Tribune co-écrite par Alexis Corbière et Eric Coquerel, secrétaires nationaux au Front de Gauche.

Cet article à été publié dans la rubrique Le Plus du Nouvel Observateur, le 17 novembre dernier.

Le 29 août dernier, Jean-Luc Mélenchon candidat du Front de Gauche, annonçait "je lance une offre publique de débat" :

"Je ne veux pas que nous passions notre campagne dans un isolement mutuel, où personne ne parle à personne, et tout le monde s’enferme dans ses certitudes (..) Discutons de nos idées, demandons à notre peuple ce qu’il en pense." 

Cette demande est toujours sans réponse. Cette fin de non recevoir est une erreur, pire une faute. Nous pensons que les vents contradictoires qui soufflent depuis quelques jours sur l’ensemble de la gauche ont pour origine ce refus. (...)

Fin de non-recevoir

Cacher qu’un débat à gauche existe sur les politiques de rigueur, la dette, les méthodes pour affronter le système financier international, la politique de l’état en matière d’augmentation des salaires, le maintien et développement des services publics quelque soit le cadre des traités européens en la matière, l’embauche massive de fonctionnaires pour répondre à l’intérêt général, la rupture avec le traité de Lisbonne, un référendum sur la sortie du nucléaire qui réglerait par le haut un débat sensible, ne sert à rien.

Pire, cela peut nuire à terme à toute la gauche, à commencer par le candidat du PS.  Car ce débat élèvera la conscience des millions de gens. Il gonflera les cœurs d’un nouvel espoir. Dans ce débat public, marqué par la franchise et la loyauté, nous éclairerons nos concitoyens, nous les mettrons en mouvement, nous ferons appel à leur intelligence.

Prenons garde, la période est aussi à la confusion et à la résignation. La crise financière est là. Les coups portés par la droite produisent leurs effets, le poison de l’extrême droite se répand. Tout cela n’a rien d’une fatalité. Mais pour résister, d’abord il faut comprendre. Pour appeler nos concitoyens à la lutte et à l’action il faut leur dessiner un horizon prouvant qu’une autre politique est possible. (...)

Socialistes, répondez-nous !

Toute la gauche y gagnerait. Car, à l’inverse, depuis quelques jours, à quoi avons-nous assisté ? Des dirigeants socialistes irresponsables, prenant prétexte d’une comparaison humoristique dans une longue interview du candidat du Front de Gauche, ont hurlé aux crimes de "lèse-candidat" et ont insulté vulgairement Jean-Luc Mélenchon.

Cette outrance manœuvrière leur permettait de faire une nouvelle fois silence sur notre demande répétée "d’offre publique de débat". Sans avoir lu l’intégralité de cette interview, ils ont asséné que le candidat du Front de gauche faisait "le jeu de la droite et de l’extrême droite". Absurde. 

Quelques semaines auparavant, à l’occasion de leurs primaires, les dirigeants socialistes avaient dit bien pire les uns des autres. Nous ne sommes pas dupes : ce chantage a été utilisé à maintes reprises par François Hollande pendant les Primaires pour culpabiliser ses concurrents. Gare, elles ne débouchent pas directement sur le deuxième tour des élections : il y a le premier qui constitue la vraie primaire. (...)

Revenons à la politique

Ne perdons donc plus de temps. D’autant que ce refus de débat public vient aussi de produire ses effets négatifs dans la négociation entre le PS et Europe Ecologie - Les Verts (EELV). Durant des semaines, des négociateurs ont mené des conversations discrètes dans des bureaux pour enfin sortir par surprise un accord… qui mécontente tout le monde ! Cet accord donne une fâcheuse impression de bricolage et d’échange de circonscriptions contre des idées. (...)

Notre programme est connu. Il se nomme "L’humain d’abord". Ce succès de libraire, comme nous l’admettons celui des primaires socialistes, démontre une soif de politique. C’est une bonne nouvelle. Ceux qui croient que le mécanique rejet de Nicolas Sarkozy et de sa politique produira, sans rien faire ou si peu, une majorité dans le pays se trompent lourdement. Ils n’ont rien appris des défaites de 2002 et 2007.

L’offre publique de débat, c’est la clé d’une victoire de la gauche en 2012. Qu’attendez vous ? De quoi avez-vous peur ?