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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 06:23

La rupture et les urnes

 

Roger Martelli, historien et co-directeur du mensuel Regards, a pris la plume pour le Front de Gauche des intellectuels. Dans cet article inédit, l’ancien co-président de la Fondation Copernic évoque la diversité du Front de Gauche. Une diversité symbole d’une révolution nécessaire.

À force de marcher sur la tête, ce pauvre monde est en train d’exploser. Voilà plus de trente ans qu’on nous explique, après Madame Thatcher, « qu’il n’y a pas d’alternative » (le fameux Tina, There Is No Alternative, ndlr). Il faut scruter les signaux des marchés et se confier à la « bonne gouvernance », nous a-t-on seriné. La méthode a été appliquée, avec constance, au Nord comme au Sud, à droite mais aussi à gauche. Or la bulle spéculative a crevé, les marchés sont déboussolés, les États sont impuissants, la gouvernance des « G », 2, 8 ou 20 est en panne. Suivre les marchés ? Mais eux-mêmes ne savent plus où ils vont et, d’un jour sur l’autre, attendent le verdict des plus qu’opaques « agences de notation ». (...)
On en fait davantage encore dans un sens ultralibéral, ou on corrige à la marge. Or le bon sens dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et si, dans la crise épaisse qui nous englue, le réalisme n’était pas de tenter autre chose ? Et si l’on tentait la rupture, pour une fois ? Certes, la rupture patiente, vigilante, participative, soucieuse de liberté autant que d’égalité, mais la rupture tout de même. Celle qui choisit de mettre au centre le développement des capacités de chaque personne, d’établir la primauté du social au lieu de celle du financier. Celle qui pense que le bien commun ou le bien public, comme on dit à l’ONU, l’emporte sur l’intérêt particulier, celle qui juge que l’appropriation sociale, le service public et l’économie solidaire comptent plus que l’appropriation privée. Celle qui entend que la démocratie vaut cent fois mieux que la gouvernance.

Ces idées étaient comme délégitimées, il y a seulement une vingtaine d’années. Elles ne le sont plus depuis quelque temps : tant mieux. Mais jusqu’il y a peu, celles et ceux qui tenaient à ces idées étaient séparés. Ils allaient aux élections en ordre dispersé, le summum de l’éclatement ayant eu lieu aux élections de 2007. Résultat : la main a été laissée aux forces du système ou à celles qui s’en accommodent peu ou prou.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, la désagrégation a commencé de laisser la place à l’agrégation. Des communistes, des anciens socialistes, des écologistes, des républicains, des altermondialistes, des féministes, des syndicalistes et j’en passe, ont décidé de converger dans ce qui s’appelle le Front de gauche. Ensemble, ils concourent à la présidentielle avec Jean-Luc Mélenchon et aux législatives, avec quelques centaines de candidat(e)s.

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein… Libre à chacun d’être pleinement satisfait, ou de juger que le Front de gauche n’est pas assez pluriel, qu’il n’est pas assez innovant dans son discours et dans son style. Sans doute, mais pourquoi dans ce cas attendre que les améliorations toujours nécessaires viennent d’en haut ? Pourquoi ne pas mettre la main à la pâte ? La force d’un mouvement vient toujours du bas. En 2005, c’est parce que le mouvement contre le projet de Traité constitutionnel européen a été citoyen de part en part qu’il a gagné. Il faut essayer de faire de même en 2012. (...)

Après des années d’éparpillement et de désespérance, un signal d’espérance est donné. Si nous ne nous en emparons pas, l’histoire continuera d’appartenir à ceux qui défont notre monde depuis si longtemps. Mais nous savons alors qu’il ne nous resterait que les yeux pour pleurer. La gauche doit gagner en 2012. Et elle doit gagner avec un curseur déplacé. Pas quelque part entre la droite et la gauche, pas un peu à gauche, mais franchement à gauche. Au printemps de 2012, la position du curseur se mesurera à l’impact du Front de gauche. Cela a le mérite de la simplicité. C’est en même temps une rude responsabilité. Pour les forces composants de ce Front ; mais aussi pour celles et ceux qui ont à coeur l’intelligence et l’esprit public.

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Front de Gauche
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