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Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !

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"Populistes" comme ils disent...

COMMUNIQUE D'ERIC COQUEREL SUR LES INSULTES REPETEES DE RESPONSABLES SOCIALISTES A L'ENCONTRE DE J-L MELENCHON :

 

Manifestement le poids que prend le Parti de Gauche et Jean-Luc Mélenchon dans la situation politique et sociale que nous connaissons irrite ceux qui pensent que leur hégémonie sur la gauche est intangible.

Preuve sans doute que l'on commence à comprendre que nous sommes sérieux quand nous expliquons, avec le Front de Gauche, qu'il faut bousculer les rapports de force à gauche pour être en capacité de battre la droite. Ceux qui n'ont nulle envie de se voir ainsi bousculés commencent à nous prendre pour cible.

Mais certains le font en dépassant les limites que chacun espère voir maintenues dans un débat entre forces de gauche. Ce week-end, Manuel Valls a ainsi expliqué dans le Parisien que les déclarations de Jean-Luc Mélenchon constituaient un danger pour la démocratie ! Certes il s'agissait d'un message également envoyé à Benoit Hamon qu'il accuse de se « mélenchoniser » sur la question des retraites, mais sa diatribe est évidemment scandaleuse. Pas plus que celle de Jean-Paul Huchon, Président du Conseil régional d'Ile de  France, qui a ouvert le feu fin octobre en expliquant que Jean-Luc Mélenchon était pire que Le Pen sur l'Express.fr! Ce type de déclaration est évidemment insupportable. Nous avons donc écrit officiellement à Martine Aubry pour lui demander de réagir.

Vous trouverez la lettre ci-dessous.


 

Madame la Première secrétaire, Chère camarade,

Le 27 octobre dernier, le site internet de l'Express citait Jean-Paul Huchon. A propos de Jean- Luc Mélenchon, votre camarade et Président de la Région Ile de France disait : « Son langage (celui de Jean-Luc) est proche de celui de l'extrême droite, mais c'est plus grave que Le Pen ! Il incarne le populisme d'extrême gauche ». France Inter a notamment, depuis, repris cette déclaration.

Si ces propos rapportés sont confirmés, vous comprendrez qu'ils nous inquiètent considérablement. Tout d'abord, dire qu'un homme condamné pour des propos négationnistes est moins dangereux qu'un républicain attaché aux principes de liberté, d'égalité et de fraternité, c'est évidemment relativiser le danger que constituent les actes et idéologies du premier. L'homme, dont le parti a accueilli des personnes condamnées pour fait de collaboration, serait donc moins dangereux que le Président d'un parti dont quatre des conseillers régionaux siègent dans la majorité de Jean-Paul Huchon ? On voit bien à quelle logique aberrante peut amener de telles insultes.

En outre, ce type de déclaration ne peut qu'aggraver la confusion politique en travaillant à effacer le clivage gauche/droite. Il reprend en effet implicitement le vieux couplet des extrêmes qui se rejoignent. Il fait même pire puisque pour lui, le populisme d'extrême gauche serait plus grave que celui d'extrême droite... On a beau, comme votre parti et le nôtre, ne pas se revendiquer de l'extrême-gauche, ce genre d'amalgame nous préoccupe : il est porteur de risques de séparations irrémédiables à gauche qui ne peuvent que servir la droite et l'extrême droite.

Au passage, il répond implicitement à la question que nous posons à votre parti : au 2ème tour de toutes les élections, y compris les Présidentielles, pratiquerez-vous a minima le désistement républicain si le candidat ou la candidate de gauche arrivé en tête est issu du Parti de Gauche ? Nous attendons désormais avec d'autant plus d'impatience votre réponse que la conclusion que l'on pourrait tirer de la diatribe de Jean-Paul Huchon nous inquiète. Ne trouvez- vous pas qu'il y a de meilleures leçons d'unité contre la droite que celle-ci ?

Enfin, déjà scandaleuse par principe, ce type de phrase est encore plus confondante de bêtise au moment où la mobilisation contre la réforme des retraites nécessite de ceux qui y sont opposés, un minimum d'unité. Mais est-ce une priorité pour Jean-Paul Huchon ? Vous nous permettrez d'en douter.

