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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 07:34

Cela fait des mois que le Front de Gauche demande à rencontrer François Hollande, et les responsables du PS, toujours sans succès. La réponse du PS est toujours la même : leur programme est à prendre ou à laisser, il n'y a pas d'accord électoral avec le Front de Gauche. Jusqu'à quand pourront-ils tenir cette attitude méprisante et arrogante ? Sont-ils certains de pouvoir convaincre les électeurs du Front de Gauche pour la présidentielle, sans faire aucun geste d'ouverture, notamment sur le SMIC et le pouvoir d'achat ?

Interview d'Eric Coquerel, secrétaire national du PG, mardi 10 avril dans Public Sénat :

"Mélenchon est en concurrence avec Hollande pour être en tête au soir du premier tour."

Grenoble_125_28aout2011(...)

Plusieurs élus du PS, comme la sénatrice Marie-Noël Lienemann sur publicsenat.fr ou Arnaud Montebourg, ont exprimé leur souhait d’ouvrir des discussions avec le Front de gauche pour les législatives. Le président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel, a salué jeudi le « talent » de l’ex-sénateur et a promis un « vrai dialogue ». (...) A l’inverse, du côté de Jean-Luc Mélenchon, on évite les noms d’oiseaux ces derniers jours.

Alors doit-on y voir un infléchissement ? Un prélude à de futurs rapprochements, après la présidentielle ? Pour Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche et conseiller spécial de Jean-Luc Mélenchon, le compte n’y est pas. « Nous regardons les mesures de François Hollande. Ça ne nous satisfait pas. Sur le concret, il n’y a pas d’évolution », note-t-il. (...). Entretien.

(...)

Lors de son meeting à Rennes, François Hollande a dénoncé de nouveau le libéralisme, la mondialisation sans limites. Il a affirmé que l’eau n’était pas une marchandise comme une autre, reprenant un thème de Mélenchon. Ne s’agit-il pas de signaux encourageants pour vous ?
Depuis le Bourget, il ya des signaux là-dessus. Il a quand même compris qu’il y avait une poussée à gauche. Mais concrètement, est-ce qu’il s’est engagé sur les services publics, à contredire les socialistes qui, au Parlement européen, ont voté l’ouverture totale de la concurrence sur le ferroviaire ? (...)

Pierre Moscovici a dit que le programme d’un Président ne se négocie pas, ou éventuellement après les législatives. Sur ses premiers 100 jours, François Hollande ne parle pas du Smic. Dès qu’une question sociale est soulevée, il renvoie à des conférences... C’est le cas sur la retraite à 60 ans alors qu’une gauche digne de ce nom devrait abroger la réforme Sarkozy-Fillon d’entrée. Sur tous les points importants de notre programme, il n’y pas d’infléchissement. Et puis il y a la politique de rigueur. Il dit qu’on va redresser les comptes d’abord et partager ensuite. Le problème c’est qu’une politique de rigueur rend impossible une politique de gauche. (...)

Les discussions ne seront-elles pas plus faciles avec François Hollande après les législatives ?
Il faut lui demander. On compte sur le fait pour l’instant d’être en tête au premier tour. Et si jamais c’est François Hollande, il serait quand même étonnant que d’une manière ou d’une autre il n’y ait pas un signe concret pour rassembler, non pas au gouvernement, car là il y a trop d’écart, mais au moins un signe concret pour créer la dynamique au second tour.

Il y a les législatives derrière : depuis des mois on demande à négocier sur les 90 circonscriptions où il y a un risque que la gauche soit éliminée au profit d’un duel droite-extrême droite au deuxième tour. En février, ils ont stoppé les discussions. Pour eux, il faut un accord politique qui inclut le vote du budget. Mais il est hors de question de s’engager à voter un budget de rigueur. (...). La réalité, c’est qu’il y a désormais deux grandes forces à gauche : le PS ne peut plus faire comme s’il y avait lui et des satellites.

Mais les discussions sur les législatives s’étaient interrompues après que Jean-Luc Mélenchon avait comparé Hollande à un «  capitaine de pédalo ». Depuis quelques jours, on a l’impression qu’il évite de l’attaquer trop brutalement. Pour ne pas insulter l’avenir ?
Vous avez des moments de campagne différents. Quand Jean-Luc Mélenchon a dit cela, c’était un moment où François Hollande rentrait en campagne sur une base droitière ou d’accompagnement. Nous devions marquer nos différences entre son programme et celui du Front de Gauche. C’était une image qui nous permettait de le caractériser. Notez que nous aurions préféré en débattre publiquement ce qu’il a toujours refusé. Et il faut voir qu’à l’époque, Jack Lang a dit quasiment qu’on faisait les affaires de Sarkozy. Jean-Paul Huchon nous a comparés à Le Pen… Les paroles agressives venaient aussi d’eux.

Mais aujourd’hui, vous faites attention ?
Non, on est dans un autre moment de campagne. Les programmes sont maintenant connus et le rapport de force avec le PS s’équilibre. On est dans la capacité à être éventuellement au deuxième tour. On est principalement sur l’affrontement avec Marine Le Pen. (...) On est en concurrence avec le PS pour être en tête au soir du premier tour. Et nous sommes l’adversaire de la droite et de l’extrême droite pour battre la première et devancer la seconde au premier tour.

Vous pensez sérieusement pouvoir passer devant François Hollande ?
Ce n’est pas le scénario le plus probable, mais il existe. On a gagné 5 points dans les sondages en un mois. Sur le terrain, c’est assez énorme. Les sondages peuvent continuer à  nous sous-estimer. Depuis hier, la campagne a changé : en nous attaquant, Nicolas Sarkozy a démontré qu’il  y avait bien deux candidats à gauche en capacité de l’affronter au deuxième tour. Mais la priorité, c’est d’être devant le Front national. Ce serait un service pour la gauche et le pays.

Le PS éliminé de nouveau du premier tour, ce serait une forme de cataclysme…
Peut-être pour le PS, mais pas pour la gauche. Il n’y pas une loi naturelle qui dit que le PS est voué à être toujours la première force de la gauche. (...)

Reprendre votre proposition d’un Smic à 1700 euros, ce serait un bon signe de la part du PS ?
On a quelques grands marqueurs : la question de la politique de rigueur, du partage de la richesse avec le Smic, il y a la retraite à 60 ans, la planification écologique, avec des services publics fortifiés, la question du référendum sur le nucléaire, la sortie du commandement intégré de l’Otan et le traité européen. Ce n’est pas avec une mesure sortie du chapeau que cela pourrait nous permettre de gouverner ensemble. C’est par un changement de ligne programmatique. Là je suis plus que sceptique : je ne vois pas François Hollande abandonner une ligne qu’il défend depuis des années et à laquelle il croit. Mais nous avons toujours dit que nous étions ouverts au débat public. Pour le moment constatons que le PS est sur la position du « à prendre ou à laisser » ce qui est une négation des rapports de force politiques issus des urnes. En réponse on a toujours dit : « Dans ce cas on laisse ». C’est donc au PS qu’il faut poser la question, pas à nous. C’est pour cela que nous estimons être de bien meilleurs rassembleurs de la gauche au deuxième tour.

Propos recueillis par François Vignal

 

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Social-démocratie
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