Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !
Mai 68 plus grande grève de l’histoire : 11 millions de travailleurs en grève, bloquant la production
Car les « évènements » de mai 68 sont le pseudonyme pudique d’une immense grève dure, plus forte et plus étendue encore que celle qui, en juin 36, avait forcé Blum à lâcher bien plus que ce que promettait le programme du Front populaire. Drapeau rouge en tête, les travailleurs et les étudiants du printemps 1968 ne sont pas alors entrés en lutte pour « témoigner de leur mécontentement », mais pour gagner offensivement sur les revendications, voire – si l’occasion se présentait vraiment – pour dégager le régime de pouvoir personnel institué en mai 1958 (« Dix ans, ça suffit ! »), voire – s’agissant de l’avant-garde du mouvement ouvrier – pour jeter les bases d’une large alternative antimonopoliste et anticapitaliste (« Gouverne-ment / populair’ ! » clamaient alors les cortèges CGT).
En conséquence, alors que le mouvement populaire se cherche en cet hésitant printemps 2018, alors que les pressions convergentes de la CFDT et de la Confédération européenne des syndicats visent à bloquer le syndicalisme dans le « dialogue social » à vide et dans l’accompagnement de l’ajustement structurel euro-atlantique, être fidèle à 68 consiste à réapprendre la dynamique du tous ensemble en même temps pour gagner qui permit en mai 68 de mettre le pouvoir sur la défensive, d’arracher la légalisation de la section syndicale d’entreprise, de gagner des avancées démocratiques à l’Université et d’obtenir les plus grandes augmentations de salaire depuis le Front populaire.
Un autre enseignement de Mai 68 consiste en ce constat très actuel : la convergence des luttes étudiantes et du combat ouvrier est décisive pour placer le mouvement populaire à l’offensive. N’est-ce pas ce qui peut se mettre en place sous nos yeux avec l’essor des blocages de fac, les grèves à répétition des cheminots et celles, annoncées, de l’EDF, des fonctionnaires, des éboueurs, d’Air-France ?
Encore faut-il que les militants franchement communistes et que les syndicalistes de classe expliquent crûment, comme l’a fait d’emblée le PRCF, que le mouvement social fasse face à une offensive euro-thatchérienne d’une cohérence maximale : si l’on a saisi que la « construction » européenne vise notamment à une baisse drastique du « coût du travail » et que cette offensive patronale passe par la destruction des statuts publics, des conventions salariales nationales de branche, du Code national du travail, des concours de la fonction publique, on comprend que le pouvoir veuille en finir avec le bac national, point-origine de l’étalonnage des conventions salariales, et en cascade, avec la destruction des diplômes nationaux délivrés par l’Université et par l’Education nationale.
Combien serait-il plus avantageux pour lui, et combien plus désavantageux pour les lycéens et pour les étudiants futurs salariés, de ne plus dépendre des professeurs-fonctionnaires – ces alliés objectifs des jeunes en formation et des travailleurs du privé – pour mesurer les qualifications, d’avoir affaire à un bac dévalué car délivré en contrôle continu à l’échelle locale, à une université de plus en plus sélective (donc à l’arrivée prématurée de centaines de milliers de jeunes sur le marché de l’emploi : forte pression sur les salaires en vue), à une substitution des « certifications de compétences rechargeables » délivrées par des organismes privés, et au remplacement rapide des Lycées pros et des filières technologiques par un apprentissage entièrement capté par le MEDEF et la CG-PME : ce serait la fin, non seulement des concours de recrutement national de la fonction publique, mais des conventions salariales nationales avec à la clé, une chute vertigineuse des salaires (chaque salarié négociant désormais « pour sa peau », avec un rapport des forces catastrophique avec les employeurs) et un arrachage irréversible des garanties sociales conquises de haute lutte dans un cadre juridique national.
Ici, le rôle des communistes est particulièrement important car qui, en dehors d’eux, peut réellement expliquer qu’à la cohérence sociale et nationale du CNR et des ministres communistes de la Libération, s’oppose radicalement la cohérence patronale et euro-atlantique d’une régulation sociale entièrement favorable au capital ?
Sur un plan plus directement politique, il faut répéter que Mai 68 eût été radicalement impossible sans le rapport des forces général entre capital et travail que permettait d’instaurer la force militante, la puissance électorale et l’orientation anticapitaliste du PCF, alors dirigé par Rochet, Duclos et Marchais, et de la CGT de classe et de masse pilotée notamment par les communistes et anciens résistants patriotes qu’étaient Benoît Frachon, Georges Séguy et Henri Krazucki.
