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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 17:36

A l'occasion de la série de conférences sur l'écosocialisme qu'il tient ces jours-ci dans les pays du Maghreb, Jean-Luc Mélenchon a répondu aux questions du journal El Watan.

 

«Chokri Belaïd était un grand tribun des pauvres, des ouvriers et des femmes»


http://www.elwatan.com/images/2013/02/09/jean-luc-melenchon_1414406_465x348.jpg

 

Jean-Luc Mélenchon est le leader du Front de gauche en France qui regroupe 9 partis politiques de la gauche radicale. Lors de l’élection présidentielle française de 2012, il termine quatrième derrière Hollande, Sarkozy et sa première rivale politique Marine Le Pen, en totalisant 11,10% des voix. Né à Tanger en 1951, de parents originaires d’Oran et de Staouéli, ce philosophe de formation fait entendre la voix de la gauche radicale dans ses combats contre l’austérité en Europe. Au plan politique, sa philosophie est de privilégier les relations bilatérales franco-maghrébines. Ce qu’il nous explique dans ce long entretien, à la veille de la tournée maghrébine qu’il va entamer en Tunisie aujourd’hui, le 11 février, et qui le conduira au Maroc le 15 février. Demain, il sera à Alger pour animer une conférence à l’Institut français. Avec une grande diplomatie et son franc-parler habituel, il défend ses positions politiques et appelle la gauche radicale algérienne et maghrébine à s’unifier autour d’un idéal commun.  


 

- Le peuple algérien, notamment sa communauté établie en France, a découvert et admiré vos positions politiques lors de la présidentielle 2012. Plus de six mois après, quels enseignements tirez-vous de cette élection ?

La campagne présidentielle du Front de gauche a fait émerger une nouvelle grande force politique en France, éduquée, autonome, disciplinée et conquérante. Pour la première fois depuis 30 ans, en rassemblant 4 millions de voix, une deuxième force politique de gauche a réalisé un score à deux chiffres. Au-delà de ce résultat électoral, notre campagne a lancé un processus d’implication populaire qui se prolonge et s’élargit aujourd’hui dans la résistance aux politiques d’austérité. Nous incarnons une alternative concrète aux politiques libérales qui détruisent le pays et appauvrissent le peuple. Cette alternative s’appuie sur une nouvelle synthèse politique que nous nommons éco-socialisme. Et sur la méthode de la révolution citoyenne qui veut que le peuple reprenne le pouvoir pour imposer l’intérêt général partout où règnent aujourd’hui les intérêts marchands et financiers. Notre programme sera au pouvoir en France avant dix ans.



- Vous avez déclaré que vous vous sentiez, humainement et socialement, plus proche des Maghrébins que de certains Européens. Et que l’Algérie serait le premier pays où vous vous rendriez en tant que président de la République française.  Pouvez-vous nous expliquer le fondement intellectuel de ce positionnement en faveur de relations et de partenariat exceptionnels entre la France et l’Algérie ?

Je veux donner un signal humain fort qui percute les routines. Nous constituons par bien des aspects une seule famille humaine, sociale et culturelle des deux côtés de la Méditerranée. Aucun autre pays européen n’est humainement aussi lié que la France aux peuples du Maghreb. Combien d’enfants, de parentèles en commun ? Des dizaines de milliers ! On ne peut en dire autant ni des Lettons ni des Croates pourtant membres de l’Union européenne ! De plus, nos sociétés sont confrontées à de nombreux défis communs, comme l’appauvrissement des travailleurs lié aux politiques libérales ou la précarité rencontrée par une jeunesse de plus en plus éduquée. En partageant la mer Méditerranée, nous affrontons aussi les mêmes défis écologiques vitaux pour nos peuples puisque plus de la moitié des habitants de nos pays vivent au bord de la mer. Les solutions éco-socialistes que je défends offrent des perspectives de politiques communes pour résoudre des problèmes aussi concrets que le développement des énergies de la mer ou la lutte contre les pollutions qui menacent la biodiversité sur laquelle repose notre écosystème commun. Il n’y a pas d’avenir utile sans que nos peuples s’imbriquent davantage.



- Comptez-vous faire de votre visite en Algérie une occasion pour expliquer votre vision des relations bilatérales franco-algériennes ?

Je me rends en Algérie, ce 12 février, pour proposer au débat de la gauche, avec l’éco-socialisme, un nouveau chemin partagé de progrès humain entre nos peuples. Nous avons d’immenses chantiers à traiter en commun, en pleine égalité, en s’appuyant sur la souveraineté et l’énergie de nos peuples.



- Lors de sa visite en Algérie, François Hollande a complètement ignoré le combat quotidien de l’opposition démocratique en Algérie, des syndicats autonomes et des défenseurs des droits de l’homme. Que pensez-vous de cette attitude ?

C’est très curieux, car la tradition veut que le chef de l’Etat français, en déplacement à l’étranger, rencontre naturellement les représentants du pouvoir légitime en place, mais aussi ceux de l’opposition. Je pense que c’est une mauvaise appréciation, faite par le président de la République. Et, franchement, je ne pense pas que  les autorités algériennes lui ont demandé ça. Pourquoi l’auraient-elles fait ?

 

- En ce qui vous concerne, allez-vous donc rencontrer tous ces acteurs de la lutte démocratique en Algérie ?

Ma visite est très limitée par le temps. Ce sera dans le cadre d’une seule conférence organisée à l’Institut français d’Alger. Mon objectif est de partager mes réflexions politiques et de sensibiliser la jeunesse maghrébine aux nouveaux enjeux de ce que j’appelle l’éco-socialisme. Je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans les questions politiques des pays qui me reçoivent. D’abord ce n’est pas mon rôle. Puis, je ne veux pas paraître arrogant ou imbu de paternalisme politique. Je viens pour faire état de ma pensée politique laquelle, je sais, est estimée et peut contribuer aux débats de la gauche maghrébine.



- En parlant plutôt de la gauche algérienne, la jeunesse militante de plusieurs partis politiques, comme le FFS, le PST, le PT et le RCD, se retrouve dans l’esprit de revendications communes de la gauche radicale et démocratique. En revanche, ces formations préfèrent faire cavalier seul. Avec votre expérience au sein du Front de gauche, que pensez-vous de cette division qui perdure dans les rangs de la gauche radicale algérienne ?