Nous souhaitions donc, Madame la première secrétaire, protester vigoureusement contre ces propos insultants vis-à-vis de notre Président et donc de tous les militants et militantes de notre parti. Nous sommes certains que ni vous, ni la très grande majorité du PS, n'assumez cette déclaration. Mais nous ne pouvons la passer sous silence car ce serait légitimer la possibilité de relations de ce type entre nous et plus généralement entre des partis, responsables et militants de gauche. Il s'agirait d'une évolution catastrophique dans le débat politique de notre République. Le groupe Front de Gauche & Alternatifs, auquel nos élus appartiennent au Conseil régional d'Ile de France, a écrit à Jean-Paul Huchon pour demander soit un démenti public de ces propos (nous préférerions croire à une affabulation du journaliste), soit au moins des excuses. Nous espérons que vous appuierez cette demande fort légitime. Nous sommes donc l'attente d'une réaction officielle de votre part.
Dans cette attente, veuillez agréer, Madame la Première secrétaire, chère camarade, nos plus fraternelles salutations.

 

Eric Coquerel Secrétaire national en charge des relations unitaires

 

 

ET UNE EXPLICATION DU P.G. :

 

 

Populisme : le peuple en accusation

Par Benoit Schneckenburger

 

C'est devenu un lieu commun du commentaire des politologues : dès qu'un mouvement ou un porte parole déroge aux règles du consensus, on le qualifie de populiste. Mais les mots traduisent autant l'intention de celui qui les prononce qu'ils sont le signe de ce qu'ils sont censés décrire. Marx appelle cela l'idéologie.

Du côté des choses, « populisme » ne renvoie à aucune réalité uniforme : parti du peuple américain au XIX° siècle qui voulait défendre les intérêts des petits paysans ; courant russe de socialisme ; expériences très diverses de gouvernements et de mouvements sociaux en Amérique latine ; mode référendaire en Suisse ; en France Le Pen, Tapie, Mélenchon, tous dans le même sac. Du côté de l'intention, on remarque un très net infléchissement entre l'usage péjoratif qui en est fait et son sens littéral, donné par le Larousse : « attitude politique consistant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts qui lui sont faits. »

Pour ses détracteurs, le populiste apparaît sous la figure d'un habile démagogue qui mettrait en fait en péril la démocratie. L'accusation de populisme révèle deux problèmes. En premier lieu l'émergence historique de mouvements populistes marque une crise de la représentation politique traditionnelle qui ne sait plus répondre aux attentes du peuple. En second lieu, l'accusation de populisme masque l'idée que l'appel à une forme plus directe ou plus impliquée du peuple reste fondamentalement illégitime, car le peuple serait comme par nature incapable de se gouverner lui-même.

On voit ici l'enjeu de ce débat : il s'agit ni plus ni moins de la légitimité et de la validité des revendications populaires elles-mêmes ! Accuser de populisme, c'est travestir le principe même de la démocratie, proclamé par notre constitution. Il ne s'agit plus du « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple », mais du gouvernement du peuple par ceux-là seuls qui savent ce qui est bon pour lui. Le terme populisme constitue en effet l'un des pôles d'une triade dont les autres éléments se nomment élitisme et démocratie. Débat ancien, qui commence par la difficile reconnaissance du peuple comme acteur politique, se prolonge dans la définition des formes sociales et institutionnelles par lesquelles il se pourra se représenter. Il s'agit bien de définir le champ de la souveraineté populaire.

 

Le populisme : disparité des expériences, unité de symptôme
Dans la tradition de la pensée politique, parler du peuple ne va pas de soi. Déjà la pensée greco-romaine pensait le peuple sous plusieurs figures. Si l’on parle de démocratie c’est aussi parce que pour les grecs, le peuple se dit tout à la fois demos que pléthos : la foule, la populace. On peut se réclamer des classes populaires par opposition avec les élites ou les dominants et leur pouvoir oligarchique ; on peut faire du peuple une fiction qui refuse la distinction de classes pour créer un unité mythique derrière un chef, une patrie ou une histoire.

