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Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !

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||| – Pour une autocritique communiste et marxiste sur les évènements de 68 suite et fin

Est-ce à dire que les directions respectives du PCF et de la CGT ont parfaitement géré leur participation au mouvement de Mai 68 et à ses suites sociopolitiques ? Certes non ! Sans quoi on ne comprendrait pas comment :

toute une part de la jeunesse radicalisée d’alors a choisi en 68 la fuite en avant dans le gauchisme le plus irrationnel,
la plupart des ex-« soixante-huitards » intégrés à la société bourgeoise durant les années 70 a ensuite opéré un virage réformiste impressionnant en ralliant Mitterrand, ce qui a permis aux mêmes personnes de prendre successivement le PCF et la CGT, « de gauche », puis « de droite ».

La première critique que l’on puisse rétrospectivement adresser aux dirigeants du PCF et de la CGT d’alors est d’avoir adopté une attitude foncièrement défensive à l’égard de la jeunesse étudiante. Dans bien des cas, on s’est barricadé dans les usines en grève au lieu d’avoir la démarche conquérante contraire, celle qui eût consisté à aller vers les étudiants en lutte pour faire en sorte que leur juste révolte cible l’ennemi principal : le pouvoir des monopoles capitalistes. Bref, il ne s’agissait ni de flatter la révolte petite-bourgeoise, au risque de mettre les prolétaires à la remorque du gauchisme (et à travers lui, de Mendès-France et de Mitterrand, voir ci-dessous), ni de choisir le repli et l’isolement, – autre façon d’abandonner le terrain à la social-démocratie flanquée de l’éternelle CFDT – mais de tout faire pour qu’émerge un large front sociopolitique dirigé par les ouvriers et orienté vers la rupture avec le pouvoir des monopoles capitalistes. En effet, la ligne léniniste ne coïncide ni avec l’opportunisme des dirigeants CFDT, lesquels firent mine de soutenir le gauchisme pour mieux le manœuvrer, ni avec l’isolement frileux, elle se confond au contraire avec l’action pour construire un large front antimonopoliste dirigé par le prolétariat.

Encore fallait-il, pour que cette offensive devînt possible, que les communistes français se fussent dotés à temps d’une ligne offensive sur les plans idéologique et politique. Or, sur le plan idéologique et culturel, et bien qu’il ait longtemps été en pointe sur les questions culturelles ou « sociétales », comme on dit aujourd’hui[6], le PCF de 1968 n’était plus suffisamment porteur des aspirations juvéniles à l’autogestion, à l’égalité, à la mise en cause des rapports de domination patriarcale telle que les incarnait alors le gaullisme. Encore moins aujourd’hui qu’hier, il n’y a lieu d’opposer le « social » au « sociétal », au contraire, le rôle du parti d’avant-garde est à tout moment de pointer toute la dimension anticapitaliste des combats pour l’égalité hommes-femmes, pour l’intervention démocratique des salariés sur le contenu du travail et des innovations techniques, pour la défense de l’environnement, etc. Inversement, les communistes se doivent de montrer que dans une société communiste « le développement de chacun est la clé du développement de tous » (Manifeste du Parti communiste, 1848) : la finalité ultime du communisme n’a rien à voir avec on ne sait quel « socialisme de caserne » et tout à voir avec la désaliénation générale des individus.

