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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 06:00

TRIBUNE DANS "LE MONDE" DU COLLECTIF "GAUCHE POPULAIRE", dont nous avons déjà parlé ici, et qui veut tourner le dos à la gauche "caviar" ou "bobo", pour retrouver l'électorat populaire en répondant à ses aspirations : revenir à la République, tout simplement.

Droite identitaire et gauche "diversitaire" : mêmes armes, même combat ?

Le Monde.fr | 12.06.2012 - Par Coralie Delaume, membre du collectif "Gauche populaire"

Il y a une dizaine de jours se sont produits, dans l'univers médiatique, deux événements que tout semblait opposer, si ce n'est leur capacité à "faire du buzz" : d'une part, la chronique d'Eric Zemmour sur RTL contre Christiane Taubira. D'autre part, la Une du Libération du 31 mai vilipendant les "cabinets blancs de la République".

A bien y regarder, s'ils sont le fait d'un éditorialiste de droite pour l'un, d'un journal de gauche pour l'autre, ces deux événements se complètent à merveille. (...) S'en prenant à la garde des sceaux le 27 mai sur RTL, Eric Zemmour clamait : "en quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais". Quelques jours plus tard, Libération prétendait passer au crible les cabinets ministériels récemment constitués pour pointer du doigt leur absence de "diversité". Et le quotidien d'affirmer : "les 140 premières nominations dans les cabinets ministériels projettent une image en réduction d'une tare nationale : le mâle blanc passé sous la toise des "grandes écoles" triomphe à tous les étages".

Poussant son habituel Sanglot de l'homme blanc, Eric Zemmour décrit ce dernier comme le martyr d'une "diversité" vécue comme triomphante. De l'autre côté du miroir, dans un accès de zemmourisme inversé, Libération pointe l'arrogance du "mâle blanc", coupable désigné de l'incapacité de la France à faire coïncider l'apparence de ses élites à un supposé "pays réel". L'expression " pays réel ", que Charles Maurras opposait au "pays légal" est d'ailleurs reproduite telle quelle par Libération, comme si l'utilisation des concepts mêmes de la droite radicale était devenue légitime pour la gauche "diversitaire".

Voici donc, se faisant face, les "identitaires de droite et de gauche", ainsi que Laurent Bouvet nomme ces deux faces d'une même médaille : le défenseur "réactionnaire" de "l'homme blanc" côté pile, les thuriféraires "progressistes" de la "France métissée" côté face. Et l'on s'interroge : si finalement les uns et les autres, loin d'être les ennemis irréductibles que l'on croit, étaient au contraire des alliés de circonstance se renforçant mutuellement ?

C'est plausible, tant il est vrai que ces frères ennemis envisagent la société sous un même angle, exclusif : celui de l'appartenance identitaire. Comme s'ils portaient le même vêtement, les uns à l'endroit, les autres à l'envers, leur tenue reste identique. D'ailleurs, ils affichent le même but : protéger la "victime" qu'ils ont choisie, celle dont "l'identité" leur paraît en danger. (...)

Droite et gauche identitaire se nourrissent donc l'une de l'autre. Elles se donnent de l'importance et s'offrent en permanence de nouveaux arguments. Puis, peu à peu, elles se durcissent, se radicalisent. Et l'on a tôt fait de passer de l'opposition Zemmour/Libération au match "Front national" contre "Indigènes de la République". Comme l'observe Jean-Loup Amselle, "il y a une symétrie parfaite entre l'extrême-droite et l'extrême-gauche multiculturelle et post-coloniale : d'un côté le Front National utilise la notion de "Français de souche" ; de l'autre côté, vous avez les "souchiens" des Indigènes de la République (...) il y a une espèce de connivence". Effet miroir, donc, renforcé là encore par le choix des mots : "de souche" et "souchiens". Presque les mêmes.... (...) 

Avec le concept mouvant de "diversité", la gauche identitaire, comme son alter-ego de droite, cautionne la mise en exergue de ce qui sépare : la race, la couleur de peau, l'origine, la religion voire la préférence sexuelle. Toute chose que la République connaît, mais en aucun cas ne reconnaît. Ce faisant, toutes deux laissent de côté tout ce qui rassemble : la qualité de citoyen, la nationalité française, la communauté de destin.

Lorsqu'il fut écrit dans la Constitution que la République "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion", ce n'était pas pour nier qu'il y eût des différences. Au contraire même, c'était l'admettre. Mais c'était refuser qu'on en fasse un critère.
Faire des différences une "richesse" et voir dans la diversité un "bien", c'est immédiatement permettre à d'autres d'en faire un fléau et d'un voir un "mal". Il est décidemment grand temps que la gauche, au moins, cesse d'être multiculturaliste pour redevenir républicaine et universaliste.

Coralie Delaume, membre du collectif "Gauche populaire"

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Démocratie
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