Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 07:48

Comment améliorer les connaissances relatives aux modes de transmission du virus du sida ? Comment faire pour valoriser le patient comme acteur de sa santé ? Etes-vous prêt à sanctuariser le financement consacré à la lutte contre le sida ? Comment comptez-vous lutter contre les discriminations homophobes ? SIS Association a posé ces quatre questions aux candidats à l’élection présidentielle. Nous publions les réponses de celles et ceux qui ont accepté de nous répondre.

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche


« Les sexualités sont plurielles et peuvent se vivre en dehors de toute procréation. »

SIS : Une étude de l’Observatoire régional de santé Ile-de-France pointe le recul des connaissances sur la transmission du VIH/sida. /21 % des Franciliens pensent à tort que le sida peut se transmettre par une piqûre de moustique et 13 % qu’il peut se transmettre dans les toilettes publiques/. Si vous êtes élu, comment comptez-vous améliorer les connaissances relatives aux modes de transmission du virus du sida ?

Jean-Luc Mélenchon : Ces résultats sont préoccupants parce qu’ils montrent un recul. Pour lutter efficacement contre le sida, il faut que chacune et chacun se sente concerné. Pour cela, il faut une prise de conscience collective. Nous devons mener une politique ambitieuse de promotion de la santé sexuelle. Dès l’école, il est essentiel de développer les programmes d’éducation à la santé sexuelle, avec évidemment un volet sur la santé reproductive. De tels programmes sont prévus depuis longtemps dans les stratégies de lutte contre le VIH/sida et les IST. Le Plan national pour la période 2010-2014 ne fait pas exception. Les dispositifs sont prévus par des circulaires ministérielles, mais leur application est laissée au bon vouloir des chefs d’établissement ou de la médecine scolaire quand elle existe. C’est un enjeu de santé publique que de la développer. Dans la pratique, trop peu de choses sont faites, alors même que ces actions devraient s’inscrire dans une politique globale d’éducation pour la santé dès le plus jeune âge. L’action menée à l’échelle de la région Ile-de-France a ouvert un chemin, en particulier à travers l’action du CRIPS. Il faut soutenir les actions menées par les associations dans ce domaine. Au-delà de l’école, nous devons promouvoir l’éducation à la santé à tous les âges de la vie, et profiter de toutes les opportunités, comme celles offertes par la médecine du travail. La nouvelle stratégie de dépistage du VIH, qui vise à ce que les médecins le proposent plus systématiquement à tous, doit permettre de transmettre les messages sur les risques de transmission.

SIS : La rationalisation des coûts de la santé et la réorganisation des services hospitaliers notamment imposent aux patients une vigilance et un savoir accrus pour pouvoir accéder à une prise en charge efficiente. Si vous êtes élu, comment comptez-vous valoriser le patient comme acteur de sa santé ?

Jean-Luc Mélenchon : Les gouvernements UMP ont ciblé les malades pour faire des économies de bouts de chandelle qui n’ont même pas réussi à équilibrer les comptes sociaux. Le développement des franchises médicales devait, cyniquement, « responsabiliser les malades » à travers l’augmentation du « reste à charge » non remboursable. Comme si ceux-ci étaient responsables de leurs maladies, voire de leur consommation de soins qui n’est jamais que celle prescrite par les professionnels de santé ! Le programme du Front de Gauche prévoit le remboursement à 100 % des besoins de santé par la Sécurité sociale. Nous souhaitons également abroger la loi HPST et la loi de 2003, qui ont institué la tarification à l’activité et la convergence tarifaire entre établissements publics et privés hospitaliers et conduisent à asphyxier l’hôpital public. Nous mettrons fin aux fermetures et démantèlements d’hôpitaux, de maternités, de centres de soins et d’IVG. La tarification à l’activité ne permet pas de consacrer du temps aux consultations, ni de valoriser les actes non médicaux, pourtant essentiels (actes infirmiers, psychologues, assistants sociaux notamment). Le paiement à l’acte dans le cadre de la médecine libérale n’est pas adapté aux besoins de la prise en charge des pathologies chroniques graves. Dans ce domaine, nous proposons de développer la coordination des soins, afin de faciliter les parcours des personnes. Des centres de santé doivent être créés avec des médecins salariés, intégrés dans des réseaux de santé avec les hôpitaux. Nous voulons revaloriser le praticien de santé du secteur public, pour développer une alternative à l’exercice systématique en libéral, à l’origine de l’actuelle fuite vers des hausses de rémunérations et de dépassements d’honoraires qui sont également sources d’inégalités de santé.