A ceux qui ne cessent de mettre en avant les « difficultés » du PCF en 1968, de même qu’aux anticommunistes adeptes de la pensée magique, il convient de rappeler que l’« explosion sociale imprévisible » de mai avait été précédée, non seulement par une quinzaine d’années de luttes anticoloniales principalement portées par le PCF (il suffit de mentionner les communistes Henri Alleg, Maurice Audin, Henri Martin, Madeleine Riffaud, ces figures de proue du combat anticolonial en Algérie ou en Indochine).
Mais aussi , par les grèves de masse répétées de la CGT, durant toute l’année 1967, contre les ordonnances de Pompidou-Giscard sabrant la Sécurité sociale, par la presque victoire des forces de gauche aux législatives de 1967, la « majorité » gaulliste au parlement ne se maintenant qu’à deux voix près, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS, ancêtre du PS d’Epinay) de Mitterrand obtenant 18% des suffrages tandis que le PCF redevenait le premier parti de France avec 22,7% des voix, ce qui le qualifiait pour devenir le chef de file d’un éventuel bloc de gauche parvenant au pouvoir (au grand dam de Mitterrand et de Mendès-France qui feront tout, en mai 68, y compris la grotesque opération pseudo-révolutionnaire du stade Charléty, pour marginaliser le PCF et pour se présenter en force alternative au gaullisme),par la force des thèmes révolutionnaires et anticapitalistes que le PCF faisait alors infuser dans la société française avec une série de journaux et d’associations de masse porteuses d’alternatives sur toute une série de sujets.
Il suffit de comparer la situation d’alors avec celle du printemps 2018 pour mesurer l’énorme faiblesse que représentent, pour le mouvement populaire actuel, non seulement la dérive euro-réformiste, voire contre-réformiste du mouvement syndical (y compris hélas à la tête de la CGT et de la FSU), non seulement l’affaiblissement militant et électoral irréversible du PCF, mais la victoire au sein même de ce parti des conceptions anti-léninistes ; on pense à l’abandon total par le PCF, déjà à l’époque Marchais, du concept d’un parti d’avant-garde luttant à contre-courant de l’idéologie capitaliste, tout cela étant couronné par l’affiliation ô combien aliénante dudit PCF au « Parti de la Gauche Européenne ».
Enorme contresens historique que cet abandon du concept d’avant-garde, car en nos temps de « com », de « pub » et de « plans média » intensifs, cette phrase fondatrice de Marx et d’Engels est plus vraie que jamais : « Dans toute société divisée en classes, les idées dominantes sont les idées de la classe dominante car ceux qui possèdent les moyens de production matériels disposent aussi du même coup des moyens de production spirituels ». Un constat socio-historique irréfragable dont Lénine avait su tirer la conclusion logique : « Pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire ! », alors que le PCF actuel n’a cessé de dénigrer la théorie (ou à l’inverse, de la développer dans une sphère séparée) pour tenter de se banaliser en tant que « parti des gens » (le Pdg !).
Quant à la CGT, même si s’y développent des contre-tendances bien venues[5], on voit combien son embourbement pluri-décennal dans les conceptions réformistes du « syndicalisme rassemblé » (= l’unité paralysante avec la CFDT jaunâtre), son affiliation tétanisante à la Confédération Européenne des Syndicats (pro-Maastricht, pro-TCE...), ses illusions incroyables sur l’ « Europe sociale », sur le « socle social européen », sur le « service public européen » et autres billevesées, pèsent lourdement sur les luttes, leur interdit de se fédérer nationalement et internationalement : en effet, chaque fédération professionnelle de la CGT est invitée à combattre telle ou telle loi « française » cadrée par une directive européenne sans que jamais le retrait de ces euro-directives ne soit exigé, ni a fortiori que ne soit le moins du monde frappée à la tête la « tête » par toute la confédération cette pieuvre malfaisante qui orchestre la casse des acquis et des souverainetés à l’échelle du sous-continent. D’autant que cette sanctuarisation de principe de la confédération CGT empêche également de combattre frontalement la marche aux guerres impérialistes euro-atlantiques et la mise en place d’une « Union transatlantique » voulue par le MEDEF (« CETA », « TAFTA ») étroitement soumise à l’OTAN...
Deux autres manques gravissimes, sur le plan politique, pèsent sur les luttes : font gravement défaut désormais...
- l’engagement continu pour la paix et pour le progrès social d’un camp socialiste mondial dont les directions respectives du PCF et de la CGT ont salué l’autodestruction contre-révolutionnaire au décours des années 80/90 en présentant celle-ci comme un « bouleversement démocratique ». Précisons : ce n’est pas seulement la démolition objective du camp socialiste qui a déséquilibré mondialement le rapport de forces entre capital et travail et qui pèse indirectement sur le rapport des forces dans notre pays : plus grave encore, le fait que cette contre-révolution, dont la juste interprétation par F. Castro a permis au peuple cubain de tenir bon jusqu’à nos jours, voire d’armer la contre-attaque progressiste de l’ALBA en Amérique latine, a été interprétée à faux et à contre chez nous, y compris par des dirigeants que les masses considéraient comme autant de boussoles vivantes du mouvement social.