Je ne suis pas en mesure de donner des leçons. Je fais confiance à l’intelligence de l’élite politique de la gauche algérienne. Ce que je peux recommander modestement à tous nos camarades algériens, sans exception, c’est de mesurer l’importance et l’intérêt qu’il y a, à savoir se regrouper. Non seulement du point de vue de l’efficacité électorale mais pour déclencher des dynamiques refondatrices pour chaque partenaire. Regardez, c’est comme ça que nous, fronts de gauche radicale, sommes devenus, en tout cas dans les enquêtes d’opinion, la première force politique en Grèce. C’est comme ça qu’en France, nous sommes ressortis des catacombes. C’est comme ça que nos camarades en Espagne ont franchi la barre des 10% des voix et actuellement dans les enquêtes sont entre 14 et 16%. En Tunisie, la constitution du Front Populaire a créé une alarme chez les adversaires de la gauche tunisienne. Ce front représente dorénavant une alternative crédible à la disposition du peuple tunisien.



- Mais en Algérie, chacun de ces partis campe sur ses positions et refuse d’aller vers les autres…

Il faut que nos camarades algériens regardent comment nous fonctionnons au Front de gauche français. Aucun de nous n’a renoncé à ce qu’il est. Les 9 partis qui constituent notre union ne sont pas, pour autant, dissous. Ils agissent toujours, chacun de son faire côté. En Grèce, il y a 16 partis qui ont unifié leurs efforts pour la défense et la promotion des idées de notre gauche. En revanche, cette union ne doit pas être seulement un cartel électoral. Elle doit partir d’un programme partagé qui soit constructif.  Il ne faut pas s’enfermer dans l’espoir vain d’une convergence doctrinale. Cette politique de fronts est une stratégie de gauche qui a prouvé son efficacité. En Amérique latine, nous n’avons perdu aucune élection depuis 13 ans ! Aucune au Venezuela, en Equateur, en Argentine, en Uruguay, au Brésil, etc. Je ne veux pas présenter cela comme un modèle. L’idée du modèle est dépassée. Par contre, ces expériences peuvent être des sources d’inspiration efficaces, puisque la recette fonctionne malgré la diversité des situations de ces pays. L’opinion populaire juge positivement les efforts d’entente au profit de l’intérêt général. Je crois que la gauche radicale algérienne pourrait être plus facilement une proposition crédible, raisonnée et raisonnable aux yeux du peuple algérien, si elle parvenait comme nous l’avons fait à s’accorder. Nous au Front de gauche, nous ne sommes mis aucune limite à gauche pour nous rassembler. Il ne faut jamais se dire qu’il y a quelqu’un de trop. Dans ce genre de combats, nous avons besoin de tout le monde, de toutes les intelligences, de toutes les énergies et de toutes les capacités de réseaux dans la société. Notre méthode est rassemblement et radicalité concrète.



- Après la reconnaissance des massacres du 17 Octobre 1961, François Hollande a reconnu les souffrances infligées au peuple algérien par la colonisation, lors de sa visite à Alger, sans présenter réellement des excuses. Ne pensez-vous pas que la réconciliation entre les deux pays passe forcément par une vraie repentance de la France officielle pour ses crimes, commis tout au long de 132 ans d’occupation violente de la terre algérienne ?  

Non. Pas du tout. Ce serait produire une confusion de plus ! Le peuple français n’a pas décidé l’invasion de 1830. C’est la monarchie qui l’a fait. Quand il a été consulté démocratiquement, le peuple français a toujours opté pour la solution la plus avancée. Le peuple français n’est pas davantage responsable de la colonisation que de l’esclavage ou de la déportation des juifs ! Allons au bout du devoir de mémoire, car, à ceux qui ont souffert, à ceux qui ont perdu, à ceux qui sont morts, à ceux qui ont été blessés, à tous ceux qui aiment l’Algérie, nous ne devons pas que de bonnes paroles ; nous leur devons la vérité, la vérité qui est politique et qui permet à la nation, épreuve après épreuve, de renforcer son expérience et de savoir ce qu’elle doit, pour l’avenir, éviter à jamais. J’ai dit devant le Sénat français que nos armes ont combattu pour un ordre injuste, celui de la colonisation et qu’il était juste qu’elles perdent ce combat. Le peuple algérien et l’Algérie se sont constitués dans la guerre d’indépendance. Cette guerre il l’a gagnée. Quel genre de vainqueur a besoin des excuses du vaincu ? En avons-nous jamais demandé, après les avoir vaincus, aux Allemands qui nous ont envahis trois fois en un siècle ? Maintenant La guerre est finie. Nous vivons ensemble. Offrons sans barguigner à nos enfants communs, à nos familles communes les bienfaits de la paix et de l’effort commun sans regarder sans cesse par-dessus nos épaules. 

 

 

- Vos rivaux politiques directs — le Front National dont le fondateur a «du sang jusqu’aux coudes, le sang d’un tortureur pendant la guerre d’Algérie», selon votre propre expression, ainsi que plusieurs cadres de l’UMP comme Gérard Longuet et, plus récemment, Michèle Tabarot qui, entre autres, refuse de condamner le terrorisme de l’OAS cofondée par son père et ses acolytes — persistent dans la défense des bienfaits de la colonisation et maintiennent leurs discours hostiles vis-à-vis de l’Algérie indépendante. Quel objectif politique stratégique à élucider se cacherait derrière cette position troublante de l’extrême droite et d’une grande partie de la droite ?

Dans ce cas, l’Algérie est un prétexte ! C’est une autre façon de formuler un projet politique pour la France. Marine Le Pen et ses relais à l’UMP veulent justifier la violence la plus abjecte pour défendre un ordre injuste. La figure du musulman occupe la place de celle du juif avant-guerre pour cette droite. Il s’agit de faire croire que les musulmans ne peuvent pas être nos compatriotes et que les Français peuvent être inégaux en droits du fait de leur prétendues racines. Ce déni justifie l’usage de tous les moyens politiques de discrimination et de ségrégation sociale. Et j’affirme haut et fort que cela suffit pour exiger des immigrés et des citoyens français issus de l’immigration de se justifier ou de rendre des comptes. Qu’on leur permette de vivre tranquilles. Moi je veux faire France de tout bois !

