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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 06:16

LIBERATION - 7 septembre 2012

Manifestation antiraciste, en avril 2002, à Paris.
Manifestation antiraciste, en avril 2002, à Paris. (Photo Charles Platiau. Reuters)

Interview Alain Jakubowicz, président de la Licra, fait le bilan de la loi faisant du racisme un délit, votée en 1972. Recueilli par ALICE GERAUD

Il y a 40 ans, les députés français décidaient à l’unanimité que le racisme n'était plus une opinion mais un délit. Grâce à la loi Pleven, ou «Loi relative à la lutte contre le racisme», tout propos raciste proféré publiquement ou exprimé sur un support destiné au public est devenu une infraction. Tout comme la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence. Parmi les derniers condamnés au nom de cette loi: Eric Zemmour, Dieudonné ou l’ancien préfet Girod de Langlade. A l’occasion de ses universités d'été qui s’ouvrent ce week-end au Havre, la Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme) organise une série de débats autour de cette loi souvent contestée au nom de la liberté d’expression. Entretien avec Alain Jakubowicz (photo Reuters), président de la Licra.

Alain Jakubowicz.

Pourquoi a-t-on créé une loi spécifique pour sanctionner le délit de racisme ?

Il y avait auparavant un texte fondateur, le décret-loi Marchandeau, adopté en 1939 et qui, sans le dire, visait principalement l’antisémitisme virulent d’avant-guerre. Une des premières mesures du gouvernement de Vichy a été d’ailleurs d’abroger ce texte. Il fut rétabli à la Libération. Mais ce texte était vague et ne créait pas de délit spécifique. Il était par ailleurs peu appliqué, parce qu’on n'avait pas réellement envie de l’appliquer. Je cite souvent un arrêt de la Cour d’appel de Paris de 1952 qui parle d’un «antisémitisme raisonnable» à propos des écrits d’un journaliste qui recommandait «une saine méfiance envers les Juifs». Mais au début des années 70, la société a évolué. La convention internationale de l’ONU sur l'élimination de toute forme de discrimination a été adoptée, ce qui a créé une pression sur la France. La décolonisation est terminée. Il y a à ce moment l’impérieux besoin de marquer le choses et les interdits.

Cette loi avait pour ambition de sanctionner le racisme ordinaire. Or, on a le sentiment que ne sont condamnés que des Zemmour et des Dieudonné. Est-ce que cette loi joue son rôle de lutte contre le racisme ?

Il y a des affaires plus médiatisées que d’autres. Par ailleurs, les décisions de justice ne sont pas le reflet de la réalité du racisme en France. Nombre de victimes ne saisissent pas la justice. D’autant que les preuves sont souvent difficiles à établir. Enfin, cette loi demeure méconnue. Il faut encore sensibiliser sur ces questions. Le travail de sensibilisation sur d’autres sujets sociaux comme la violence faites aux femmes, l’inceste, la pédophilie, ont permis de faire évoluer les mentalités, et de faciliter notamment les dépôts de plainte. Il faut travailler dans ce sens sur le racisme et les discriminations.

Les sanctions prononcées restent très faibles...

Dans certains cas de multirécidivistes, on pourrait souhaiter que l’application de la loi soit en effet plus rigoureuse. On doit faire de cette délinquance une délinquance comme les autres, et pas une délinquance honorable.

La loi Pleven avait été adoptée à l’unanimité des députés en 1972. Pensez-vous que ce serait encore le cas aujourd’hui?

La réponse est évidemment non. Aujourd’hui, il est de bon ton de dénoncer la «bien-pensance». Dans les années 70-80, c'était à la mode d'être antiraciste. Cela n’est plus le cas. On voit d’ailleurs comment certains s’honorent désormais de leurs condamnations qu’ils portent comme des décorations. Au-delà des phénomènes de mode, il y clairement un avant et un après le débat sur l’identité nationale [lancé en 2009 par Nicolas Sarkozy, ndlr]. Avec ce débat, on a ouvert la boîte de Pandore et libéré la parole raciste. Aujourd’hui, j’attends toujours un grand discours du président de la République sur ce sujet. Après la campagne présidentielle que nous avons connue, il y a besoin d’un message fort.

Que pensez-vous du projet de François Hollande de supprimer le mot «race» dans la Constitution ?

C'était une des 50 propositions de la Licra pour la présidentielle. Les mots ont un sens. Le mot race n’a pas à figurer dans la Constitution car les races n’existent pas.

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Démocratie
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