Car depuis trente ans, les directions respectives du PCF et de la CGT confondent allègrement le vent d’est avec le vent d’ouest en acceptant dans son principe (sinon dans ses modalités, inséparables des traités supranationaux) la hideuse « construction » euro-atlantique tout en fermant les yeux sur la criminalisation des « rouges » en Europe de l’Est avec la conséquence logique qui en résulte : la banalisation des nostalgiques de Hitler (Hongrie, Autriche, Ukraine, pays baltes, micro-Etats ethniques issus de l’ex-Yougoslavie, sans parler de la montée de l’A.f.D. en Allemagne...), ces meilleurs élèves de la classe anticommuniste, et la marche à grand pas de la nouvelle Europe allemande, sous tutelle états-unienne, vers la fascisation (des lois antigrève partout, pour commencer !) et, pour couronner le tout, vers une nouvelle guerre antirusse dont la préparation est largement engagée par l’UE associée à l’OTAN.
- une grande perspective socialiste et révolutionnaire au profit d’un « syndicalisme pragmatique » qui, sous couvert d’ « indépendance politique », voire d’ « apolitisme » hypocrite, n’apporte plus que des contre-réformes améliorant à la marge (et encore !) les directives antisociales prescrites depuis Bruxelles. Remarquons qu’à toutes les époques où le syndicalisme a apporté de grandes avancées en France, que ce soit sous l’égide de la CGT anarcho-syndicaliste d’avant 1914, en 1936, en 1945 (programme du CNR), en 1968, ces avancées avaient pour arrière-plan une lutte politique pour le changement de société et donc, quelle que soit la manière dont on pouvait concevoir cette idée, une lutte très claire sur la question du « qui l’emportera ? » de la classe capitaliste ou du monde du travail. C’est ce que Lénine, qui ne méprisait nullement les avancées partielles, résumait dialectiquement en déclarant : « Les réformes sont les retombées de la lutte révolutionnaire » ou encore : « On ne peut avancer d’un pas si l’on craint de marcher au socialisme ».
Notons en outre que, dès qu’éclate une grève générale comme celle de 1968, la lutte prend forcément un tour politique : l’arrêt de travail massif ébranle et ridiculise le pouvoir du capital dès lors que tous ensemble et en même temps les salariés croisent les bras et n’obéissent plus aux capitalistes. Chacun découvre alors non sans émerveillement que sans la « servitude volontaire » des salariés, les capitalistes ne sont rien et qu’en définitive, c’est bien le travail qui produit toutes les richesses d’un pays !
Or, depuis les années 90, pour montrer patte blanche aux dirigeants syndicaux réformistes (principalement anglais et allemands) de la Confédération Européenne des Syndicats, qui en faisaient une condition d’affiliation, les dirigeants de la C.G.T. ont accepté, non seulement de quitter la F.S.M., mais de purger les statuts confédéraux de la référence à l’expropriation capitaliste, à la socialisation des moyens de production et à l’extinction parallèle du patronat et du salariat. Comme l’a maintes fois noté Stéphane Sirot, l’historien bien connu du syndicalisme, les « vases communicants » idéologiques ont aussi fonctionné à ce niveau puisque, tandis que les syndicalistes CGT renonçaient au syndicalisme révolutionnaire de naguère (« la CGT ne se dit pas anticapitaliste », a récemment redit Ph. Martinez !), le MEDEF et l’UE affichaient leur adhésion à l’utopie néolibérale du tout-marché, du supranationalisme européen, de l’ubérisation générale, du tout-anglais mondialisé et de l’atlantisme exacerbé, comme l’affiche cyniquement le Manifeste patronal Besoin d’aire publié en décembre 2011.
En outre, comment peut-on fédérer les luttes et construire le tous ensemble quand, sous couvert d’apolitisme, et aussi pour ne pas égratigner la sacro-sainte « Europe », on ne montre pas aux acteurs des différents secteurs en lutte la cohérence sociopolitique des attaques et qu’on ne leur oppose pas notre contre-cohérence de classe, celle d’une sortie par la gauche de l’UE-OTAN, d’une nationalisation démocratiquement gérée des secteurs-clés de l’économie, d’une coopération internationale et transcontinentale brisant les chaînes de l’UE, du libre-échange transatlantique et de la « concurrence libre et non faussée » telle que l’entendent les transnationales, de l’Europe des luttes contre la dictature européenne d’un ample front patriotique et progressiste isolant le grand capital et rouvrant, non pas verbalement mais pratiquement, la voie du socialisme pour la France ?