 

 

- Puisque vous évoquez la question de l’islam, des récentes études d’opinion montrent qu’une grande partie des Français adhère aux idées du Front National et une quasi-majorité d’entre-eux, 74% selon Ipsos, pense que l’islam est incompatible avec les lois de la République. Quelle analyse faites-vous sur ce sujet ?  

Ces études sont totalement biaisées ! Elles illustrent bien ce harcèlement médiatique qui vise en fait à produire ce qu’il fait mine de dénoncer. Je veux rappeler que l’islam n’est pas un fait lié seulement à l’immigration. De nombreux Français sont musulmans. L’islam est la deuxième religion pratiquée en France. N’oubliez jamais le nombre considérable des binationaux magrébins. Telle est la France contemporaine ! C’est là un point de départ de ma pensée sur la construction de l’identité dans mon pays. Le camp auquel j’appartiens pense que la France est en train de se reformuler à travers ce mélange qui succède à bien d’autres dans l’histoire. L’autre camp voit cela comme une opportunité politicienne.
La xénophobie ne tombe pas du ciel ; elle résulte de stratégies politiques, de moyens et d’un terrain favorable. Il y a, en France, un courant qui a fait de l’immigration un prétexte pour créer une division dans le monde du travail et entre les citoyens français pour des fins électoralistes et sociales. Voyez comment cela s’est passé durant la présidentielle, par exemple ! Est arrivé le texte sur  la stabilité financière en Europe qui oblige la France à une austérité sans fin, mais les médias n’ont pas trouvé mieux que de mettre en avant les délires de Marine Le Pen pour imposer un débat sur la viande halal et la manière dont les bêtes sont abattues dans les abattoirs. Ce sujet a occupé l’espace public des scènes médiatiques pendant plusieurs jours à la place des vraies questions d’intérêt public. Quel honte ! Quel abaissement ! Finalement, on nous crée des faux débats pour éviter les vrais.

 

- Que faire alors pour lutter contre cette islamophobie qui se banalise et menace la cohésion sociale en France ?

C’est vrai que ce genre de campagne menace la cohésion républicaine et sociale. Comprenons qu’il s’agit de manipulations et non de faits objectifs. Luttons pour la défense du fondement politique universaliste de la France depuis les Lumières et la Révolution française. Il faut mener la lutte idéologique tous azimuts. La religion musulmane, pas plus que la catholique ou la judaïque, n’ont de droits dans le champ politique. Notre République a été fondée sur la séparation entre les églises et l’Etat. J’assume cette laïcité ; elle protège notre liberté de conscience et notre liberté de pratiquer ou non notre religion. Il ne faut pas confondre cela avec la laïcité-prétexte de Mme Le Pen qui s’est emparée du thème pour s’en prendre aux musulmans et, en même temps, met en avant dans ses discours les prétendues racines chrétiennes de la nation française. Moi je le réaffirme, il n’y a aucune incompatibilité entre l’islam et la République. D’ailleurs, selon ce que je crois savoir, il est ordonné dans le Coran de se conformer aux lois des pays où l’on se trouve. Par conséquent, ici c’est la loi laïque qui n’interdit, je le rappelle, aucun aspect de la pratique religieuse. L’interdiction des prières de rues s’adresse à toutes les religions comme problème de circulation et d’appropriation de l’espace public. De même, le voile intégral est interdit car considéré par notre société comme une maltraitance faite aux femmes et une privation du droit de dévisager. Cela n’a rien à voir avec une appréciation sur la religion. Mais il est vrai qu’il y a une minorité d’extrémistes qui abusent. Ils tombent sous le coup de la loi. Ce n’est pas spécifique aux musulmans. Je rappelle quand même que le seul bâtiment public occupé de force par une religion est l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet et que c’est l’œuvre d’intégristes catholiques. La République n’est pas un régime neutre. C’est un régime de liberté de conscience et d’égalité humaine. Sur cette base, on peut gérer pacifiquement une vie commune harmonieuse et contenir le sectarisme et l’intolérance.

 

- Toujours sur la question de l’immigration, vous vous démarquez complètement du reste de la classe politique française en appelant à la régularisation de tous les sans-papiers. Cette démarche est-elle réaliste vu les conséquences qu’elle pourrait engendrer ?

Ceux qui refusent la régularisation des sans-papiers qui vivent et travaillent sur notre territoire sont soit des hypocrites soit des menteurs. Les travailleurs et les familles de sans-papiers participent à la vie de notre pays. Leur traque est un gigantesque gâchis et leur expulsion globale est concrètement impraticable. L’appel d’air que provoqueraient les régularisations est un fantasme. Cela méconnaît complètement les causes de l’immigration des sans-papiers. La misère ne vous fait pas quitter votre pays de bon cœur. C’est un arrachement violent. Les pays du Nord et en particulier l’Union européenne en sont directement responsables en raison des politiques d’ouverture forcée des marchés qu’ils imposent aux pays du Sud. Entre l’Europe et l’Afrique, nous devons passer du règne actuel de la libre-concurrence et de la compétition à la coopération et la protection sociale et écologique de nos économies. Là se trouve la clé des défis migratoires.

 

- Les visas de circulation et la loi régissant les titres de séjour des immigrés algériens restent des points sensibles à régler entre les deux pays. A titre d’exemple, les étudiants algériens souffrent le martyre en France pour trouver du travail ou des stages pratiques. Quelles sont les bonnes formules, à votre avis, pour résoudre les problèmes des expatriés des deux pays et instaurer une réciprocité ?

Il faut partir de l’intérêt commun à agir. Dans le cadre des projets communs éco-socialistes que je propose pour nos deux pays, des programmes communs d’enseignement professionnel et d’enseignement supérieur devraient être mis en chantier pour affronter avec des savoir-faire communs, les défis écologiques auxquels nous sommes pareillement confrontés dans la Méditerranée. En tirant le meilleur parti de la science et de la technologie, nous donnerions ainsi à un nombre croissant de jeunes des deux rives la possibilité d’acquérir une qualification dans un autre pays. C’est un besoin urgent pour résoudre ensemble les défis de la transition écologique qu’il faut conduire.

 

- Sur un autre registre, malgré tout ce qu’on dit sur les relations économiques entre les deux pays, la réalité des chiffres et des statistiques prouve que l’Algérie ne représente pour la France qu’un marché juteux. Selon vous, quel est le meilleur partenariat économique gagnant-gagnant qui pourrait exister entre Alger et Paris ?

