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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 06:57

DANS LA REVUE ANTILIBERALE "REGARDS", UN ARTICLE D'ERIC FASSIN, spécialiste des discriminations :

La fièvre assimilationniste

Chronique, par Eric Fassin| 27 juillet 2011

S’il faut réduire l’immigration légale, expliquait Claude Guéant le 15 avril sur TF1, c’est que «  l’intégration est en panne ». Mais tous les immigrés légaux n’ont pas vocation à rester en France. Va-t-on demander aux étrangers de passage dans notre pays, comme les étudiants par exemple, de « s’intégrer » ? Oui, nous explique le ministre de l’Intérieur dans une tribune du 31 mai sur LeMonde.fr (« Quelle France pour demain ? »).

D’un côté, il présente comme une étape «  cette intégration qui, avec le temps, débouche sur une assimilation réussie, que j’appelle de mes voeux  ». D’un autre côté, les deux termes dessineraient moins une séquence chronologique qu’une distinction logique : « Je parle d’intégration pour ceux qui ne projettent pas de rester en France. (…) Je parle d’assimilation pour les autres, pour ceux qui arrivent dans notre pays avec la volonté de s’y établir durablement. » Bref, l’intégration pour ceux qui partent, l’assimilation pour ceux qui restent.

Distinguer ainsi, c’est monter la barre des exigences, pour les premiers comme pour les seconds. On sait que la loi permet déjà de refuser la naturalisation d’un étranger pour « défaut d’assimilation  ». Or la politique actuelle vise à diminuer les naturalisations. Interrogé, le ministre ne s’en cache pas : « Il est exclu de faire des quotas mais, en toute logique, le chiffre devrait légèrement baisser. » (...)

Mais aujourd’hui, il y a plus. On découvre que les immigrés qui ont « vocation » à partir doivent aussi s’intégrer. Comment y réussir ? Cela « dépend, bien entendu, de la volonté des migrants eux-mêmes, mais aussi de nous ». Claude Guéant est-il soucieux d’équilibre entre les droits et les devoirs des uns et des autres ? En réalité, « notre responsabilité », c’est seulement « de nous assurer que ces nouveaux arrivants seront bien en mesure de construire la vie qu’ils sont venus chercher dans notre pays ». Autrement dit, il nous incombe seulement de contrôler leur capacité d’intégration…

Bref, on attend tout des immigrés, et rien de la France. Il leur est demandé « d’adopter notre façon de vivre », sans qu’il soit besoin de les « adopter » en retour. C’est qu’aujourd’hui le mot d’intégration ne signifie plus « intégrer », mais « s’intégrer ». C’est « leur » responsabilité, et non la « nôtre ». Cette dissymétrie dit tout : l’intégration n’est invoquée que pour tracer des frontières – et non pour les effacer. Ainsi, d’une part, l’identité nationale doit être réaffirmée face à l’immigration, car elle est ce qui fait la différence entre « eux » et « nous ». D’un autre côté, « notre » identité doit « leur » être inculquée : « l’apprentissage de la langue française, de l’histoire de France, des règles du vivre ensemble qui sont les nôtres et plus largement de tout ce qui fait notre identité sont des conditions indispensables  » à l’intégration.

Pourquoi une telle fièvre assimilationniste ? C’est précisément que l’intégration est décrétée impossible. Si l’on demande aux immigrés de s’intégrer, c’est qu’on les en juge incapables. Aujourd’hui, l’intégration n’a de sens que par défaut – comme on parle d’un « défaut d’assimilation  » : elle n’existe que pour qu’on puisse déplorer son absence. En outre, si l’on parle constamment d’intégration, il ne s’agit pas seulement des étrangers, mais aussi des Français – du moins s’ils sont d’origine étrangère. C’est le même vocabulaire qu’on utilise pour ceux-ci, et pour ceux-là. Ecoutons encore Claude Guéant, le 22 mai sur Europe 1 : « Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça. » Et d’expliquer : « Les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. » Ces chiffres n’ont aucun fondement ; mais la logique politique en est parfaitement claire.

C’est tout l’enjeu du débat qui resurgit sur les binationaux. La controverse sur les quotas dans le football aura préparé le terrain : tout se passe comme si ceux qui jouissent d’une double nationalité, ou sont appelés à en jouir, étaient suspects a priori. Le FN occupe ce terrain depuis longtemps. C’est aujourd’hui, au sein de l’UMP, la Droite populaire qui l’a rejoint. Le projet de rapport de la mission d’information sur la nationalité, dont Claude Goasguen est rapporteur, révélé par Libération le 22 juin, appelle ainsi à en finir, ou presque, avec la binationalité. Pour être un bon Français, il faudrait n’être que cela.

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Droite
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