Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !
sur la misère des petits producteurs, ...
Comme nous venons de le souligner, la dépendance de certains pays à certains produits les rend très vulnérables en cas de crise. Aussi, ce modèle agricole nécessite de gros investissements, ce qui entraîne un endettement croissant des agriculteurs et une spoliation des terres des paysans (voir notamment le problème du « Landgrabing » en Afrique). Il s'organise de plus dans un cadre de concurrence internationale où des agricultures fortement productives et subventionnées déstabilisent des agricultures traditionnelles. Cela s'accompagne en outre d'un marché des semences privant ainsi les paysans de la possibilité de replanter les céréales d'une année à l'autre. Ainsi, les dix premiers groupes mondiaux sur le marché des semences contrôlent à eux seuls la moitié du marché. Quasi monopoles de l’approvisionnement donc forte tentations de mouvements de spéculation, etc.
Droits de propriété ou droit universel aux biens communs ?
L‘exemple
On peut notamment relever la mise en concurrence inégalitaire des paysans nationaux avec les gros producteurs mondiaux. Au Cameroun, dans les années 2000-2005 le poulet congelé européen se vendait bien moins cher sur les marchés de Yaoundé et de Douala (de l’ordre de -60%) que le « poulet de volaille villageoise » produit sur place, au prix totalement stable sur les 5 années (1500 Francs CFA, contre 800 pour le poulet congelé importé. Source : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, « Première évaluation du secteur avicole au Cameroun », Yaoundé Mai 2006). Mais les écarts de prix « locaux » pouvaient aller de -2 fois à +3 fois du Nord au Sud. Ce n’est qu’à partir de 2004 que le prix du Kg « importé » augmente, passant à 1200 puis 1250 Francs CFA (Fcfa). Les paysans camerounais couraient donc à la ruine et entre 1996 et 2003 les importations de poulets étaient passées de 978 tonnes à 22 000 tonnes. Parallèlement la production nationale avait chuté de 26 000 tonnes à 10 000 tonnes, ce qui avait supprimé près de 110 000 emplois par an. Et comme, en plus, la chaîne du froid n'est pas totalement respectée pour les importations de volailles congelées, les risques sanitaires avaient explosé. D’où les mesures prises pour rééquilibrer la « compétitivité » des producteurs locaux, mesures également justifiées par l’introduction de maladies aviaires (dont la grippe aviaire) dans les élevages plus « intensifs ». Il faut dire que 83,5% des 200 échantillons de « produits importés » analysés en 2004 par le Centre Pasteur de Yaoundé étaient classés « impropres à la consommation » ! Selon L’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic), les importations ont alors fortement diminué, passant de 22 154 tonnes en 2003, à 5 000 tonnes en 2005. Dans le même temps, les pouvoirs publics avaient relevé les taxes à l’importation des poulets de l’ordre de 65%. Des mesures qui ont fait passer le prix du kilo des découpes de 900 à 1650 Fcfa le kilo, entre autres conséquences.
… et sur la destruction de notre écosystème.
Outre les désastres sociaux que cela peut entraîner, ce modèle est également destructeur pour notre éco-système. La monoculture et les ajouts d'engrais et de pesticides contribuent à la dévitalisation des sols. Ainsi, par exemple, les vers de terre disparaissent progressivement de nos sols. Une prairie naturelle non traitée abrite ainsi 250 à 300 individus par mètre carré (soit une à 2,5 tonnes par hectare), alors que dans un champ de céréales ou un vignoble soumis de longue date à une pratique agricole intensive il ne reste plus guère que 1 à 3 vers de terre par m2 (soit 50 kg/ha !).
La suppression des haies, préalable au développement d'une agriculture mécanisée implique une disparition des abris pour les prédateurs naturels des insectes nuisibles (oiseaux, hérissons), et plus encore la forte baisse de l’infiltration des eaux pluviales par les racines. Phénomène accentué par le tassement des sols du fait de leur durcissement dû aux multiples passages des tracteurs. Donc, ruissellement intense et rapide vers les cours d’eau plutôt qu’infiltrations lentes dans les nappes phréatiques. La conséquence ultime étant bien entendu la multiplication des inondations et l’accentuation de leur intensité.
A cela il faut encore ajouter la pollution des eaux (nappes phréatiques, rivières, mers...), la perte de biodiversité et, en bout de chaîne, la souffrance animale. Le bétail est ainsi passé du statut d’animal domestique à celui de matériaux ou ingrédients productifs, et ce jusqu’aux farines animales…
Une agriculture dépendante du pétrole … que guette le « Peak Oil ».
Du fait de la mondialisation des marchés, le transport des marchandises, agricoles comme industrielles, nécessite beaucoup de carburant. Tant que le pétrole n’est pas cher les coûts de transports sont minimes donc les allers-retours des marchandises en cours de transformation peuvent être multipliés. Mais cette abondance va cesser, tôt ou tard, donc le prix du carburant va commencer à s’élever puis croître vraisemblablement de manière exponentielle.