Chaque populisme renvoie donc à une vision différente du peuple. Si l'on qualifie parfois Chavez de populiste, c'est précisément parce qu'il en appelle au peuple pour que ce dernier s'approprie les enjeux politiques : c'est ici le demos en action. En revanche, les replis identitaires de Jörg Haider eux n'en appellent pas à un peuple en mouvement, mais à une idée figée, le genos. Le Pen et Berlusconi font mine de nier les différences de classes et d'en appeler à un peuple ethnique, alors que tout leur programme social est un programme de dérégulation, eux-mêmes appartenant aux classes favorisées.

Par delà la grande diversité des expériences historiques, il y a cependant un point commun à tous les usages du terme populisme. Son apparition est toujours le signe d'une crise profonde de la représentativité. Il faut interroger ce qui, sous couvert d'une défiance des élites masque peut-être une défiance du peuple.

 

Élitisme et haine du peuple
Dès son origine, la démocratie souffre d'un rejet, voire, comme le note Jacues Rancière dans son ouvrage du même nom, d'une Haine de la démocratie (La Fabrique). Platon refuse la démocratie dans la République. Selon lui l'homme démocratique suivrait ses penchants corporels en lieu et place de la réflexion. Pire, la démocratie ne reconnaît pas l'ordre traditionnel de l'aristocratie, car elle est fondée sur l'égalité. Égalité contre aristocratie : dès l'origine s'installe l'idée qu'en démocratie aucune compétence n'est exigée du peuple pour exercer sa souveraineté, invention grecque que salue l'historien marxiste Finley dans Démocratie antique et démocratie moderne (Payot).

La démocratie libérale se trouve aux prises à une contradiction majeure : elle se réclame du peuple, mais elle ne peut tolérer que les classes sociales populaires se mêlent de politique. Depuis les années 50, les intellectuels libéraux, comme Jones ou Lipset, encouragent l'apathie politique, l'absence d'engagement, le peuple devant se contenter de choisir entre des élites compétitives. Pour eux, un peuple investi est dangereux. Classes laborieuses, classe dangereuses. Aron, maître à penser des libéraux de tous bords, affirme aussi que «génétiquement » seule une « minorité » de la population est capable politiquement. Autrefois on justifiait le suffrage censitaire ou l'aristocratie de sang. Aujourd'hui, une oligarchie recrutée dans les mêmes grandes écoles, formés par une pensée unique en économie, s'auto-proclame digne des suffrages.

Démocratie et participation populaire

À l'encontre des libéraux, Rousseau, penseur du peuple à plus d'un titre, permet une première réponse à l'idée que le peuple ne saurait se gouverner lui-même. Certes, une démocratie directe sans médiation est impossible car il faut bien produire les lois. Toutefois le critère de compétence préalable du peuple ne se pose pas : le peuple découvre sa compétence dans le travail politique par lequel il s'agit de faire émerger la volonté générale. Je pars de mes intérêts privés, mais en pensant la loi sous la forme d'une généralité, je passe par un moment de réflexion qui me fait sortir de l'égocentrisme pour penser l'intérêt général. La révolution française a voulu mettre en œuvre ce principe.

Aujourd'hui le peuple doit retrouver sa souveraineté, qui lui est ôtée par un système qui peu à peu, dans la logique libérale, entend le convoquer à intervalles très espacées pour lui demander de se prononcer parmi un choix d'élites auto-constituées. Ainsi, être populiste en bon sens, c'est faire le pari que le peuple ne doit pas être écarté des décisions, à condition qu'on lui donne les moyens d'y réfléchir. Les mobilisations sociales sont d'importants moments de prise de conscience politique. D'où la révolution citoyenne et la référence à la République sociale. Ce travail de ré-apropriation de l'espace public suppose un travail de médiations institutionnelles qui font le peuple est progressivement de plus en plus intéressé à s'investir dans la politique. Le référendum sur la Poste, par exemple, n'était pas une fin en soi, mais l'occasion de reposer au plus près la question des services publics. Le résultat du vote importe tout autant que la richesse de la campagne électorale et des débats citoyens.

Il y a un corrélatif absolument nécessaire : l'éducation. Saint-Just et Condorcet en faisaient une priorité un peuple habitué à l'esclavage doit se cultiver pour gouverner. Il ne peut y avoir d'implication populaire sans éducation populaire.

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