(1) Le sauvetage de la zone Euro « en l’état ». Il reste théoriquement possible, si l’on obtient, et ce très rapidement, une modification importante du statut de la
BCE pour l’autoriser à pratiquer des avances de trésorerie aux pays membres jusqu’à hauteur de 6% à 8% du PIB (qui se doublerait de sa responsabilité devant le conseil des ministres de la
zone Euro). Il faudrait, dans le même temps obtenir l’engagement de l’Allemagne à pratiquer une politique de relance pour une période de 2 à 3 ans, et un accroissement substantiel (de 1,29% à
5% du PIB) de la contribution du budget des pays membres à un « Fonds Fédéral ». Mais, une telle politique se heurtera à l’attitude allemande, qui non seulement se crispe
aujourd’hui sur la question de ses contributions à la zone Euro, mais qui a récemment (printemps 2009) obtenu de la cour constitutionnelle de Karlsruhe un arrêt qui indique la suprématie des
lois allemandes sur les directives européennes (1). Très clairement il ne sera pas possible d’obtenir toutes ces mesures, si tant que l’on puisse le faire, dans un délai qui soit compatible
avec la temporalité de la crise. Aussi, pour souhaitable qu’elle puisse être, cette sortie « par le haut » de la crise actuelle est et restera un fantasme.
(2) La réduction de zone Euro par décrochage de certains des pays membres. Cette solution a certainement les faveurs de l’Allemagne. Elle supposerait que la Grèce et le
Portugal quittent la zone Euro et que des autres pays (L’Espagne, l’Italie et la France) appliquent de douloureuses politiques de rigueur. Mais, cette issue pêche par une sous-estimation de
la dynamique des marchés et une surestimation du poids politique de l’Allemagne. Une fois annoncée la sortie de la Grèce et du Portugal, la spéculation se déchaînerait et provoquerait
probablement la sortie de l’Italie, voire de l’Espagne. Par ailleurs rien ne permet à l’Allemagne d’exclure des pays de la zone Euro en dépit des rodomontades de Mme Merkel.
En fait, c’est bien là l’une des difficultés institutionnelles qui provient de la précipitation avec laquelle on a signé le traité sur l’Union Économique et Monétaire. Admettons qu’un ou
plusieurs pays décident de recouvrer la souveraineté de leur Banque Centrale et décident de créditer en Euro leur Trésor, en contravention évidente avec le Traité, les autres pays de la zone
Euro ne disposent d’aucun mécanisme pour les en empêcher. En fait, le seul recours qu’auraient les pays désireux de faire respecter l’orthodoxie budgétaire et monétaire originelle
consisterait à…quitter la zone Euro et de recréer une nouvelle zone !
La position de Mme Merkel est donc en réalité assez délicate. Si elle fait preuve d’une trop grande rigidité, rien n’interdit à des pays comme la Grèce et le Portugal de s’approprier de fait
la création monétaire en lieu et place de la BCE. Il s’agit bien sur d’une hypothèse extrême, mais dont rien n’empêche en réalité la manifestation. L’Allemagne n’aurait alors d’autre solution
que de quitter la zone Euro, mais elle devrait alors persuader les autres pays de l’accompagner. Dans cette situation, la position de la France, si elle se décidait à suivre l’Allemagne,
deviendrait très délicate. Nous n’aurions nullement intérêt à rester dans une pseudo-zone Euro réduite à l’Allemagne. Ces raisons laissent à penser que cette solution est elle aussi
impraticable.
(3) Le passage progressif de la monnaie unique à la monnaie commune. Dans une telle hypothèse, certains pays récupèrerait leur souveraineté monétaire, mais s’engageraient à
se coordonner étroitement avec les pays conservant l’Euro. Des dévaluations seraient alors envisageables (importantes pour la Grèce et l’Espagne, plus modérées pour l’Italie et la France).
L’Euro serait la seule monnaie totalement convertible de la zone, les monnaies nationales reconstituées ne l’étant que par rapport à l’Euro avec des parités fixes, mais régulièrement
révisables. Ceci impliquerait que le marché des changes soit centralisé (à Francfort ou à Bruxelles) et largement réglementé avec l’interdiction des positions à découvert ainsi que des
mouvements de capitaux à court terme. Nous aurions alors un marché monétaire restreint à la zone Euro et largement déconnecté du reste du monde, et le marché « externe » avec l’Euro
jouant le rôle de monnaie pivot. Cette solution, qui aurait l’avantage de maintenir une étroite coordination monétaire entre pays européens tout en conservant une flexibilité monétaire ceux
d’entre eux qui en ont besoin. C’est une solution que j’évoque depuis la sortie en 2006 de mon livre La Fin de l’Eurolibéralisme et qui a été évoquée d’ores et déjà par de nombreux
économistes dont, récemment, Frédéric Lordon (2).
(4) Une sortie immédiate de la France de la zone Euro. Une telle sortie est parfaitement envisageable, mais il ne faut pas cacher qu’elle devrait s’accompagner d’une
dévaluation importante (au moins 15%), d’un défaut partiel sur la dette (et du retour au système des avances de la Banque Centrale), et d’une politique de contrôle du déficit public pour
contrôler l’inflation. Nous retrouverions notre souveraineté monétaire. Cependant, pour pouvoir réellement l’utiliser, il faudrait recourir à des systèmes de contrôle des capitaux et des
changes, au moins dans une période initiale. Loin de provoquer les catastrophes que Alain Duhamel nous promet dans sa chronique radiodiffusée du 28 mai (3), elle reste une solution de dernier
recours qui est parfaitement possible.