemment une liste d’actions à mener pour « mettre la pression » sur le Gouvernement vénézuélien et le forcer à sortir du cadre institutionnel : « Nous devons maintenir la pression sur Maduro, il y a des signes qui indiquent que maintenant, il va commencer à utiliser son pouvoir militaire. C’est une situation terrible, c’est pourquoi nous devons mettre autant de pression que nous pouvons sur Maduro. »

Dans ces récentes déclarations, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, ne s’en cache même plus.

La souveraineté populaire et le principe de non-ingérence

Le Venezuela s’apprête à vivre les jours les plus décisifs de son histoire, entrainant avec elle l’avenir de tout un continent. Dans quelques heures, la violence sera à son comble. Peu importe aux yeux du monde que l’élection de l’assemblée constituante soit un succès avec une forte mobilisation populaire.

Nos esprits ont été préparés pour soutenir l’intervention étrangère. Les menaces de sanctions économiques et le soutient à l’insurrection sont présentées par l’Union Européenne et les Etats-Unis comme la solution pour sauver le peuple vénézuélien. 

Ce 30 juillet, la population vénézuélienne s’est mobilisée pour élire son assemblée constituante. Malgré les menaces, les entraves et la grève des transports organisée par l’opposition, le Venezuela a fait le choix de la paix. “Je suis venue voter pour dire aux « gringos « (américains) et à l’opposition que nous voulons la paix, pas la guerre », assure Ana Contreras devant le bureau de vote.

Mais, déjà, nos médias taclent la mobilisation populaire pour faire le jeu de l’opposition. La seule chose qui transparait de l’actualité vénézuélienne après ce jour historique, c’est le climat insurrectionnel sur lequel mise l’extrême droite du pays pour que la « communauté internationale » ne reconnaissent pas ce vote.

Ce n’est pas à nous, ni à nos dirigeants de se prononcer pour dire si la meilleure façon de résoudre la crise actuelle est la proposition d’Assemblée Nationale Constituante ou les négociations avec l’opposition. C’est aux vénézuéliens de décider. Mais il ne faut pas se leurrer sur la nature et les soutiens de cette opposition ayant fait le choix de l’insurrection.

Et nous ?

Une chose est claire, sans la solidarité internationale, sans l’élan de ceux qui soutiennent des alternatives souveraines, d’ici peu, l’Union Européenne et les Etats Unis mettront leurs menaces à exécution, foulant au pied la volonté de paix de la majorité des vénézuéliens.

Le rôle des mouvements de paix belges et internationaux est crucial pour forcer nos Etats à respecter le principe de non-intervention. Ce principe interdit à tout Etat ou groupe d’Etat d’intervenir directement ou indirectement dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre Etat et nous sommes en droit de l’exiger.

Paula Andréa Polanco

Info : americalatina@intal.be
www.intal.be
www.venesol.org

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Publié par Paula Andréa Polanco - dans International
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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 23:30

Le processus électoral qu’a vécu dimanche le Venezuela et les résultats quantitatifs du vote pour la constituante (plus de huit millions de suffrages exprimés) montrent clairement un triomphe du chavisme, avec une corrélation très forte sur les plans politique et symbolique.

Photo : Électeurs du centre de vote Luis Alejandro Alvarado, Cagua, État d’Aragua (centre du pays).

Le processus électoral qu’a vécu dimanche le Venezuela et les résultats quantitatifs du vote pour la constituante (plus de huit millions de suffrages exprimés) montrent clairement un triomphe du chavisme, avec une corrélation très forte sur les plans politique et symbolique.

La « bataille finale » ne s’est pas jouée comme le disent les boucliers des extrémistes de droite « autour du palais présidentiel de Miraflores » : elle ne s’est pas faite avec des balles mais avec des votes et n’en a que plus de force.

Le chavisme dispose à présent d’une grande légitimité et de la base légale pour aller de l’avant et sans hésitations vers une transformation profonde dans le cadre constitutionnel pour assurer la paix, renforcer les institutions et rétablir l’équilibre de l’économie.

Une analyse préliminaire permet d’identifier un ensemble de points-clés :

1) On voit que l’opposition associée à la MUD (coordination des partis de droite) n’est pas majoritaire.

2) Elle n’exprime pas plus les attentes et les besoins de la majorité ou des principaux secteurs du pays. Pas même des secteurs dominants.

3) Elle ne sert pas les intérêts nationaux, mais des facteurs externes bien identifiés, qui ne tentent même pas de nuancer leurs positions ou de les dissimuler.

4) La droite a démontré un caractère violent et son irresponsabilité dans l’usage de la violence. Les dirigeants actuels sont encore ceux du coup d’État contre Chavez ou des « guarimbas » des années antérieures. Ils n’ont jamais condamné mais au contraire encouragé les actions meurtrières de 2017, appelant même à plusieurs reprises à un nouveau coup d’État des forces armées, sans autre projet politique que celui de renverse Maduro, comme ils voulaient renverser Chavez.

5) Pendant ce temps, le chavisme a montré qu’il est le seul mouvement politique actuellement porteur d’une vision, d’un projet national d’inclusion, qui intègre les principaux facteurs sociaux, institutionnels, économiques et politiques du pays et parmi lesquels ne sont pas exclus organiquement les facteurs liés à l’opposition regroupée dans le MUD.

6) La droite, en réponse, passera à la postérité pour sa conduite erratique, qui s’est transformée en menace pour l’indépendance, la paix, la stabilité institutionnelle et l’équilibre économique du Venezuela. Le bloc d’opposition n’a pas su surmonter son obsession de reprendre le pouvoir « par tous les moyens ». Au lieu d’élaborer une proposition politique d’envergue, elle s’est engluée dans une dynamique absolument destructrice.

7) L’origine et le développement des conflits qui vont s’aiguisant depuis 2012 sont d’ordre économique, déterminés par l’accès et la redistribution des revenus pétroliers. Par conséquent, le Venezuela ne peut éluder plus longtemps le débat sur le dépassement du modèle rentisme pétrolier, ainsi que sur tous les éléments symboliques dérivés.

Ce qui veut dire profiter de l’avantage de pouvoir prendre des décisions radicales à travers une Constituante pour démanteler les structures productives hautement dépendantes du secteur extérieur.

8) Les conditions imposées par la violence de la rue et les menaces de la droite contre le vote ont forcé le chavisme à faire preuve d’un plus grand engagement. Paradoxalement ces conditions peuvent avoir fonctionné comme encouragement à la participation.

Cela s’est produit en 2002-2003 lors de la réaction populaire au coup d’État contre Chavez ou après le sabotage pétrolier en 2004, avant le référendum révocatoire, entre autres dates. Aujourd’hui, le chavisme mécontent et certains des ni-ni (si tant est qu’existe cette catégorie), qui s’étaient abstenus lors de la victoire de la droite aux législatives de décembre 2015, sont allés voter. Alors que ce que pouvait espérer de mieux la droite, était leur indifférence.

9) Le chavisme devient le principal articulateur et promoteur du dialogue politique, mais cela l’oblige à être plus inclusif (en parlant des militants) et plus large thématiquement, tout en s’impliquant davantage dans l’aspect concret de chaque facteur social .

10) Une grande partie des obligations du chavisme implique la construction d’une cosmogonie et d’une téléologie du peuple vénézuélien qui puissent incarner une alternative aux valeurs culturelles du capital. Ce qui inclut des aspects liés à la culture populaire (dont la religiosité).

Victor Hugo MAJANO

Source : http://www.albatv.org/En-claves-Que-significa-la.html

Traduction : Thierry Deronne

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