L'agriculteur industriel produisant de manière intensive utilise quotidiennement ses machines agricoles, au-delà du seul labour. Par exemple, la production, l'acheminement et l'épandage des engrais azotés constituent en fait le plus grand poste de consommation d'énergie en grande culture intensive. On estime finalement qu’au total, la production et la mise à disposition d'une tonne de blé en France consomment plus d'une demi-tonne de pétrole. Ainsi, le modèle agricole qui prédomine actuellement ne pourra pas perdurer à long terme.
Ainsi, alors que la population mondiale s'accroit force est de constater que notre modèle agricole n'est absolument pas durable. Il est donc absolument nécessaire de construire un autre modèle agricole tout en prenant conscience qu’il nous faut aussi réformer nos habitudes de consommation.
Diminution de la consommation des produits carnés.
Autant au moyen-âge (particulièrement en période de disettes) le peuple manquait de protéines animales, autant les régimes alimentaires d’aujourd’hui, surchargés en viande, sont une aberration en termes énergétiques. En effet, le taux de transformation des calories d'origine végétale (céréales et légumineuses) en calorie d'origine animale (viande et lait) passe de 4 pour 1 dans la production de poulet ou de porc, à 11 pour 1 dans la production de viande de bœuf et de mouton. Ce qui explique que 44% de l'ensemble des récoltes de céréales soient destinées à l'alimentation animale… pour le plus grand profit des firmes agro-alimentaires mais pas pour la plus grande satisfaction de l’essentiel des populations, particulièrement dans les pays en développement.
Relocalisation des productions agricoles.
Comme c'est la division spatiale du travail qui permet la mise en concurrence des producteurs et que celle-ci se base sur un coût de transport négligeable (et donc sur un pétrole à bas prix), il est nécessaire de relocaliser les productions agricoles afin de rapprocher les lieux de production des lieux de consommation.
Loin d'être une utopie, cette relocalisation est une tendance qui est déjà à l’œuvre. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, le chiffre d'affaire des achats directs aux agriculteurs locaux a plus que doublé en dix ans et le nombre de marchés fermiers a, lui, plus que quadruplé de 1994 à 2011, tandis que 37% des foyers produisent eux-mêmes une partie de leur nourriture. En Argentine, nombre de grandes villes n'ont pu survivre à la crise des années 2000 que grâce à la création de jardins communautaires. En Russie, la moitié de la population des grandes villes améliore déjà son alimentation en cultivant des légumes sur les toits ou dans les sous-sols. En Afrique, 70% de la population urbaine était déjà dépendante de l'agriculture urbaine dans les années quatre-vingt-dix ; de même, pour 60% de la population en Asie. Aujourd'hui, selon la Food and Agriculture Organisation (FAO), cette activité assurerait 15 à 20% de la production alimentaire mondiale.
La reconversion paysanne
Le programme « L’avenir en Commun » prône la reconversion de notre agriculture en agriculture paysanne, ce qui entraînera la création de 300 000 emplois. Il faut donc rapidement développer l’enseignement agricole correspondant aux nouvelles méthodes culturales et aider les jeunes urbains qui veulent devenir agriculteurs, notamment en les aidant financièrement sur le plan du foncier et des investissements. En particulier pour la restauration-modernisation du bâti ancien (dont l’isolation et l’autonomie thermique). Il faut donc rapidement créer un pôle financier public qui leur soit dédié, pour leur permettre un accès facilité et peu onéreux au crédit.
Mais il faut également rémunérer correctement les producteurs pour rendre l’activité attrayante. En premier lieu, en les sortant des griffes des réseaux de la grande distribution qui les acculent à la baisse des prix de vente. D’où l’importance de la dynamisation des circuits courts. De l’autre côté, la rémunération des producteurs est avant tout liée au niveau des prix de leurs produits, qu’il faut donc soutenir et non écraser. Ce qui implique simultanément une augmentation des salaires minimaux de la grande majorité des 90% d’actifs salariés, plutôt que de mener des politiques d’austérité salariale. Des politiques qui ne règlent en rien le chômage de masse, créent de la pauvreté supplémentaire, et leur interdisent d’accéder à une alimentation de qualité et en relation solidaire avec les agriculteurs locaux. Enfin, il faut en parallèle maintenir, et plus encore développer (donc rapatrier), les services publics en zone rurale.
Développer une agriculture urbaine.
Aussi, au-delà des actions pour revitaliser nos campagnes, il faut également favoriser autant que possible le développement d'une agriculture urbaine. Pour ce faire, il est essentiel de développer les jardins ouvriers et familiaux, les jardins partagés, les AMAP, ce qui signifie de limiter au maximum le bétonnage des terres par la maîtrise du foncier. Aussi, les pouvoirs publics devraient mener des expérimentations en développant par exemples les cultures sur toit ou bien encore l'hydroponie.
On le voit, si la situation actuelle de l'alimentation mondiale et de l'agriculture est critique, la situation est loin d'être désespérée car des changements radicaux dans nos modes de production et de consommation sont possibles, mais ceux-ci doivent être portés par une volonté politique forte, comme on peut la retrouver dans le programme « L’avenir en Commun ».