Sur le plan politique, la juste ligne stratégique du 7ème congrès de l’Internationale communiste (1935)[7] visant à isoler le grand capital au moyen d’un large Front antifasciste, patriotique, progressiste et anti-impérialiste, tendait de plus en plus en France à se réduire à une vision étriquée des alliances, celle de l’alliance électorale du PCF avec les forces social-démocrates autour d’un programme commun de gouvernement, bref à ce qu’on a nommé par la suite l’ « union de la gauche ». C’est moins le fait d’avoir cherché à tel ou tel moment telle ou telle alliance avec d’autres forces politiques, Fédération de la gauche (FGDS) incluse, pour isoler le capital, ébranler le régime de pouvoir personnel et rouvrir la route de la révolution, qui s’est alors révélée fautive, que le fait d’avoir fini par subordonner la construction de ce front, qui doit avant tout s’édifier « en bas », à un accord programmatique de sommet avec le PS : cela revenait en effet à donner à Mitterrand la clé du changement, ou plutôt, du non-changement assaisonné de mots d’ordre pseudo-insurrectionnels (meeting Mitterrand/Mendès du stade Charléty appelant à la mise en place immédiate d’un « gouvernement de transition »). Dans les conditions d’alors, de tels mots d’ordre surestimaient la décomposition de l’Etat bourgeois et contournaient totalement, voire éludaient irresponsablement, la question des appareils répressifs totalement maîtrisés par le tandem De Gaulle/Pompidou[8]. Dès lors, la priorité n’était plus le mouvement des masses, tendanciellement réduit au rôle de force de pression sur le PS, mais la conclusion formelle d’un accord gouvernemental avec ce dernier alors qu’en effet, le cap principal que doivent tenir des communistes confrontés à un mouvement de masse objectivement anticapitaliste est la croissance continue, quantitative et qualitative, de ce mouvement, sa capacité à diriger le changement social, les questions électorales étant subordonnées et non soumises à l’essor du mouvement populaire. Principale cible potentielle du pouvoir gaulliste[9], le PCF sous-estimait totalement la perversité politique de Mitterrand, cet anticommuniste passionnel, en particulier la totale inféodation de la Gauche mitterrandienne à l’Alliance atlantique et à ce qu’on n’appelait pas encore la « construction européenne ». On est consterné, quand on relit le programme commun de la gauche cosigné par Mitterrand et Marchais en juin 1972, par la maigreur et l’imprécision des chapitres relatifs à ces questions stratégiques que sont, et que demeurent plus que jamais, l’affiliation de la France à l’Europe et à l’OTAN. Bref, ce qui a sans doute le plus manqué en 1968, c’est l’engagement de masse du parti ouvrier sur un authentique programme communiste de rupture avec la domination des monopoles impliquant à la fois la nationalisation des grandes sociétés capitalistes, mais aussi la totale insoumission du pays à l’égard de l’Europe capitaliste et de l’OTAN, en reprenant des mains du général son programme inconséquent d’indépendance (toute relative, car contenue dans les limites du capitalisme) par rapport aux USA et au « Marché commun », comme on disait alors.

Cet électoralisme latent ouvrait en outre un espace excessif à l’expansion du romantisme révolutionnaire dans la jeunesse (salutaire, pourvu qu’il n’occulte pas la juste évaluation des rapports de forces). Autant le PCF avait raison de mettre en garde contre l’ « aventurisme » gauchiste, autant la conversion du PCUS post-staliniste aux « voies pacifiques au socialisme » pesaient sans doute unilatéralement sur son élaboration stratégique. Il faut dire qu’à l’échelle internationale, le schisme sino-soviétique qui opposait une direction soviétique de plus en plus assagie, tentée par l’adoption de certains aspects de la société capitaliste, à la Chine maoïste en proie à une furia égalitariste plus proche des antiques jacqueries chinoises que des enseignements scientifiques du marxisme. Pas facile en un mot pour le PCF d’alors de trouver la voie juste entre le gauchisme délirant des uns et le pragmatisme thermidorien plus ou moins latent des autres ni de dégager la « ligne de masse » entre ceux qui, d’un côté, idéalisaient la « lutte armée » quelles que soient les conditions objectives, et ceux qui, sous couvert de « réalisme », rabattaient le parti ouvrier vers la lutte électorale sans saisir que, dans toute révolution, les aspects armés et non armés se combinent de différentes manières selon les moments, le seul critère étant l’essor du mouvement populaire, l’accentuation continue de son initiative sociopolitique, sa capacité à unir le peuple, à isoler le pouvoir bourgeois, à démanteler son appareil répressif, à instaurer une nouvelle démocratie populaire tout en stoppant net les inévitables menées fascistes de la contre-révolution bourgeoise chauffée au rouge par la révolution.