D’abord je vous rappelle que l’Algérie est maître de ses choix, non ? Commencez par balayer devant votre porte, ensuite cessez d’appeler «la France» les capitalistes de mon pays ! C’est un cliché très pénible ! Je suis aussi la France, nos enfants communs sont la France. Nous ne pillons pas l’Algérie et nous ne sommes pas d’accord pour qu’elle le soit. Est-ce que je dis, moi, «l’Algérie» pour parler des Algériens qui s’entendent avec les capitalistes de mon pays ? Ces sortes de confort de langage permettent trop souvent de ne pas identifier l’adversaire réel ce qui est une autre façon de le protéger ! Et ils nous empêchent de fraterniser quand il le faudrait !
Pour reconstruire un partenariat économique sur des bases égalitaires, nous devons d’abord tourner le dos aux politiques d’ouverture forcée des marchés et de libéralisation des échanges. Ces politiques ont conduit à une économie de jungle et de pillage qui ne profite ni aux travailleurs français ni aux travailleurs algériens. En rompant avec ce modèle libéral périmé, nous pourrions travailler ensemble à de grands projets de développement commun, au service de l’intérêt général humain que la crise écologique fait apparaître. Nos deux pays ayant une tradition forte d’intervention économique de l’Etat, des axes communs de planification écologique pourraient nous permettre de réorienter nos systèmes productifs et de consommation au service des besoins réels des populations et de l’emploi, dans le respect des écosystèmes. Voilà le point de vue qui fait d’un Français un Algérien comme un autre.

 

- La lutte antiterroriste est l’une des priorités suprêmes de la coopération algéro-française. Ceci s’est traduit récemment par l’ouverture de l’espace aérien algérien aux avions français menant une guerre au Mali. Comme la quasi-totalité de l’opinion publique algérienne, vous avez exprimé des réserves sur l’utilité de l’intervention française et émis des doutes sur ses vrais objectifs.  Pourquoi pensez-vous que la solution militaire n’est pas la bonne au Mali ?

J’ai réagi en citoyen d’un pays démocratique. En démocratie, le respect du droit international, la clarté des buts de guerre, la soutenabilité d’une stratégie militaire sont des questions préalables au recours à la force. L’argument de l’urgence est une imposture. La guerre a un concept ; le terrorisme est une sottise. Je trouve désolant que l’on n’ait tiré aucune leçon des interventions militaires successives en Afghanistan, en Irak et en Libye. Toutes ont prétendu apporter une solution militaire au terrorisme. Toutes se sont soldées par un désastre, à tel point qu’elles ont même fait fructifier le terrorisme qu’elles étaient censées combattre. Ainsi, la déstabilisation du Mali est en partie une conséquence de l’intervention militaire en Libye. Quant aux autres problèmes profonds du Mali que cache la question du terrorisme, à commencer par l’insurrection touareg, la solution militaire ne peut que les envenimer au détriment de la paix civile et de la reconstruction de ce pays.

 

- Que proposez-vous comme alternative afin d’éradiquer le terrorisme international ?  

Le terrorisme international est un concept fourre-tout, sans signification géopolitique ni militaire. Les interventions militaires impériales et la bienveillante cécité à l’égard de bailleurs de fonds aggravent le mal qu’elles prétendent combattre. Ensuite, elles évitent de s’attaquer à ses causes qui n’ont souvent rien de vraiment religieux ou culturel. Les guerres d’Etats ont tendance à suivre les pipelines ! Les guerres privées que mènent les bandes armées terroristes sont surtout une des modalités, parmi les plus rentables, des trafics dont la mondialisation libérale de l’économie a permis l’explosion. L’affaiblissement des Etats et l’appauvrissement des populations engendrés par les politiques du FMI et de l’OMC sont le terreau profond du «terrorisme» contemporain. Le djihadisme n’est ainsi bien souvent que l’emballage médiatique d’un banditisme qui prospère dans les sociétés désertées par l’Etat. Les mêmes phénomènes s’observent sous d’autres emballages jusqu’au cœur de l’empire nord-américain. C’est en permettant aux économies des pays du Sud de se protéger socialement et écologiquement et en s’appuyant sur la souveraineté populaire des peuples pour reconstruire des Etats forts et légitimes que l’on fera reculer le retour des «guerres privées».

 

- Cela nous amène à évoquer le Printemps arabe. Que pensez-vous des conséquences engendrées par ces événements ?

Déjà, je suis méfiant vis-à-vis de cette appellation de Printemps «arabe». Veut-on sous-entendre qu’il est enfermé d’avance dans un cadre ethnique, voire religieux ? Je n’ai vu dans l’exemple de la révolution tunisienne que des revendications universalistes. On y réclamait la paix, la démocratie et le respect des droits de l’homme. Cette révolution reste un prototype d’un extrême intérêt universel. Le peuple tunisien est héritier des avancées considérables de ses droits civiques, comme l’égalité des sexes, grâce à un cumul de luttes dans le temps. La révolution tunisienne est notre enfant chéri à tous. C’est une révolution sociale. Et, en tant que telle, elle défend les questions sur lesquelles est constituée la modernité. Aussi, c’est une révolution pacifique malgré certains épisodes violents. Son intérêt est de poursuivre sur ce chemin pacifique. Car si les armes s’en mêlent, le dernier mot reviendra au mieux armé et cela n’est pas une garantie de démocratie pour le futur. Voilà pourquoi je pense que les révolutions libyenne et syrienne sont mal parties à causes des violences qui les ont défigurées. Je sais que la révolution tunisienne va s’arc-bouter pour ne pas basculer dans le chaos de la violence après l’infâme assassinat de Chokri Belaïd.

 



- A ce propos, qu’est-ce que vous inspire le combat de cette grande figure de la gauche radicale tunisienne ?

La foule grandiose qui a accompagné la dépouille du défunt à sa dernière demeure prouve que l’émotion a dépassé les rangs partisans qu’il a influencés. Il y a une perception nationale commune du rôle important qu’il jouait dans le processus démocratique en Tunisie du fait de sa participation au Front populaire auquel appartient son parti. Je ne partage pas seulement la cravate rouge avec ce grand monsieur, mais aussi une compréhension commune du rôle tribunicien. Il était un grand tribun, le tribun des pauvres, des ouvriers et des femmes. Il nous a donné une leçon de courage. Il n’a provoqué personne, il a juste dit ce qu’il y avait à dire. Il l’a dit haut et fort. Je suis persuadé qu’au Maghreb, il y a beaucoup de femmes et d’hommes qui ont cette même conscience politique exigeante. Ils ne sont pas seulement utiles à leurs idées, mais à leur peuple tout entier.

