Ecologiste, Socialiste, Républicain: le Parti de Gauche se veut le pivot de la reconquête du pouvoir par la gauche véritable, unie dans le Front de Gauche. EN MARCHE VERS LA REVOLUTION CITOYENNE ET LA 6E REPUBLIQUE !
Alors ça y est. On s’y attendait plus ou moins, même si certains espéraient qu’elles restent, depuis le temps qu’elles étaient là... Mais non ! Ce lundi 4 septembre, à l’heure où blanchit La Plaine, où les minots dorment à poings fermés avant leur rentrée scolaire, les tronçonneuses et tractopelles de la mairie de Marseille sont venues, en douce, comme pour cacher leur honte, découper, arracher, enlever... voler ! les fameuses tables de La Plaine.
Elles avaient été conçues, façonnées et solidement plantées par et pour les habitants du coin, sur les bords d’un boulodrome, au cœur d’un quartier populaire. Point de rendez-vous pour tous, refuge pour des apéros ou les galériens du bitume, pour blaguer, glander ou refaire le monde, elles étaient aussi un symbole.
Celui de la résistance d’un quartier, des forains du marché ou des copains et copines de passage face aux projets absurdes de « rénovation », « revalorisation », « montée en gamme », que la mairie et ses alliés, urbanistes sans cervelle, promoteurs sans cœur et spéculateurs sans âme, entendent imposer à tous.
On connaît leurs discours. Ils prétendent œuvrer pour l’intérêt général et la qualité de vie, apporter sécurité et opulence à leurs concitoyens. La Soleam, établissement public chargé de l’équipement et de l’aménagement de l’aire marseillaise, prétend dans un communiqué publié le jour même avoir enlevé les tables à la demande des forains pour leur faire de la place pendant les travaux.
Comble de l’hypocrisie, après avoir dit pis que pendre du marché pendant des mois (« bas de gamme », « trop coloré », « mal fréquenté »...), la mairie se fait maintenant la protectrice de ce « véritable cœur de vie du quartier »... Cœur qu’elle veut justement débrancher.
Mais la stratégie du « diviser pour mieux régner », digne d’un épisode de Game of Thrones, loin de prendre, ne fait que renforcer la solidarité entre les forains, pas dupes, et les habitants et usagers, ulcérés. De La Plaine à La Corderie (un autre chantier marseillais où les habitants défendent des vestiges antiques contre le béton huppé), on ne nous fera pas ployer le genou. Comme le scandait Keny Arkana : « Deuxième manche, à charge de revanche [1] ! »
Tout pour l’industrie agro-alimentaire et l’agriculture productiviste ! Tel pourrait être le slogan des fumeux États généraux de l’alimentation, lancés par Macron fin juillet et qui doivent traîner en longueur jusqu’à la fin de l’année. Exemple le plus caricatural de cette opération de communication destinée à légitimer le modèle alimentaire en vigueur, la présidence de l’« atelier » sur les relations entre grande distribution et paysans est trustée par des dirigeants de Danone et Système U.
Mille excuses pour cette légumineuse qui sied si bien au couscous, mais ça sent le navet de la rentrée. Mais la nourriture, c’est aussi celle qu’on vous prépare. Qu’on vous sert. Qu’on vous livre. Les petits plats populaires ou la grande cuisine. Le ragoût de mamie ou les sushis industriels apportés un dimanche soir par un livreur en sueur d’avoir trop pédalé.
Le repas partagé entre camarades dans une cantine révolutionnaire ou la verrine néo-bobo totale-bio vendue à prix d’or dans une échoppe bourgeoise. C’est tout et rien, la bouffe – surtout quand on ne la prépare pas soi-même. À la fois le pire et le meilleur. Le pire de l’industrie alimentaire et de l’asservissement capitaliste. Et le meilleur de l’émancipation politique et culinaire. Sacré grand écart.
Ce dossier va faire de même – d’un extrême l’autre. D’un côté, les cantines, belles initiatives politiques qui se multiplient un peu partout pour fournir des repas de qualité à un tarif abordable et soutenir des causes qui le méritent.
De l’autre, les établissements de tous poils qui, s’ils peuvent certes servir de la nourriture de qualité préparée avec soin (voire amour), s’inscrivent dans un rapport commercial classique visant à la production de plus-value. Ce que rappelle la chouette brochure À bas les restaurants – Une critique d’un travailleur de l’industrie de la restauration : « La logique qui fait s’affronter les travailleurs entre eux ou qui nous lie au manager dans un restaurant est la même que celle qui sous-tend les droits du citoyen et la déportation des sans-papiers.
Le monde qui a besoin de démocraties, de dictatures, de terroristes et de police a aussi besoin de gastronomie fine, de fast-foods, de serveuses et de cuisiniers. »
Pour démarrer ce tour d’horizon (forcément partial et incomplet), le Chien rouge revient d’abord sur le dynamique exemple des cantines. En s’appuyant sur l’ouvrage Cantines – Comment faire à manger sans stresser à plein de gens qui ont faim, il s’essaye à une définition de ces lieux – entre autres critères, la solidarité plutôt que le caritatif, le recours aux produits locaux, l’autogestion (P. II). Puis il revient sur quelques expériences emblématiques.
La chouette trajectoire de Vincent, passé des établissements étoilés bruxellois à une cantine mobile de soutien aux luttes (P. II). Les 2 000 repas par jour qu’ont distribués à Calais et Idomeni les membres d’Artists in Action (P. III). Les « soupes communistes » du début du siècle, qui permettaient de nourrir des milliers de grévistes et leurs familles lors des grands conflits sociaux (P. IV).
L’activisme légumier dont font preuve des gens de Notre-Dame-des-Landes pour soutenir les grévistes (P. IV). Mais aussi versant récupération, la tambouille branchouille servie par la cantine du « Voyage à Nantes », ersatz du genre pour les touristes et les gogos (P. V). Enfin, histoire que cette partie se finisse en banquet (comme dans une célèbre BD), le Chien Rouge vous propose une classieuse recette pour trente personnes (P. V) : vous n’aurez plus d’excuse pour ne pas organiser de grandes bouffes collectives…
Vous n’en aurez pas non plus si vous utilisez du coulis de tomate industrielle pour votre pizza maison après avoir lu l’entretien avec Jean-Baptiste Malet, auteur d’un passionnant ouvrage sur L’empire de l’or rouge (P. VI).
Et vous en aurez encore moins si vous avez recours aux services de livraison de repas à domicile : pressurés et ultra-précarisés, les livreurs à vélo gagnent difficilement leur vie. Mais s’organisent et luttent (P. VII).
Les kebabs, eux, n’ont pas besoin de s’organiser : ils sont déjà partout, à Marseille comme ailleurs. À la fois symboles d’une triste uniformisation culinaire et lieux de restauration populaire attaqués par les gestionnaires urbains (P. VIII). Ne pas oublier, pour autant, que la bouffe reste une notion éminemment subjective et intime – sauf quand l’industrie en prend le contrôle (P. IX).
Dans ces cas, alors, une seule solution : court-circuiter le système. Et refuser l’addition : le resto-basket n’est pas fait pour les chiens (P. X).