Cependant il ne faut pas caricaturer l’intervention du PCF : dans les cortèges de 68 émergeaient peu à peu, grâce avant tout aux manifestations de masse et aux occupations d’usine de la CGT soutenue par le PCF, les slogans de masse « Dix ans, ça suffit ! », et surtout « union populaire ! » et « gouvernement populaire ! ». C’est également sur G. Séguy, notamment sur les responsables CGT de Renault-Billancourt qu’ont reposé les négociations de Grenelle qui débouchèrent sur de grandes avancées salariales (10% pour tous, 30% pour le SMIG !) et institutionnelles (section syndicale d’entreprise, droits nouveaux pour les étudiants) pour les travailleurs et la jeunesse. Fondamentalement, le PCF eut raison de considérer le Mai français comme le « premier affrontement de masse avec le pouvoir des monopoles ». Si le Mai des prolétaires n’a pu ébranler décisivement le pouvoir bourgeois, la responsabilité en incombe principalement à l’aventurisme irresponsable de Mitterrand et de son compère Mendès-France, dont la proposition de « gouvernement provisoire » visait principalement à écarter le PCF (et à travers lui, le prolétariat) de l’alternative, à refuser toute entente avec lui sur des objectifs politiques, à le reléguer dans un rôle d’appoint, alors même que – tous les témoignages de hauts fonctionnaires entourant alors De Gaulle le prouvent – le général considérait alors « les communistes » comme l’ennemi de classe principal[10]. Tous les témoignages montrent aussi que pour l’essentiel, s’il y a bien eu alors des manœuvres autour de Jean Lecanuet pour forcer Pompidou à ouvrir son gouvernement aux « centristes » hyper-atlantistes et européistes, l’appareil répressif d’Etat et sa haute direction ne se sont pas fissurés : tous les chefs militaires ont fait allégeance au chef de l’Etat bourgeois, la gendarmerie et les CRS sont restés monolithiques et De Gaulle s’est assuré par lui-même, en se rendant en catimini à Baden-Baden, le QG des troupes françaises en Allemagne, qu’il pourrait compter au besoin sur les chars du général Massu (ancien tortionnaire en Algérie) pour écraser le mouvement populaire et, très vraisemblablement, pour interdire le parti communiste.

En clair, affirmer que le PCF n’a pu, en raison de dérives politiques antérieures, mettre pleinement à profit la grève de masse de 68, ne signifie nullement qu’il aurait « trahi », comme le prétendent les mouches du coche trotskistes et maoïstes qui n’avaient pas, de très loin s’en faut, la responsabilité du mouvement de masse prolétarien. En clair, la critique des tâtonnements des directions PCF et CGT en 1968 relève de l’analyse de ce que Mao appelait « les contradictions au sein du peuple », voire du débat autocritique salutaire entre révolutionnaires : rien à voir avec la trahison assumée de Léon Blum en 1936, lequel n’a pris la direction gouvernementale du Front populaire que pour, très vite, franchir dans le mauvais sens la barricade de classes, décréter précipitamment la « pause » sociale et refuser d’intervenir en Espagne pour éviter à notre pays d’être pris en tenaille par les fascistes allemands, italiens et ibériques. A l’inverse de ce qui s’est passé en 68, les dérives ultérieures du PCF que résument les mots « eurocommunisme », « mutation », « Parti de la gauche européenne », ou l’évolution réformiste de la direction confédérale CGT quittant la FSM « de classe » pour rallier la Confédération européenne des syndicats, relèvent bien du franchissement de la barricade de classes tant la « construction européenne » constitue le cœur de stratégie du MEDEF actuel. Là il s’est tendanciellement agi d’un changement de camp puisqu’en réalité, l’alliance gagnante scellée entre 1936 et 1945 entre le drapeau rouge et le drapeau tricolore a été rompue pour permettre aux organisations historiques du prolétariat français de rallier dans son principe la « construction » européenne, tout en lâchant le camp socialiste et en reniant l’objectif clair de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat. Mais dès lors que les organisations prolétariennes historiquement garantes de la lutte pour le socialisme rompaient le fil qui les reliait au léninisme, à l’engagement pour l’indépendance de la France et au camp mondial du Travail, plus rien n’empêchait les autres forces sociopolitiques françaises, ex- « soixante-huitards » petits bourgeois inclus, de dériver vers la social-démocratie, vers la droite ou l’ultra-droite, le PS devenant de plus en plus libéral, la droite « modérée » s’affichant de plus en plus réactionnaire et xénophobe, si bien que le FN s’est peu à peu mué en principal point d’ancrage de toute la société politique...

