Le 22 avril, une commission administrative du ministère de la Culture a classé - dans la plus grande opacité - la tauromachie (courses
landaises, basques et camarguaises, et surtout la corrida avec mise à mort de taureaux de combat) au Patrimoine culturel immatériel de la France, qui devient ainsi le premier pays au monde à
offrir à la corrida une telle reconnaissance officielle. Même si le ministère prétend que cette inscription au patrimoine français n'implique « aucune forme de protection, de promotion
particulière ou de cautionnement moral », il s'agit d'une récompense symbolique importante, qui favorisera le développement de la tauromachie et des subventions publiques qui lui sont déjà
largement accordées.
Comme le chantait Francis Cabrel, "est-ce que ce monde est sérieux ?". Nous sommes conscients de l'attachement d'une petite partie de la population à cette pratique, et de l'importance
économique des spectacles taurins dans une vingtaine de villes du Sud de la France. Néanmoins, nous contestons plusieurs contre-vérités diffusées par les lobbies de la tauromachie : la corrida
n'est ni une tradition française ancienne, ni une composante nécessaire de l'"identité" de ces régions, encore moins une manière de "respecter" et de "bien traiter" les taureaux de combat. Comme
le montrent tous les sondages, la grande majorité de nos concitoyens désapprouvent cette pratique archaïque, soutenue par des groupes de pression peu nombreux mais influents.
Rappelons que la corrida - née dans la Rome impériale, dans le cadre des jeux du cirque - reste marquée par une tradition de régimes autoritaires, soutenus par les grands propriétaires terriens,
éleveurs de bovins semi-sauvages sur d'immenses domaines. La corrida n'est arrivée en France qu'en 1853 (à Bayonne, sous Napoléon III) ; elle est indirectement liée à la Guerre d'Espagne - les
Républicains ayant voulu remettre en cause les privilèges des grands propriétaires - et elle a naturellement été remise à l'honneur par le régime de Franco - puis par les dictatures en Amérique
latine. La corrida demeure un spectacle cruel, extrêmement douloureux pour l'animal, pour le plaisir du public. L'interdiction de la corrida a du reste été votée par les régions espagnoles des
Canaries (en 1991) et de la Catalogne (en 2010).
Ainsi, la corrida doit seulement, au grand maximum, être tolérée - et strictement limitée - en France, mais ne saurait en aucun cas être honorée et récompensée par le gouvernement de la
République. La tauromachie doit être désinscrite du Patrimoine culturel immatériel de la France ; au contraire, il faut supprimer toutes les subventions publiques en faveur de tous les
spectacles maltraitant les animaux.
E. B.