Samir Ghezlaoui

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans International
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 12:50

http://lepartidegauche.fr/system/images/original/chokri_2.jpg?1360245599

Rassemblement en soutien au Front populaire le 6 février, en présence de militants du PG

 

 

 

Par Alain Billon, Responsable Maghreb-Machreq du Parti de Gauche

 

Le 5 février au soir, Chokri Belaïd dénonçait sur une chaîne de télévision « la stratégie méthodique d’explosion de violence à chaque crise au sein du mouvement Ennahda ». Le 6 février au matin, en sortant de chez lui, il tombait sous les balles d’un ou plusieurs tueurs visiblement expérimentés qui n’ont pas été appréhendés. Ce meurtre d’un homme politique connu et populaire, secrétaire général du Mouvement des patriotes démocrates tunisiens, est le premier assassinat politique en Tunisie depuis la chute du régime de Ben Ali, il y a un peu plus de deux ans. IL a immédiatement suscité un émoi considérable en Tunisie, et aussi en France où les membres de la communauté tunisienne se sont spontanément rendus devant l’ambassade de leur pays, rue Barbet de Jouy, dans le VIIème arrondissement de Paris. L’ambassadeur refusait de mettre le drapeau en berne, déclenchant la fureur des présents. Des membres de notre parti , Eric Coquerel et moi-même, étaient parmi les premiers représentants des organisations de la Gauche à venir exprimer leur soutien et leur solidarité aux Tunisiens accourus en nombre, pour exprimer leur tristesse, leur colère, mais aussi leur détermination à barrer la route aux islamistes, salafistes et autres nervis du fascisme vert. Mais l’inquiétude était palpable, cet assassinat intervenant comme l’avait bien dit Chokri Belaïd, dans un contexte de crise politique aigüe, les trois partis de la « troika » au pouvoir (Ennahda, CPR du président Marzouki et Ettakatol, ne parvenant pas à se mettre d’accord pour former un nouveau gouvernement, et dans un contexte de marasme économique persistant.

Les commanditaires du meurtre n’ont pas armé le bras du ou des tueurs au hasard. Chokri Belaïd, en tant que Secrétaire général du MPDT, était l’un des dirigeants principaux, au côté de Hamma Hammami, du Front Populaire regroupant 12 formations politiques, créé il y a quelques mois pour constituer un pôle de gauche radical en Tunisie, et donner enfin un contenu de profonde transformation sociale à l’esquisse de révolution qu’a connue ce pays depuis 2011. Le Front populaire se reconnait comme proche des luttes et des aspirations de notre Front de Gauche, et notre parti avait tout récemment eu une réunion de travail très positive avec une délégation de camarades de ce regroupement pluraliste. Camarade Chokri Belaïd, tu es tombé en martyr de cette lutte contre les forces de l’obscurantisme et au service du peuple de Tunisie. Nous ne t’oublierons pas.

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 22:22

http://www.latribune.fr/getCrop.php?ID=6364446&ext=jpg&W=770&H=380&ptr=0Alors que le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy rejette en bloc toute accusation de corruption, l'opposition réclame sa démission. Une pétition en ligne a déjà recueilli près de 770.000 signatures.

 

Le chef de l’opposition n’y va pas par quatre chemins. Alors que Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol de droite rejette en bloc toutes les accusations de corruption qui l’accablent, dimanche, le chef de l'opposition socialiste, Alfredo Perez Rubalcaba, a demandé sa démission. Mariano Rajoy "doit abandonner la présidence du gouvernement" parce qu'il "ne peut pas faire face à la situation très grave que traverse l'Espagne", a-t-il déclaré à la presse. Si Alfredo Perez Rubalcaba ne demande pas expressément des élections anticipées, celui-ci invite toutefois Mariano Rajoy à “laisser la place à un autre chef de gouvernement“.

Rajoy dément et annonce la publication de sa déclaration de revenus

Pour rappel, samedi, le chef du gouvernement avait fermement nié avoir reçu de l'argent non déclaré, démentant des informations parues jeudi dans le quotidien El Pais, qui citaient son nom parmi une liste de supposés bénéficiaires de paiements occultes. "Jamais, je répète, jamais je n'ai reçu ni distribué d'argent au noir", a-t-il affirmé devant la direction du Parti populaire, qu'il préside depuis 2004. Mariano Rajoy avait alors exclu de démissionner, tentant de calmer le jeu en annonçant qu'il publierait prochainement sa déclaration de revenus.

Le rejet de l'opinion

Reste que pour la population en émoi, apparemment, cela ne suffit pas. Depuis jeudi, des centaines de manifestants sont en effet venus brandir des enveloppes, symbole de corruption, devant le siège du parti conservateur (PP), protégé par la police. Et selon un sondage publié dimanche par le quotidien El Pais, 85% des personnes interrogées disent ne pas avoir –ou peu- confiance en Mariano Rajoy. 80% des sondés estiment aussi que les responsables cités par les médias dans ce scandale de corruption devraient démissionner. Enfin, une pétition a également été lancée en ligne pour demander la démission des responsables du PP et de Mariano Rajoy. Dimanche après-midi, 769.500 signataires avaient apposé leur nom. Objectif un million.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 08:15

 

Le communiqué du Parti de Gauche à propos de cette intervention :

Rompre avec la logique guerrière

Le Parti de gauche (PG) prend acte de la décision du Président de la République d’engager militairement des troupes françaises au Mali. Il rend hommage au lieutenant Damien Boiteux.

L’argument utilisé par François Hollande pour justifier une telle intervention est la décision des groupes djihadistes de se mettre en mouvement vers le sud, en direction de la ville de Mopti créant ainsi une situation menaçante. Dès lors, il affirme avoir répondu à la demande d’aide du Président du Mali, ainsi qu’à l’inquiétude légitime des maliens face à la cruauté de ces groupes.

