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Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !

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Sortir de la monnaie unique ? C'est parfaitement possible !

Dans Marianne, un grand économiste français antilibéral, Jacques Sapir, indique en une page quatre pistes possibles pour sortir de la crise en Europe : à vous de découvrir la plus préférable selon vous !

 

L'auteur est spécialiste de la Russie, alors la crise, la pauvreté, les prédations des oligarchies, et le capitalisme fou en général, il connaît !

 

 

On en parle moins, mais la crise continue. L’économiste Jacques Sapir montre qu’une autre politique est possible pour l’Europe et la gestion de la crise. Quatrième et dernier volet de la série: quelles issues possibles?



Quatre pistes pour sortir de la crise (4)
Il convient alors d’évaluer les issues possibles à cette crise. Si certaines de ces issues sont théoriquement possibles il nous faut aussi introduire la contrainte du politiquement possible. On verra qu’elle ne laisse ouverte que des issues qui sont, toutes, d’une certaine manière désavantageuse, même si certaines le sont nettement plus que d’autres.


(1) Le sauvetage de la zone Euro « en l’état ». Il reste théoriquement possible, si l’on obtient, et ce très rapidement, une modification importante du statut de la BCE pour l’autoriser à pratiquer des avances de trésorerie aux pays membres jusqu’à hauteur de 6% à 8% du PIB (qui se doublerait de sa responsabilité devant le conseil des ministres de la zone Euro). Il faudrait, dans le même temps obtenir l’engagement de l’Allemagne à pratiquer une politique de relance pour une période de 2 à 3 ans, et un accroissement substantiel (de 1,29% à 5% du PIB) de la contribution du budget des pays membres à un « Fonds Fédéral ». Mais, une telle politique se heurtera à l’attitude allemande, qui non seulement se crispe aujourd’hui sur la question de ses contributions à la zone Euro, mais qui a récemment (printemps 2009) obtenu de la cour constitutionnelle de Karlsruhe un arrêt qui indique la suprématie des lois allemandes sur les directives européennes (1). Très clairement il ne sera pas possible d’obtenir toutes ces mesures, si tant que l’on puisse le faire, dans un délai qui soit compatible avec la temporalité de la crise. Aussi, pour souhaitable qu’elle puisse être, cette sortie « par le haut » de la crise actuelle est et restera un fantasme.

(2) La réduction de zone Euro par décrochage de certains des pays membres. Cette solution a certainement les faveurs de l’Allemagne. Elle supposerait que la Grèce et le Portugal quittent la zone Euro et que des autres pays (L’Espagne, l’Italie et la France) appliquent de douloureuses politiques de rigueur. Mais, cette issue pêche par une sous-estimation de la dynamique des marchés et une surestimation du poids politique de l’Allemagne. Une fois annoncée la sortie de la Grèce et du Portugal, la spéculation se déchaînerait et provoquerait probablement la sortie de l’Italie, voire de l’Espagne. Par ailleurs rien ne permet à l’Allemagne d’exclure des pays de la zone Euro en dépit des rodomontades de Mme Merkel.

En fait, c’est bien là l’une des difficultés institutionnelles qui provient de la précipitation avec laquelle on a signé le traité sur l’Union Économique et Monétaire. Admettons qu’un ou plusieurs pays décident de recouvrer la souveraineté de leur Banque Centrale et décident de créditer en Euro leur Trésor, en contravention évidente avec le Traité, les autres pays de la zone Euro ne disposent d’aucun mécanisme pour les en empêcher. En fait, le seul recours qu’auraient les pays désireux de faire respecter l’orthodoxie budgétaire et monétaire originelle consisterait à…quitter la zone Euro et de recréer une nouvelle zone !
 
La position de Mme Merkel est donc en réalité assez délicate. Si elle fait preuve d’une trop grande rigidité, rien n’interdit à des pays comme la Grèce et le Portugal de s’approprier de fait la création monétaire en lieu et place de la BCE. Il s’agit bien sur d’une hypothèse extrême, mais dont rien n’empêche en réalité la manifestation. L’Allemagne n’aurait alors d’autre solution que de quitter la zone Euro, mais elle devrait alors persuader les autres pays de l’accompagner. Dans cette situation, la position de la France, si elle se décidait à suivre l’Allemagne, deviendrait très délicate. Nous n’aurions nullement intérêt à rester dans une pseudo-zone Euro réduite à l’Allemagne. Ces raisons laissent à penser que cette solution est elle aussi impraticable.

(3) Le passage progressif de la monnaie unique à la monnaie commune. Dans une telle hypothèse, certains pays récupèrerait leur souveraineté monétaire, mais s’engageraient à se coordonner étroitement avec les pays conservant l’Euro. Des dévaluations seraient alors envisageables (importantes pour la Grèce et l’Espagne, plus modérées pour l’Italie et la France). L’Euro serait la seule monnaie totalement convertible de la zone, les monnaies nationales reconstituées ne l’étant que par rapport à l’Euro avec des parités fixes, mais régulièrement révisables. Ceci impliquerait que le marché des changes soit centralisé (à Francfort ou à Bruxelles) et largement réglementé avec l’interdiction des positions à découvert ainsi que des mouvements de capitaux à court terme. Nous aurions alors un marché monétaire restreint à la zone Euro et largement déconnecté du reste du monde, et le marché « externe » avec l’Euro jouant le rôle de monnaie pivot. Cette solution, qui aurait l’avantage de maintenir une étroite coordination monétaire entre pays européens tout en conservant une flexibilité monétaire ceux d’entre eux qui en ont besoin. C’est une solution que j’évoque depuis la sortie en 2006 de mon livre La Fin de l’Eurolibéralisme et qui a été évoquée d’ores et déjà par de nombreux économistes dont, récemment, Frédéric Lordon (2).

