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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 06:18

Il est toujours intéressant d'observer le parti de la gauche radicale allemande, qui a constitué un modèle à la création du PG.

DANS LA REVUE "REGARDS" le 19 juillet : par Charlotte Noblet :

Die Linke, le temps de la reconquête

 

Temps de crise, prestations sociales en danger et précarité croissante : même le parti de gauche allemand Die Linke, représenté depuis 2009 par 76 députés au Bundestag, n’insuffle pas de véritable alternative au modèle néolibéral dominant. Le parti de Gregor Gysi et d’Oscar Lafontaine est tellement préoccupé par des rivalités en interne qu’il ne s’est pas emparé de la crise du capitalisme pour imposer de véritables changements. Les citoyens-électeurs ont déjà manifesté leur désaccord à plusieurs reprises. Die Linke sera-t-il capable d’un nouveau départ ?


« Protester sans contenu n’est que charivari  », déclarait le chef de parti Klaus Ernst en avril dernier. Die Linke veut offrir un visage serein face à la success story du Parti des pirates. Les newcomers, vernis d’une image rebelle et moderne, poussent une à une les portes des parlements régionaux allemands, sans même proposer de véritable projet de société : Berlin en septembre dernier, puis la Sarre, le Schleswig-Holstein et la Rhénanie-du-Nord- Westphalie au printemps. Le Parti des pirates séduirait les jeunes, les abstentionnistes, une partie des Indignés et beaucoup de déçus. Selon les sondages INSA, les Pirates continueraient sur leur lancée et entreraient au Bundestag en septembre 2013. Les mêmes sondages évoquent une possible sortie des rangs parlementaires du parti de gauche allemand. Die Linke vieillirait mal ? Les déconvenues s’accumulent. Les élections régionales de la Sarre, fief d’Oscar Lafontaine, confirmaient en mars dernier la baisse de popularité du parti de gauche. Deux mois plus tard, les électeurs du Schleswig-Holstein et de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie ne remettaient plus un seul siège de leurs hémicycles régionaux aux membres de Die Linke. Le parti de gauche n’inspire plus confiance.

La crise ne fait pas les choux gras de die Linke

Le modèle capitaliste flanche et la croyance aveugle en un marché tout puissant a vécu. La société serait plus que jamais prête pour une alternative au modèle néolibéral. Pourtant, les revendications de Die Linke n’ont pas le vent en poupe. Des taxes sur les banques et sur les transactions financières, un impôt sur les grandes fortunes ou encore des obligations européennes : les propositions du parti rassurent moins que la politique d’épargne rigoureuse prônée par la Chancelière Merkel. Les Allemands ont peur pour leurs économies et freinent l’élan donné au parti Die Linke lors de sa création en juin 2007. L’avenir s’annonçait prometteur pour le parti issu de la fusion du Linkspartei. PDS, parti bien ancré à l’est de l’Allemagne, et de la WASG (Alternative électorale pour le travail et la justice sociale), plus présente à l’ouest de l’Allemagne et regroupant avant tout des sociaux-démocrates opposés à l’Agenda 2010 de Schröder. En deux ans, Die Linke était entré dans treize des seize parlements régionaux allemands. Le parti remportait un score historique lors des législatives de 2009, recueillant 11,9 % des suffrages exprimés.

Le parti d’opposition a réussi à imposer plusieurs de ses revendications sur l’agenda politique. La demande d’un salaire minimum pour tous a été reprise par le SPD et discutée par la coalition gouvernementale, la lutte contre la pauvreté des enfants fait des remous dans la politique de la famille et le retrait des troupes d’Afghanistan est régulièrement remis sur la table. Cependant, Die Linke ne renouvelle pas son répertoire : non au régime Hartz IV, réforme portant sur l’indemnisation chômage, non à la retraite à 67 ans et non à l’envoi des troupes de la Bundeswehr en Afghanistan. Le credo du parti paraît au-dessus des préoccupations des citoyens allemands. En mars 2011, la campagne dans le Bade- Wurtemberg ignore ainsi les inquiétudes issues de la catastrophe de Fukushima. Résultat, le parti perd sa carte d’entrée au parlement de Stuttgart. Il en est de même avec la crise : l’attitude « seul contre tous » ne rassure pas et par conséquent ne rassemble pas.

Peu d’autocritique et beaucoup de nombrilisme

Le decrescendo fut réellement amorcé fin 2009, avec le départ d’Oscar Lafontaine pour des raisons de santé. Depuis, le duo de remplacement à la tête du parti ne fait que défrayer la chronique. Le train de vie de l’ancien syndicaliste bavarois Klaus Ernst dépasse le bon entendement de nombreux camarades. Les déclarations de la coprésidente Gesine Lötzsch ne passent pas non plus toujours inaperçues : « Nous pourrons seulement trouver les chemins vers le communisme si nous nous mettons en route pour les essayer, que ce soit dans l’opposition ou au gouvernement », déclarait en janvier 2011 l’ancienne membre du SED, le parti unique d’ex-RDA. On reprochait au parti Die Linke de surfer sur la vague d’« Ostalgie » dans les nouveaux länder, de refouler les crimes commis au nom du communisme. (...) Ces disputes en interne autour de la construction du Mur de Berlin ou des souhaits à adresser ou non à Fidel Castro pour son anniversaire ne font qu’attiser une image déjà présente, notamment à l’ouest de l’Allemagne : celle d’un parti diaboliquement rouge. Derrière ces nombreux bémols se cache une crise existentielle du parti : la position de Die Linke vis-à-vis des sociaux-démocrates n’est toujours pas décidée. Les pragmatiques de l’Est accepteraient une alliance, contrairement aux proches de Lafontaine et fondamentalistes de l’Ouest. À l’heure où le SPD s’affirme dans l’opposition au gouvernement conservateur-libéral, Die Linke doit adopter une ligne de conduite.

L’espoir d’un renouveau

Même le charismatique chef de groupe parlementaire Gregor Gysi semble fatigué de la recherche sans fin de compromis. Il demande à ses camarades de consacrer moins de temps aux affaires internes du parti et plus de temps à la politique : « Si les citoyens ne remarquent pas que nous sommes là pour eux, nous avons perdu. » Et d’ajouter peu de temps avant le congrès du parti, début juin : « Soit c’est un nouveau départ, soit ça finit en désastre avec une division possible. » La nouvelle coprésidente du parti, la jeune Katja Kippping, laisse entendre le même son de cloche : « Arrêtons avec cette foutue division entre Est et Ouest. » Son appel ne suffit toutefois pas à couvrir les propos d’Oscar Lafontaine, qualifiant Sigmar Gabriel, Frank-Walter Steinmeier et Peer Steinbrück, trois personnalités de son ancien parti, de « losers du SPD ». Rancoeur ou conviction politique ? Die Linke a quelques mois pour réussir là où il a échoué ces derniers temps : se positionner vis-à-vis des sociaux-démocrates et du régime de RDA. Il semblerait qu’une réflexion sur le rôle d’Oscar Lafontaine, un des piliers du parti, soit à ce titre incontournable. « Nous ne devons pas offrir à nos concurrents politiques le plaisir de sortir Die Linke du Bundestag en 2013 », déclare Klaus Lederer, le responsable du parti à Berlin. L’observation est réaliste au vu des derniers sondages : il faut passer la barre des 5 % pour siéger au Parlement fédéral. Le parti de gauche Die Linke recueillerait difficilement 6 % des suffrages exprimés.

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans International
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