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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 14:39

On le voulait, la revue REGARDS (dirigée par Clémentine Autain, qui soutient le FDG) l'a fait !

    PS, Front de gauche, Europe écologie les Verts, qui est vraiment de gauche ? Au-delà des stratégies et des plans de com’, parlons un peu du fond. Voici quelques repères concrets piochés ça et là dans les programmes économiques des partis de gauche.

La croissance est-elle encore de gauche  ?

Bien évidemment, la crise est au centre des programmes d’Europe écologie-les Verts (EELV), du Parti socialiste (PS) et du Front de gauche (FG). Mais les enjeux écologiques, sociaux et démocratiques font aujourd’hui davantage consensus à gauche que celui de la croissance. Ainsi, le PS aspire à « produire plus » mais « mieux », affichant une ambition, certes de compétitivité, mais aussi de développement durable, écologique et social.

Pour le FG, la relégation de la croissance au profit d’autres priorités est encore plus nette : le mot est peu présent dans le programme, qui met au contraire au centre de son diagnostic un « problème politique » : constatant que « la France est plus riche que jamais », le FG se donne lui aussi pour objectif de « produire autrement », mais de « partager les richesses » plutôt que d’en produire davantage. Enfin, pour sortir de la crise, EELV, veut « rompre avec le "toujours plus" et la croissance à tout prix », et prône une « mutation écologique et solidaire ».

Alors que le PS compte d’abord sur la croissance (même si elle est « nouvelle ») « pour créer des emplois », l’équation du chômage apparaît plus difficile à résoudre pour les deux autres formations politiques. EELV propose de « créer des emplois, non en augmentant le PIB mais en augmentant l’intensité en emplois de notre économie ». Induisant une diminution de la productivité par tête, cette solution revient à partager différemment la valeur ajoutée : en permettant à la part qui rémunère le travail salarié d’y augmenter, au détriment de la part qui revient au capital, et en partageant ces salaires entre actifs occupés et chômeurs. La clé du problème réside dans la réduction des écarts de salaires. En bons partis de gauche, chacun mise aussi sur la RTT, qui crée des emplois en partageant le travail : tous, sans exception, promettent la suppression de l’incitation au recours aux heures supplémentaires par la défiscalisation.

Le FG ajoute qu’il en limitera très sévèrement l’usage pour revenir aux 35 heures effectives, et procédera aux embauches correspondantes dans la fonction publique. De son côté, EELV va plus loin et propose d’avancer vers la semaine de 32 heures.

Dette et finance  : comment faire face à la crise  ?

Certes, il faut sortir de la crise de la dette et transformer la finance. Pour tous un durcissement de la réglementation, ainsi qu’une réforme des traités européens et des statuts de la BCE, permettant une monétisation de certaines dépenses publiques, s’imposent. Consensus également sur la réorientation des dépenses publiques vers des objectifs écologiques et sociaux, sur une réforme fiscale plus redistributive, et sur une taxation des transactions financières européennes. Dernier consensus : personne ne propose de fermer la bourse. Dommage.

Pour EELV et le FG, la reprise du pouvoir sur la finance passe par la création d’un pôle financier public (le PS ne l’évoque pas). Mais le projet du FG est plus celui d’une communalisation du contrôle du crédit que d’une nationalisation. Le traitement de la dette publique, en revanche, est loin d’être consensuel. Les voies de sortie de crise n’apportent pas la même réponse à l’épineuse question : qui va payer ?

Dans la proposition du PS, en bout de course, ce sont les contribuables, puisque le parti promet d’affecter la moitié des fruits de la croissance (les recettes fiscales supplémentaires générées par la croissance) au désendettement. Pour faire passer la pilule, il reprend la rhétorique de « notre » culpabilité face aux « générations à venir ». EELV, considérant au contraire que la dette est d’abord un « transfert social des pauvres vers les riches », propose de la monétiser, et de l’annuler partiellement en faisant porter le poids aux prêteurs.

Le FG, quant à lui, refuse « le dogme de la réduction de la dépense publique », et appelle à des moratoires et audits sous contrôle citoyen, en vue de réaménagement, échelonnement et annulation partielle.

Relocaliser l’économie  : expression commune, objectifs variés

L’expression est récurrente dans les trois programmes  : il faut « relocaliser l’économie », soit recentrer le développement du tissu économique à l’échelle locale plutôt que nationale ou mondiale : la « démondialisation » est dans l’air du temps. Pour y parvenir, tous proposent peu ou prou les mêmes chemins : priorité aux petites entreprises et à l’économie sociale (lire ci-dessous) soutenues par des aides fiscales, financières et réglementaires ; lutte contre les délocalisations, notamment par une harmonisation sociale et fiscale en Union européenne ; lutte contre la concurrence des pays émergents, en imposant le respect de normes environnementales et sociales à l’échelle européenne.

