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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 18:22
| Par Martine Orange
© dr

Les banquiers l’avaient promis. Ils avaient tiré les leçons de la crise financière. Plus jamais ils ne céderaient aux sirènes de la finance casino. C’en était fini des spéculations à outrance, des parties de poker sur les marchés, des inventions diaboliques. Les  subprimes, CDO, CDS et autres leur avaient servi de leçon. Ils ne se laisseraient plus entraîner dans des dérives risquant d’amener le monde entier au bord du gouffre. On ne les reverrait plus pris dans des scandales comme l’affaire Kerviel. Désormais, ils renouaient avec les usages traditionnels de la banque.

 Les différents gouvernements avaient écouté avec attention ces engagements, puis avaient décidé de remiser sagement l’essentiel des réglementations qu’ils envisageaient  d’imposer au monde bancaire, sous la pression de l’opinion publique. Les banquiers avaient compris. Il n’était pas besoin d’en rajouter, affirmaient-ils, sensibles au lobbying intensif du monde bancaire pour éviter toute réforme dure.

Mais les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Quatre ans après, il apparaît que rien n’a changé dans le monde de la finance. La première banque américaine, JP Morgan, vient d’annoncer une perte de 2 milliards de dollars, liée à des spéculations erronées sur des dérivés de crédit. C’est une des pertes de trading les plus élevées dans l’histoire de Wall Street. Et elle pourrait encore augmenter : la banque pourrait avoir à enregistrer un milliard de dollars de pertes supplémentaires, dans les semaines à venir.

Jamie DimonJamie Dimon© Reuters

Dans la panique, le président de JP Morgan , Jamie Dimons, a convoqué en urgence une conférence de presse, jeudi  10 mai, après la clôture de Wall Street, pour avouer ce formidable scandale. (...)

Cet exercice d’auto-critique a été particulièrement pénible pour Jamie Dimons. Jusqu’alors, JP Morgan avait la réputation d’être la banque la plus prudente de Wall Street, ce qui lui avait valu dans les années 2005-2006 de vives reproches des analystes : selon eux,  la banque ne prenait pas assez de risques et pour ces raisons était moins rentables que ses rivales. Puis, avec la crise financière, elle fut au contraire saluée par tous pour sa sagesse, pour avoir évité nombre des produits toxiques qui empoisonnaient les autres. 

Son statut d’établissement bancaire très sûr lui permit de ramasser nombre de ses concurrents au bord de la faillite, pour une poignée de dollars. Elle récupéra ainsi à bon compte, la banque d’investissement Bear Stearns, première banque à tomber en faillite en mars 2008, puis la banque Washington Mutual, soutenue a bout de bras par les fonds publics, avant de participer avec Goldman Sachs à la mise à mort de sa concurrente Lehman Brothers.

Grâce à ces prises,  JP Morgan, qui avait déjà repris la Chase Manhattan dans les années 1980, est aujourd’hui la banque plus puissante des Etats-Unis, et son président Jamie Dimons, est considéré comme la figure de référence de Wall Street. Le banquier ne manquait jamais d’exhiber sa fameuse liste des règles de prudence du métier, devenue la table des lois de JP Morgan, qu’il conservait soigneusement dans la poche intérieure de sa veste. Se faire prendre, comme les autres, dans un scandale de trading est donc des plus humiliants.(...)

 

Le scandale, cependant, ne fait que commencer. Dès l’annonce des pertes, les différentes autorités de régulation de marché se sont emparés du dossier et ont commencé à poser quelques questions gênantes.

La première est de savoir s’il n’y a pas eu manipulation du marché. Les intervenants sur ce marché très étroit se comptent en effet en petites dizaines. JP Morgan y avait pris de telles positions qu’il en était devenu le maître du jeu, poussant de plus en plus l’indice à la hausse, pour son plus grand profit.  Si le trader a pu spéculer ainsi pendant plusieurs mois, il est tentant de conclure que la banque était jusqu’alors largement gagnante et a couvert les actions de son trader, jusqu’à ce que son jeu soit découvert. Dans l’affaire de la Société générale, le trader Jérôme Kerviel avait enregistré 1,4 milliard d’euros de profits avant de perdre plus de 6 milliards

 La deuxième question repose le problème du contrôle et de la culture des banques. Car  pour perdre 2 milliards de dollars, il faut en engager substantiellement plus. Comment expliquer que personne ne se soit alarmé de l’importance de tels engagements ? La situation est d’autant plus surprenante que Jamie Dimon assurait que toutes les positions étaient étroitement contrôlées et atterrissaient au final systématiquement sur son bureau.

Cette affaire détruit à nouveau l’argumentaire des banques, lorsqu’elles assurent qu’elles n’ont pas besoin de nouvelles régulations. Deux hypothèses sont possibles qui, d’ailleurs, ne sont pas incompatibles. Soit, en dépit des procédures et des contrôles, des failles existent, ce qui prouve que ces établissements sont devenus si gigantesques qu’ils sont devenus incontrôlables. Il faut donc y remédier.  Soit  la culture des banques, malgré tous les discours publics, n’a pas changé : même au sein de la banque qui se présentait comme la plus "vertueuse",  la spéculation  sur les marchés reste l’activité privilégiée, assurant une rentabilité qu’elle ne peut trouver dans ses activités traditionnelles. Le cours de bourse et les stock options priment sur les autres considérations. Ce qui implique que les banques préfèrent canaliser l’argent pour leur propre compte plutôt que d’aider à financer l’économie. (...)

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Publié par Parti de Gauche Villeurbanne - dans Capitalisme, finance
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