Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !
LIBERATION - Hier
C'était le 6 février dans les locaux de Libération. Jean-Luc Mélenchon, invité de la rédaction, est alors crédité de 9% d'intentions de vote dans les sondages: «Maintenant, j'attends le moment où un sondage me mettra à 10%. A cet instant un signal sera donné, à savoir: "Ces gens-là sont crédibles".» Le candidat du Front de gauche aura attendu un mois pile avant de voir ce «cap» des «deux chiffres» franchi: dans une enquête CSA (1), Mélenchon est donné pour la première fois de la campagne à 10% au premier tour de l'élection présidentielle. (...)
Dans le train qui l'emmenait mardi à son meeting de Rouen, Mélenchon ironisait sur ce résultat: «Je regarde ça avec toute la mauvaise foi dont je suis capable», souriait-il, rappelant ses critiques récurrentes contre les «méthodes» des instituts. Mais dans son staff, on ne cache pas sa satisfaction: «Ce qu'on sentait dans nos meetings, dans nos réseaux, sur le terrain est en train de se traduire en intentions de vote puisqu'on progresse de manière régulière», défend Clémentine Autain. «Il y avait un décalage entre ce que les gens sentent, la campagne sur le terrain et le fait qu'on était bas. Là, ça entre en adéquation», poursuit Raquel Garrido, proche de Mélenchon.
Dans le détail, «son électorat emprunte à celui du PCF, pas dans sa composante ouvrière mais dans sa composante service public – un électorat aussi plutôt vieillissant – et à la mouvance chevènementiste, explique Jérôme Sainte-Marie de l'institut CSA. Il commence aussi à séduire auprès de l'ancien électorat de Besancenot, le couple jeune, précarisé, plus ou moins diplômé, et récupère aussi un électorat PS qui n'est plus inquiet d'un nouveau 21 avril.» Et paradoxalement, l'ancien socialiste monte quand... Hollande monte. Dans cette enquête, le candidat du PS progresse lui aussi à 30% (+2 points). «Mélenchon tire sa force électorale de la force de François Hollande, analyse Sainte-Marie. Si François Hollande se mettait à baisser, certains électeurs de Mélenchon pourraient être effrayés...»
«On n'est pas en train de se partager des parts de gâteau, défend François Delapierre, directeur de campagne du candidat Front de gauche. On profite tous de l'amélioration du rapport de forces en faveur de la gauche. Et dans la conquête des électeurs, notre campagne joue beaucoup!» Les salles de meetings débordent. Un public non-militant, avec beaucoup de jeunes, vient voir les discours du tribun comme on viendrait à un concert. (...)
Dans l'entourage du candidat, on souligne surtout «l'utilité de la campagne Front de gauche»: «Pour battre la droite, faire reculer l'extrême droite et imposer à gauche des thèmes attendus par les Français», énumère Pierre Laurent. Delapierre confirme: «On permet le retour des ouvriers sur le devant de la scène, on prouve qu'on peut faire taire Marine Le Pen et on fait bouger Hollande» lorsque le candidat socialiste sort sa proposition de taxer à 75% les revenus au-dessus de 1 million d'euros par an. Pour le directeur de campagne de Mélenchon, si Hollande bouge ainsi, c'est «parce qu'on a réussi à installer dans le paysage politique un thème qui est celui du revenu maximum»: au-dessus de 360000 euros par an, avec Mélenchon, ce serait 100%. «Plus le PS reprendra à son compte nos thèmes, plus cela donnera envie aux gens de voter pour nous», parie Raquel Garrido. (...)
Le 18 mars, le Front de gauche annonce une grande démonstration de force à Paris. Plusieurs milliers de personnes doivent prendre part à une «marche pour la VIe République» entre Nation et la place de la Bastille avant un discours de Mélenchon sur ce lieu symbolique de la gauche. (...) «Notre campagne crée de l'enthousiasme là où celle de Hollande se borne à un objectif rationel: battre Sarkozy», se réjouit Clémentine Autain.
Loin de se contenter d'un simple objectif «à deux chiffres», Mélenchon et les siens veulent croire que cette progression dans les sondages ne se limitera pas au simple plafond équivalent aux scores cumulés de la gauche radicale dans d'autres présidentielles. «On veut qu'après le 18 mars, il se crée un déploiement de démarches, d'initiatives... Que les citoyens s'accaparent cette campagne, explique Delapierre. Ce serait pour nous un réservoir d'énergie énorme». Comme la gauche antilibérale unie en 2005 contre le traité constitutionnel européen... dont Mélenchon se veut l'héritier en 2012. Et si cette «poussée fonctionne», espère le bras droit de Mélenchon, «elle peut nous amener sur le chemin des 15-20%.» Dans cette alliance entre ex-socialistes et communistes, on aime aussi se rappeler 1981: quand François Mitterrand atteignait 26% au premier tour, Georges Marchais, PCF, était à plus de 15%. Cela n'avait pas empêché la gauche d'arriver au pouvoir.