Le PG n’en juge pas moins inacceptable que la décision de faire la guerre soit prise en dépit des règles établies par la résolution 2085 des Nations unies, qui requière expressément que le Conseil de sécurité approuve par avance toute intervention militaire par une force panafricaine, et à fortiori par une force française.

En outre, le PG déplore que cette décision ait été prise en dehors de toute consultation de la représentation nationale.

Il n’accepte pas la décision du gouvernement consistant à ce que le débat prévu au parlement mercredi 16 janvier ne soit pas suivi d’un vote. Le PG exprime sa solidarité avec le groupe des élus du Front de gauche qui a demandé ce vote, refusé par Jean-Marc Ayrault.

Le Parti de gauche déclare, puisque les opérations sont engagées, qu’elles doivent avoir pour objectif strict d’empêcher la descente vers Bamako. En aucun cas, elles ne doivent servir de prétexte pour que la France n’entreprenne la reconquête du nord du Mali. Un tel choix comporterait de grands risques d’enlisement dans une guerre de type néocoloniale. Les expressions utilisées comme « guerre contre le terrorisme » (Laurent Fabius) ou « le temps qu’il faudra » pour qualifier la durée probable de l’intervention (Jean-Yves Le Drian) rappellent la guerre en Irak et en Afghanistan : des années de guerres coûteuses en hommes et en moyens financiers avec au final la démonstration de l’inefficacité flagrante de ce type d’intervention militaire contre un terrorisme qu’il ne contribue qu’à renforcer. La mise en avant du caractère islamiste de ce terrorisme remet au goût du jour la théorie du choc des civilisations utilisée par les Etats-Unis pour justifier ces guerres sans issue.

La reconquête de la souveraineté territoriale du pays doit aller de pair avec la reconquête par le peuple malien de sa souveraineté dans le cadre d’un processus national constituant.

Le Parti de gauche dénonce à l’avance toute tentative de la France de vouloir régler seule la situation par une guerre néocoloniale aux confins d’une région riche en pétrole, en uranium et en autres minerais stratégiques, et au risque de nous aliéner les populations locales. La France doit respecter la souveraineté des pays du Sahel sur leurs ressources naturelles.

Il ne doit pas y avoir d’illusion : une telle guerre serait sans fin. Le danger n’implique pas seulement les militaires français confrontés à un ennemi déterminé et bien armé du fait des conséquences de la désastreuse intervention en Lybie. Il implique aussi les otages aux mains des groupes islamistes, notamment AQMI, et enfin la population française dans son ensemble en Afrique et en Europe.

Le Parti de gauche met en garde contre la tentation d’appel à l’OTAN. L’Alliance atlantique est le bras armé des intérêts états-uniens et de leurs supplétifs. Elle n’a rien à faire, de près ou de loin, au Mali. Conformément à la résolution de l’ONU du 20 décembre 2012, la libération du nord du Mali doit rester de la responsabilité d’une armée malienne reconstituée. Il est vain de croire que cela est possible sans un retour immédiat aux normes démocratiques dans ce pays.

Le Parti de Gauche rappelle la grave responsabilité que porte le président Sarkozy et les partis qui l’ont soutenu alors dans une des causes principales des évènements actuels au Mali, à savoir la dispersion de stocks d’armes considérables suite à l’intervention française en Libye qui a fait d’un Sahel en proie à tous les trafics, une véritable poudrière.

Le Parti de gauche dénonce l’hypocrisie de nos alliances et de nos choix géostratégiques. Nous pensons en particulier à celle concernant le Qatar dont on sait qu’il contribue à armer et former certains mouvements djihadistes comme le Mujao ou Ançar Dine et dont on connaît la présence à Gao à travers le Croissant rouge qatari.

Le Parti de gauche exige une clarification par le gouvernement français des objectifs géostratégiques à l’œuvre derrière cette intervention et l’arrêt de l’intervention militaire française de reconquête du nord du Mali une fois la ligne verte stabilisée.

Il rappelle que malgré les déclarations des autorités françaises, il est faux de dire que la Résolution 2085 est respectée à cet instant. Au contraire, il s’agit bien d’une opération strictement française. Le PG rappelle que la France doit faire respecter l’ONU et non lui tordre le bras. La France doit se borner à aider à la mise en œuvre de la MISMA (Mission sous autorité africaine) tel que le lui a rappelé le Conseil de Sécurité le 14 janvier 2013 qui n’a pas changé le contour de la Mission.

Le Parti de Gauche rappelle également que la résolution 2085 de l’ONU privilégie à juste titre le processus politique pour rétablir l’ordre constitutionnel au Mali, c’est-à-dire le remplacement démocratique des autorités issues du putsch du 22 mars 2012 et la négociation avec les touaregs.

 

Et la position de Jean-Luc Mélenchon, qui était lundi matin l'invité de France info : 

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 00:00

 

Plus rapide encore que le déclenchement de la guerre, la propagande de guerre française a démarré à vitesse supersonique. Attendez-vous donc à apprendre chaque soir, chaque matin, que les raids français se sont intensifiés au Mali, que l'ennemi a subi de lourdes pertes, qu'on a frappé ses bases arrières, qu'un coup d'arrêt décisif a été marqué à sa progression. Attendez-vous à en bouffer, des marsouins qui débarquent à l'aéroport de Bamako, et des interviews de gradés enthousiastes. Pour les informations, en revanche, mieux vaudra varier les sources: dans les premières heures de la guerre, c'est le New York Times qui indiquait, une demi-journée avant que ce soit confirmé à Paris, qu'un hélicoptère Gazelle avait été abattu (c'était d'ailleurs une semi-erreur: l'hélicoptère est en fait rentré indemne, mais le pilote a succombé à ses blessures).

L'enregimentement inconscient des envoyés spéciaux français, le journal de France 2 en donnait un avant-goût dimanche soir. Dans cette guerre sans images (le front proprement dit étant interdit à la presse), comment illustrer les longues reprises des communiqués et des confidences de l'état-major ? Avec des images d'archives. Il en existe de plusieurs sources. Ainsi, une courte séquence de musulmans en prière était bien identifiée comme "images de propagande Internet", tandis que les nombreuses images fournies par l'armée française des exploits techniques des Jaguar et autres Mirage, n'étaient identifiées "images de l'armée française" qu'avec de longues secondes de retard. Ce bégaiement était comme un aveu: les images de l'ennemi sont, par définition, des images de propagande. Les nôtres ne sont que d'innocentes images d'illustration, transparentes comme de l'eau de source.

