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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 09:47
Photo Maxime Jegat  

Photo Maxime Jegat

Enflammé par son combat contre le mariage homosexuel, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a commis - dans une interview au Progrès le 13 août - des dérapages préoccupants de la part d'un responsable religieux aussi important (et éligible comme pape...). Il semble méconnaître la démocratie laïque dans laquelle nous vivons, tout comme la légitimité républicaine et la souveraineté populaire, incarnées dans le Parlement et dans les lois.

L'article ci-dessous se passe de commentaires, par son sectarisme et son décalage complet de la réalité sociale et culturelle de notre pays : Mgr Barbarin rappelle que pour condamner le mariage homosexuel, il s'est associé en février 2007 à des responsables juif et musulman (comme si en République trois religions avaient plus de légitimité politique qu'une seule), il cite la "première page de la Bible" comme une loi définitive (comme les fondamentalistes les plus fanatiques, alors que dans le christianisme la Bible est considérée comme un texte historique, écrit par des hommes), il se présente comme victime de la "pensée unique", il veut soustraire à la loi ce domaine de la famille qu'il pense sans doute mieux comprendre, tout en invoquant la Déclaration des droits de l'homme (symbole des Lumières contre lesquelles justement lui et le pape mènent un combat idéologique depuis des années) ; enfin, pour critiquer une éventuelle loi sur l'euthanasie, il reprend (involontairement, on peut l'espérer) la définition de l'euthanasie selon les nazis, qui parlaient des "vies ne méritant pas d'être vécues" pour justifier l'assassinat des handicapés mentaux, par exemple - alors qu'aucun responsable politique actuel n'envisage d'euthanasie en dehors de la volonté claire et répétée des patients.
Après avoir mis un siècle à reconnaître la République (avec une encyclique du pape Léon XIII en 1892), faudra-t-il encore un siècle aux dirigeants de l'Eglise catholique (à distinguer de l'ensemble des catholiques, qui pour la plupart n'écoutent plus guère les discours rétrogrades de leurs hauts responsables) pour reconnaître la liberté de chaque individu de disposer de son corps - que ce soit dans sa sexualité, sa fécondité, ou sa fin de vieE. B.
14 AOUT - source AFP

"Nous l'avons déjà rappelé en février 2007 avec Richard Wertenschlag, grand rabbin de Lyon, et Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne : le mariage est l'union d'un homme et d'une femme. C'est écrit sur la première page de la Bible", souligne aussi le cardinal.

Interrogé sur l'adoption d'enfants par les couples homosexuels, le prélat répond ensuite : "Notre désir est que la loi n'entre pas dans des domaines qui dépassent sa compétence. Un Parlement est là pour trouver du travail à tout le monde (...), pour s'occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un Parlement, ce n'est pas Dieu le Père !" 

Selon l'archevêque de Lyon, le Parlement "ne peut pas proclamer À partir d'aujourd'hui, nous décidons qu'une femme n'est plus ce que vous croyez et nous décidons que le mariage devient autre chose. Que chacun garde le sens des limites de sa responsabilité !"

Quant à l'euthanasie, une loi l'instaurant "accréditerait l'idée que certaines vies ne méritent pas d'être vécues. Or, notre civilisation reconnaît la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine ; c'est la première ligne de la Déclaration des droits de l'homme", ajoute-t-il.

Alors que le journaliste demande au religieux si cette prise de position n'est pas une atteinte à la laïcité, ce dernier réagit vivement : "La laïcité interdirait la prière ? Est-ce cela que vous me demandez ? Sommes-nous en tyrannie ? Allons-nous soumettre nos rites et nos formulaires au commandement de la pensée unique ?" 

 

Si la foi - à l'instar de diverses conceptions éthiques - est parfaitement respectable et peut s'exprimer dans le domaine privé, nous rappelons que la République laïque n'admet pas que les autorités religieuses interviennent dans le débat public, et contestent de surcroît la légitimité des institutions démocratiques fondées sur la souveraineté populaire et représentant l'intérêt général.

Décidément, l'archevêque de Lyon présente de sérieuses lacunes en matière d'éducation civique. Nous l'invitons donc à relire l'article 24 de la Constitution, qui définit le rôle du Parlement, et l'article 34 concernant les domaines d'intervention de la loi :

« La loi fixe les règles concernant :

  • les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques ; la liberté, le pluralisme et l'indépendance des médias ; les sujétions imposées par la défense nationale aux citoyens en leur personne et en leurs biens ;
  • la nationalité, l'état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités...

ETC. ETC.  

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Villeurbanne, Lyon
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commentaires

denis 16/08/2012 13:27

"la République laïque n'admet pas que les autorités religieuses interviennent dans le débat public"
D'où sortez vous cela ? Tant qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public, les "autorités religieuses" ont bien entendu, et comme tout le monde, le droit d'intervenir dans le débat public. Cela
s'appelle la liberté d'expression. Parfois, ce que disent ces autorités nous plait (comme lorsque les évêques ont dénoncé de "discours de Grenoble" de N. Sarkozy), parfois cela ne nous plait pas,
mais ce n'est pas parce que quelqu'un dit quelque chose qui ne nous plait pas qu'il n'a pas le droit de le dire !
Bien républicainement à vous

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