Les trois formations comptent aussi sur la mise en synergie des acteurs locaux, mais c’est là qu’apparaissent les divergences de points de vue. Le PS reprend à son compte l’expression de « pôle de compétitivité », quand le FG et EELV lui préfèrent celle de «  pôle de coopération  ». Juste une question de mot ? Pas si sûr. Derrière le vocable commun « relocalisation de l’économie » se cachent des préoccupations assez différentes. L’enjeu prioritaire du PS est celui de la compétitivité nationale, et son soutien aux PME se centre sur les secteurs de pointe tels les biotechnologies et l’économie numérique. Au fond, et le projet ne s’en cache pas, la formation socialiste lorgne sur le « modèle allemand ». EELV, sensible à l’argument des « secteurs porteurs » insiste plutôt sur les enjeux écologiques de cette relocalisation : développer l’agriculture biologique, les activités de dépollution, d’isolation ou encore de recyclage, créateurs d’emplois écologiques de proximité, et de réduction de la facture carbone.

Le FG, enfin, fustige « le modèle d’économie de services que nous assigne la division internationale du travail pilotée par les marchés financiers » qui aboutit au fait « absurde » que « la totalité du paracétamol dans le monde est produite en Chine ». Il se soucie de « souveraineté alimentaire » et industrielle, et ambitionne de « reconstruire un tissu industriel diversifié », et pas seulement « de pointe ».

La gauche séduite par l’Économie Sociale et Solidaire

La crise a consacré l’inclination de la gauche pour l’économie sociale et solidaire, qui recouvre toutes les formes de propriété et d’activités alternatives à celles de la grande entreprise capitaliste. Le PS veut ainsi redynamiser le « mouvement associatif et à but non lucratif » en lui offrant de bénéficier des 300 000 « contrats d’avenir » (sorte d’emplois jeunes) qu’il entend créer. De même, EELV souhaite que « l’économie plurielle » (les services publics, mutuelles, coopératives et associations) bénéficie d’une loi cadre permettant son développement, et de financements importants.

Enfin, le FG garantit lui aussi un puissant soutien à ces « autres formes de propriété » ; son originalité : la promesse d’un appui aux « initiatives d’habitat autogéré et coopératif  », dans le cadre de « programmes de création de logements sociaux ».

Infléchir le partage de la Valeur ajoutée : plus ou moins

Il est désormais acquis à gauche que les problèmes du chômage, du pouvoir d’achat et des inégalités de revenus renvoient à celui du partage de la valeur ajoutée (VA), qui s’est considérablement déséquilibré ces dernières décennies au profit du capital et au détriment du travail. Tout le monde est d’accord pour redresser la barre. Mais certains plus d’autres. Si la réinstauration de la progressivité de la fiscalité ne fait pas débat, seuls EELV et le FG envisagent une redistribution aux plus démunis par un relèvement des minima sociaux. Les trois formations s’engagent à « revaloriser le SMIC » – le FG affiche 1 700 euros brut – mais seuls EELV et le FG étendent cette revalorisation aux bas salaires et aux minima sociaux, que le FG propose par ailleurs d’indexer au « coût de la vie ». Tous souhaitent limiter les écarts de rémunération, mais les méthodes diffèrent : Le PS s’en tient à limiter l’écart de 1 à 20 dans les entreprises publiques, et confie le sort des autres salariés aux décisions des assemblées générales d’actionnaires, et aux propositions d’une « conférence salariale annuelle tripartite  ». Pour EELV le rééquilibrage est imposé par les deux bouts : par la fixation d’un taux d’imposition sur le revenu de 80 % au-delà de 44 000 euros par mois, et l’instauration d’un revenu « universel, inconditionnel et individuel, cumulable avec un salaire ».

Le FG quant à lui, cumule les deux méthodes, et les radicalise : il limite les écarts de rémunération de 1 à 20 dans toutes les entreprises, s’engage à ce qu’aucun revenu ne soit inférieur à 800 euros par mois, et fixe le revenu maximum à 30 000 euros par mois. Le programme ne le dit pas explicitement, mais on suppose qu’au-delà de ce plafond, le taux d’imposition sur le revenu serait donc porté à 100 %.

Un clivage central apparaît enfin à propos du financement des retraites. EELV et le PS se retrouvent sur un projet de fiscalisation (c’est-à-dire un basculement des cotisations sociales vers l’impôt), par une taxation des revenus du capital pour EELV, et via le transfert de l’assiette des cotisations de la masse salariale vers la valeur ajoutée pour le PS.

Le FG, au contraire, refuse cette fiscalisation et promet même de supprimer les exonérations de cotisations sociales actuelles. Ce choix se répercute sur le partage de la VA : les cotisations sociales assises sur la masse salariale sont une rémunération du travail – certes de manière indirecte –, et leur remplacement par un impôt a pour effet de réduire la part du travail dans la VA. Financer les retraites par un impôt sur le capital peut apparaître anticapitaliste, mais retire en réalité à la cotisation sociale son pouvoir de subversion du capitalisme, lié à sa capacité de grignotage de la VA au profit du travail et au détriment du capital. De ce point de vue, la position du FG qui consiste à créer des cotisations sociales sur les profits (basculant donc une partie de la rémunération du capital vers celle du travail) apparaît économiquement révolutionnaire, quand EELV et le PS semblent convertis au réformisme.

Amélie Jeammet

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Présidentielle 2012
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