Attention: à gauche, image de propagande de l'ennemi. A droite, pure image d'illustration.

http://www.arretsurimages.net/media/breve/s150/id14981/original.56632.demi.jpg

http://www.arretsurimages.net/media/breve/s150/id14981/original.56631.demi.jpg

Déplorant ensuite d'être cantonné à Bamako et de ne pas pouvoir s'élancer vers le Nord ("impossible de faire notre métier") l'envoyé spécial de France 2 renforçait encore la distinction. Déplorant n'avoir aucune image à se mettre sous la dent, il évoquait d'autres guerres du passé, dans lesquelles abondaient les "vidéos de propagande" de l'ennemi et, côté français, les "clichés soigneusement choisis par l'Etat Major, mais qui avaient au moins le mérite d'exister". Comprendre: le cliché-soigneusement-choisi-par-l'état-major-mais-qui-a-le-mérite-d'exister représente un moindre mal, un compromis acceptable entre l'état-major et les médias nationaux. Tant que les images de propagande de l'Armée ne seront pas siglées "images de propagande de l'armée française", tant qu'elle n'appellera pas un chat un chat, comment croire à cette information-là ?

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 00:08

Je vous conseille ce documentaire d'Arte sur la spéculation alimentaire, avec l'exemple du riz.

C'est Arte+7 donc à voir avant mardi!

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 07:28

Hier, des dizaines de milliers de militants zapatistes, en provenance des communautés de l'EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) ont investi cinq villes du Chiapas, au Mexique.

 

 SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS - Miles de indígenas integrantes de las comunidades de base del EZLN de la zona de los altos y la selva sorprendieron esta mañana con marchas en los poblados de Ocosingo, Maegaritas y esta cabecera municipal. Desde temprano, los indígenas con pasamontañas y paliacates cubriéndoles el rostro salieron de sus comunidades y viajaron en cientos de camionetas para apostarse en las entradas de los tres municipios. Sin armas, con la bandera nacional y la zapatista (negra con una estrella roja al centro) los miles de campesinos iniciaron las movilizaciones en estas tres localidades, las mismas que en 1994 tomaron, pero con armas, para declarar la guerra al gobierno de Carlos Salinas de Gortari. Sin la presencia del subcomandante Marcos, los indígenas zapatistas se concentrarán en las cabeceras municipales para dar a conocer alrededor del mediodía un mensaje dirigido al pueblo de México. Desde mayo del 2011 las bases de apoyo del EZLN no se manifestaban. En aquella ocasión externaron su apoyo a las víctimas de la guerra de Felipe Calderón contra el narcotráfico, integradas en el Movimiento de Paz con Justicia y Dignidad que encabeza el poeta Javier Sicilia. Ahora se espera un mensaje político pues coincidentemente se manifiestan en el arranque del gobierno de Enrique Peña Nieto y del mandatario chicpaneco Manuel Velasco

 

mov2

 

Voici également une vidéo ici

 

et aussi ce reportage :

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 16:41

        Je suis étudiant en civilisation chinoise à Lyon 3 mais je vais vous parler du Japon. Étudier la Chine nécessite de nous intéresser aux autres pays asiatiques, nous avons entre autres des cours qui nous font découvrir des aspects de la culture moderne du Japon, pays le plus riche de la région d’extrême orient (en PIB/hab). Dans ce cours nous avons bien sur parlé de ce qui depuis les années 1950 fait partie intégrante de la culture populaire de ce pays : les mangas.

 

      En effet, le manga n'est pas perçu de la même façon en France et au Japon. Ici les mangas sont à destination des enfants et des jeunes, destiné donc plus ou moins au même public que la bande dessinée. Mais au Japon le manga prend des proportions assez exceptionnelles (par exemple le premier ministre actuel met en avant le fait qu'il aime lire des manga), ce sont tous des récits romancés mais certains d’entre eux abordent des thèmes qui font débat dans le pays. Il arrive que ceux-ci soient placés dans le rayon 'essais politiques' des librairies ou même cités lors de débats dans la chambre des députés. Ce fut le cas de celui dont je vais vous parler.

 

kawaguchi-kaiji232.jpg      Cette série commence en 1988 et s’étale sur 8 ans. Son auteur, Kawagushi kaiji, a comme sujet de prédilection la politique. Il écrit sont premier mangas à l'âge de 21 ans ayant pour thème la relation nippo-américaine, il en publie un autre ensuite relatant l'histoire d'un coup d’Etat. Sa dernière série de mangas, Zipang, a prit fin en 2009.

 

      Ses mangas comme beaucoup d'autres, ont des histoires qui peuvent être vite résumées et peuvent paraître un peu farfelues et parfois simplistes au premier abord. Mais ce qui devient intéressant c'est le questionnement des personnages, parfois sur des thèmes philosophiques ou politiques, mais avec Kawagushi c'est toujours sur des points chaud de la société japonaise. Par exemple l'histoire de Zipang : Dans le futur un bateau ultramoderne de l’armée japonaise se retrouve inexplicablement dans le passé, en 1942, en pleine guerre du pacifique. Et le dilemme de l’équipage, faut-il changer le cours de l'histoire ? Empêcher Hiroshima et Nagasaki, et défendre le Japon qui durant la seconde guerre mondiale colonise une grande partie de l’Asie et commet de nombreuses atrocités ? L'histoire est largement pompée sur un film américain sorti dans les années 1980 mais c'est un sujet beaucoup plus brûlant pour un Japon n'a jamais reconnu ses crimes de guerres, comme le massacre de Nankin et "les femmes de réconfort" issues des territoires conquis. Il faut par ailleurs savoir que la seconde guerre mondiale est un sujet peu abordé à l’école, dû aux programmes scolaires qui font que ce sujet soit toujours placé en fin d’année, et les professeurs n’ont bien souvent pas le temps de l'aborder.