Conclusion

Alors qu’un bras de fer vital est engagé entre le monde du travail et ce concentré de néolibéralisme, d’euro-atlantisme et de fascisation rampante qu’est le macronisme, il nous faut prendre appui, non sur les faiblesses petite-bourgeoises de Mai 68, principalement sur cet anticommunisme « de gauche » (sic) qui permit par la suite à Mitterrand, aidé par les directions de plus en plus opportunistes du PCF, d’isoler et de dénaturer les organisations de classe du prolétariat, mais sur les vrais points forts de ce mouvement. A nous de faire vivre au présent le tous ensemble du monde du travail et de la jeunesse, l’aspiration anticapitaliste à l’émancipation tous azimuts de la société, à nous de faire renaître un grand parti communiste et un fort syndicalisme rouge adossé à un large mouvement de masse refusant l’UE du capital : c’est la condition sine qua non pour que notre peuple renoue avec l’aspiration révolutionnaire à « changer la vie ».

Georges GASTAUD

[1] Toute honte bue, les figures de proue de l’intelligentsia soixante-huitarde fustigent aujourd’hui les « crimes du communisme » ! Mais les communistes français n’ont jamais couvert, eux, les exactions de la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne » chinoise, et encore moins les massacres du maoïste Pol Pot au Cambodge ! A l’inverse, les gouvernements occidentaux, Giscard d’Estaing en tête, ont reconnu jusqu’au bout les « représentants » à l’ONU du « roi » Norodom Sihanouk inféodé à Pol Pot !

[2] Outre celle des principaux chefs de file maoïstes, il faut signaler la performance de militants trotskistes comme Jospin ou Cambadélis qui devinrent très vite des étoiles du PS mitterrandien.

[3] Bénéfice secondaire de cette translation politique, ces maos français d’alors, à l’instar de la « Révolution culturelle » chinoise (ce mot désignant ici le contraire de ce que Lénine entendait par révolution culturelle : « pour construire le socialisme, de quoi avons-nous surtout besoin ?, demandait Lénine. Et il répondait ceci : « 1°) de nous instruire, 2°) de nous instruire encore, 3°) de nous instruire encore et toujours ! »), qu’ils idéalisaient, ont contribué à discréditer l’expression marxisme-léninisme tout en favorisant l’actuelle contre-attaque thermidorienne en Chine et ailleurs.

[4] Bien avant 68, le PCF des années 20/30 se comportait en avant-garde sociétale : il présentait des femmes et des immigrés (inéligibles) aux élections, menait campagne pour les vacances, pour le sport travailliste, pour l’EPS et pour l’aviation populaire, il associait l’action politique classique à l’agit-prop culturelle (Chœurs parlés à la Prévert) ou animait des campagnes pour l’« accouchement sans douleur » importé d’URSS.

[5] Récentes désaffiliations de la C.E.S. de la CGT Commerce, des UD-CGT 13 et 94, ainsi que de l’Union des syndicats de Monaco (USM) en Principauté, avec retour envisagé ou engagé à la FSM...

[6] Par ex. sur le vote des femmes, sur l’accouchement sans douleur, sur l’éducation physique et sportive, sur le droit aux vacances, etc.

[7] Portée par Georges Dimitrov et largement inspirée des innovations de Maurice Thorez et du Front populaire naissant.

[8] Si les chars du Général Massu, alors stationnés en Allemagne, avaient « normalisé » la situation (De Gaulle était allé à Baden-Baden pour ordonner à Massu de s’y préparer), qui donc eût alors payé le prix fort, sinon les communistes et la classe ouvrière ?

[9] Il suffit de penser à la sauvage répression anticommuniste qui avait frappé le parti quelques années plus tôt (Métro Charonne), aux saisies de l’Humanité, à la répression sauvage contre le journal communisant Alger républicain...

[10] Emission de France-Culture diffusée le 14 avril 2018. Témoignages du Général Massu, de P. de Boissieu, de M. Jobert, de Ph. de Gaulle, etc.

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