(4) Une sortie immédiate de la France de la zone Euro. Une telle sortie est parfaitement envisageable, mais il ne faut pas cacher qu’elle devrait s’accompagner d’une dévaluation importante (au moins 15%), d’un défaut partiel sur la dette (et du retour au système des avances de la Banque Centrale), et d’une politique de contrôle du déficit public pour contrôler l’inflation. Nous retrouverions notre souveraineté monétaire. Cependant, pour pouvoir réellement l’utiliser, il faudrait recourir à des systèmes de contrôle des capitaux et des changes, au moins dans une période initiale. Loin de provoquer les catastrophes que Alain Duhamel nous promet dans sa chronique radiodiffusée du 28 mai (3), elle reste une solution de dernier recours qui est parfaitement possible.

Comme on l’a déjà indiqué, tout en étant souhaitable théoriquement, la première de ces solutions est largement impossible du fait des impératifs politiques. Il n’est pas pensable que l’on aboutisse à un tel accord d’ici la fin de 2010, si tant est que cet accord soit possible.
La seconde solution, qui a en réalité les faveurs de l’Allemagne, doit être refusée avec la plus extrême énergie. Elle implique en réalité que trop de pays acquiescent à la politique allemande pour être possible. Elle se heurte au même obstacle d’impossibilité.

La troisième solution apparaît comme une bonne solution, et probablement une meilleure solution que la première à long terme. Elle a aussi l’avantage de pouvoir se construire progressivement. D’ailleurs, sans s’en rendre compte, l’Allemagne a déjà pris des mesures qui pourraient la préfigurer (comme l’interdiction de certaines positions à découvert). Mais, elle implique des changements de politiques qui seront certainement déchirants pour les classes politiques, en France et ailleurs. Le principal obstacle est alors de convaincre les uns et les autres que la solution n’est en aucun cas possible et que, si nous y sommes poussés, nous sommes prêts à la guerre des monnaies et aux dévaluations compétitives.

La quatrième solution peut paraître aujourd’hui comme quelque peu désespérée. Pourtant, elle a l’avantage de mettre nos partenaires au pied du mur et peut constituer une bonne base de négociations. En fait, elle peut être, comme je l’ai avancé dès le début d’octobre 2009 (4), un pas nécessaire dans la direction de la solution coopérative. En fait, la menace crédible (et donc préparée) de notre sortie de l’Euro est probablement la meilleure chance qu’il nous reste de ne pas avoir à faire ce pas.
Dans cette crise, on voit refaire surface la vieille obsession allemande de la « stabilité des prix ». Pourtant, l’Allemagne a payé au prix fort la politique de déflation qui fut menée par le Chancelier Brünning. C’est bien cette politique qui plongea l’Allemagne dans une profonde crise et permit aux Nazis d’arriver au pouvoir e 1933.

Aujourd’hui, les dissensions entre la Bundesbank et la BCE deviennent de plus en plus visibles (5). Il est donc clair que la Bundesbank pèsera de tout son poids pour retarder si ce n’est empêcher une adaptation de la BCE.

La crise actuelle nous offre en réalité une opportunité unique de remettre à plat l’ensemble de la construction monétaire que l’on appelle l’Euro. La seule solution qui soit réellement envisageable à terme, soit le passage de la monnaie unique à la monnaie commune peut résulter d’un accord entre les pays de la zone. Mais, elle peut aussi résulter d’une crise que nous saurions exploiter.
 
Il faut désormais cesser de croire, ou de feindre de croire, qu’il y a une opposition radicale entre négociation et action unilatérale. Cette dernière n’est souvent que la poursuite de la négociation par d’autres moyens. Il convient de se préparer sérieusement à la sortie de la zone Euro comme moyen d’aboutir à la refonte de cette zone. L’Allemagne aurait beaucoup à perdre de l’éclatement du marché européen et d’une situation monétaire dominée par des stratégies non-coopératives. Mais, pour que le gouvernement allemand en prenne conscience, habitué qu’il est à nos renoncements, et qu’il rejette le faux dogme de la stabilité monétaire à tout prix, il doit être mis devant la perspective d’une rupture.

 



(1) Cet arrêt pris le 30 juin 2009 stipule dans ses 147 pages d’attendus en effet que seules les États-Nations sont le cadre de la démocratie, que la politique fiscale relevait des seules compétences nationales et que si le Traité de Lisbonne est bien conforme à la Constitution Allemande, ce n’est pas le cas de la dynamique qu’il impulse. Ainsi il réaffirme le « droit de co-décision » du Parlement allemand compte tenu de ce qu’il appelle un « déficit structurel de démocratie » dans les institutions européennes. Voir H. Haenel, « Rapport d’Information » n°119, Sénat, Session Ordinaire 2009-2010, Paris, 2009.

(2) Frédéric Lordon, « Crise, la croisée des chemins », Le Monde Diplomatique, Blog, la Pompe à Phynance, le 7 mai 2010 URL: http://blog.mondediplo.net/2010-05-07-Crise-la-croisee-des-chemins

(3)  Sur RTL.


(4)J. Sapir, Dette: Benoît Hamon n'a rien compris!, Marianne-2, Lundi 5 Octobre 2009, op.cit.

(5) B. Blackstone, « After Debt Crisis, New Tension Between ECB, Germany », Wall Street Journal, 28 mai 2010, URL : http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703957604575272463950198700.html?mod=WSJ_latestheadlines#

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