 

Chinmoku-no-kantai-01-kodansha.jpg      Mais revenons à Chinmoku no Kantai. L'histoire se déroule au milieu de la guerre froide et commence avec la collision entre un sous marin russe et japonais, accident provoqué volontairement par le Japon dans le but de faire croire à la disparition de l’équipage. Équipage qui va servir à l’élaboration d'une mission secrète d'initiative du Japon et des États-unis censée mettre un terme à la guerre froide. L’équipage japonais est mis a bord d'un sous marin nucléaire américain géant. La mission est lancée mais, une fois en plein milieu du pacifique, l’équipage refuse d’obéir au ordres. Le capitaine change le nom du sous marin, le nomme Yamato et déclare son indépendance au titre d’État libre et indivisible. Et se sert de la dissuasion nucléaire pour faire valoir son existence.

 

      En ressort dés les premiers tomes une critique forte des États unis, (c'est sur ce seul point où se rejoignent d'ailleurs les nationalistes et les pacifistes japonais) mais également une critique envers le positionnement du gouvernement japonais sans cesse en position de dépendance et de vassalité envers les États-unis. Il faut rappeler que ce manga paraît en même temps que la première guerre du Golfe. Le Japon est en pleine réflexion sur son rapport avec les USA. La classe politique se divise sur la question du soutien ou non à l'effort de guerre. Le thème de la dépendance envers l’Amérique est donc un point central du récit et de nombreux thèmes de la droite japonaise sont abordés, comme le réarmement du Japon ou la critique de la mollesse du Japon face a ses voisins. Et c'est par un député conservateur que l’œuvre a été citée à la chambre des députés. Il va conseiller à l'opposition de le lire. Capture-du-2012-12-09-15-44-08.png

 

      Mais dans la deuxième partie, l'histoire prend un tournant inattendu et redonne à Kawaguchi son image d'auteur de gauche. Le but du sous-marin-état Yamato est annihiler les guerres et même faire disparaître les frontières entre les états. Il développe des concepts politique comme la séparation entre le politique et le militaire, la création d'une armée transnationale ou l'élaboration d'une démocratie mondiale par le biais de référendums mondiaux. Il fait ainsi cheminer ses personnages nationalistes belliqueux au départ vers l’internationalisme et le pacifisme. Invite de cette manière ci le lecteur à évoluer avec l’équipage.

 

      J'ai trouvé bon de montrer un exemple de japonais connu tranchant avec le cliché du japonais nationaliste tel qu'on le voit depuis l'occident. Cliché néanmoins fondé, pour exemple parmi les 12 partis présentés aux dernières législatives, 8 étaient des partis conservateurs. Par ailleurs la critique d'institutions japonaises comme celle de l'empereur AkiHito est rare. De plus les tensions territoriales récurrentes avec la Chine, la Russie ou la Corée ravivent sans cesse le courant nationaliste. Il faut aussi rappeler que le nationalisme est propre au pays asiatique du fait du contexte géopolitique. Pratiquement tout les pays d’Extrême orient et d’Asie du Sud-Est connaissent des contentieux territoriaux avec leurs voisins au sujet d’îles, de régions ou d'espaces maritimes. Par dessus se rajoutent les vieilles rancœurs et la page toujours pas tournée de la seconde guerre mondiale pour la Chine, la Corée et Taïwan. Cela me conforte dans l’idée qu'il faut améliorer notre union européenne afin de ne pas risquer de retomber dans une situation d'une Europe ou le voisin est craint ou méprisé. Ce que l'on peut observer dans la relation Allemagne-Grèce ou la violence symbolique infligée à cette dernière donne un mauvais présage. Mais ici comme en Asie, les choses sont en train de bouger car avec le capitalisme est arrivé à un tel stade où il paraît de plus en plus clair que changer de modèle est une nécessité.

 

 

      Je tiens la plupart de mes sources de la thèse de Mr Bouvard : Politique du Manga. Histoire des relations entre un médium populaire et le pouvoir dans le Japon contemporain des années 1960 à nos jours.

Matthias Guiguet

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 16:21

Un article publié le 26 novembre sur le site internet de L'Huma...

 

Syriza favori dans les sondages en Grèce

 

http://www.humanite.fr/sites/default/files/imagecache/une_article_horizontal/syriza_0.jpg

 

Selon un sondage paru ce lundi en Grèce, la Coalition de la Gauche Syriza remporterait les élections avec plus de 5 points de plus que la droite actuellement au pouvoir. Un sondage qui exprime un fort rejet de l'austérité, alors que la coalition libérale n’a plus qu’une voix d’avance à l’Assemblée et que de nouvelles élections anticipées sont donc probables.

Avec 26 % des intentions de vote, la coalition Siryza prendrait une belle avance sur les conservateurs au pouvoir depuis juin dernier. Le parti du Premier ministre, Antonis Samaras, Nouvelle démocratie, est crédité dans ce sondage de 21,5% des voix, en baisse de 8,1 points. L’Aube dorée, le parti d’extrême droite, est en nette augmentation à 13,5%, contre sept pour cent recueillis il y a cinq mois. 
L’enseignement clair de ce sondage est que les Grecs ne croient plus en l’austérité, ni en la politique actuellement menée par le gouvernement Samaras. Ainsi seuls 10% des personnes interrogées  pensent que les prochaines « aides » de l’UE, si elles sont un jour débloquées, pourraient sauver le pays. Deux Grecs sur trois considèrent par ailleurs que le gouvernement n'a pas suffisamment négocié lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro qui s'est tenue le 20 novembre et à l'issue de laquelle aucun accord n'a été trouvé. Pour 76%, ceci s'explique par un manque de volonté ou une incapacité du gouvernement.

En conséquence, si des élections anticipées devaient avoir lieu, on voit mal comment une majorité libérale, obéissante aux dogmes imposées par le FMI et l’UE pourrait se dégager. Et ce n’est clairement pas improbable, la majorité actuelle favorable à la rigueur, composée de 3 partis, se délite et n’a plus qu’une voix d’avance à l’Assemblée. C’est que les socialistes du Pasok et conservateurs de ND ont systématiquement exclu de leur rang les députés votant contre l’austérité, réduisant à une unique voix leur marge de manœuvre. Ainsi au dernier vote le 8 novembre imposant plus de 18 milliards d’euros de coupe budgétaire au pays, six parlementaires sociaux-démocrates du Pasok, et un autre de Nouvelle Démocratie ont été exclus de leur groupe parlementaire. Alexis Tsipras, candidat de Syriza, réclame lui ces élections anticipées pour amener au pouvoir un "gouvernement de salut social pour sauver le pays de la destruction et du chaos".

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 13:29

Video ARTE de juin 2012


 

 

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