SIS : L’homophobie peut entraîner pour celles et ceux qui en sont victimes, mésestime de soi, prise de risque VIH, tentations suicidaires. Si vous êtes élu, comment lutterez-vous contre ce type de discrimination ?

Jean-Luc Mélenchon : Des stéréotypes hétérosexistes sont véhiculés dans tous les espaces de la société (entreprises, médias et même l’école). Nous revendiquons le droit de choisir sa sexualité sans être victime de discriminations. Les sexualités sont plurielles et peuvent se vivre en dehors de toute procréation. Pour le Front de Gauche, la lutte contre les discriminations vécues par les personnes LGBT est donc une priorité. Dès l’école, par l’enseignement de la diversité des sexualités dans les manuels scolaires, en augmentant les moyens de l’Education nationale et en promouvant les interventions des associations. Dans le monde du travail, en lien avec les syndicats, l’inspection du travail et les associations des secteurs professionnels. A travers la formation des acteurs sociaux (policiers, gendarmes, personnel hospitalier, juges, médecins, psychologue, éducateurs et travailleurs sociaux, surveillants de prison, milieux sportifs, etc.) aux questions LGBT : discriminations verbales ou physiques, jeunes rejetés dans l’errance, risques accrus de suicides. Il n’y aura pas de lutte effective pour les droits et l’acceptation de toutes et tous sans le développement des services publics. Sinon, comment lutter contre l’homophobie ou la transphobie à l’école ou au travail, sans en donner les moyens à l’Education et à l’inspection du travail ? Quel accompagnement des jeunes LGBT en rupture familiale, sans renforcer les moyens des travailleurs sociaux ? Quelles actions ciblées de santé sexuelle, de prévention et de soins sans allouer des moyens à la santé publique ? Comment faire valoir ses droits, sans moyens pour la Justice ?

SIS : Information, prévention, prise en charge des malades, acceptation des personnes séropositives… La lutte contre le VIH/sida nécessite un effort constant de la communauté nationale. Si vous êtes élu, comptez-vous sanctuariser le financement consacré à la lutte contre le VIH/sida ?

Jean-Luc Mélenchon : Lutter efficacement contre le VIH/sida nécessite un fort investissement notamment financier de la puissance publique. Une politique d’austérité ne peut faire face aux défis que pose cette épidémie à la société. Plus globalement, cela ne pourra que creuser les inégalités de santé auxquelles sont confrontés nos concitoyens – 25 % renoncent aux soins pour des raisons financières. Partisans d’une politique de santé fondée sur la solidarité, nous nous opposons à privatiser la prise en charge des soins au détriment de l’égalité de tous devant la santé.

Pour le Front de Gauche, la santé doit être financée par tous les revenus : nous refusons la logique d’individualisation ainsi que tout recours aux assurances privées qui ne peuvent que générer d’importantes inégalités Nous pouvons et devons dédier davantage de ressources à la santé, pour l’organisation du système de soins mais aussi le financement des politiques de santé. Aujourd’hui, les sommes consacrées à la prévention ne sont pas suffisantes. Sans même parler du coût humain, économiser sur la prévention ou sur la prise en charge des soins d’une population est toujours un mauvais calcul. L’accès tardif aux soins a des conséquences néfastes sur la santé des personnes et le coût est alors bien supérieur. Les moyens nouveaux que nous dégagerons pour la santé devront être affectés en fonction des besoins identifiés par les acteurs et les institutions publiques. Nous refusons de nous placer dans une optique de réduction des dépenses, qui conduit à opposer les pathologies les unes aux autres, comme dans le système actuel. Le VIH/sida doit être une priorité, et ce qui a été développé dans la lutte contre le VIH/sida doit être maintenu : il bénéficie aux autres pathologies, de la même façon qu’elle doit profiter des avancées obtenues par d’autres.

Dossier préparé par Alain Miguet pour Sida Info Service

Partager cet article

Repost 0
Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Santé
commenter cet article

commentaires

Recherche

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -