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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 23:20

Archive 1967-75
Virgin Records - 1998 - 50:37 / 52:28 / 75:01 / 72:35

Le voilà enfin, ce coffret si souvent annoncé et reporté ! L'attente a déjà rendu nerveux bien des fans endurcis, même si en y réfléchissant un peu, il n'y avait pas de quoi se mettre dans de tels états. La valeur liée à la rareté d'un objet (en l'occurrence d'enregistrements inédits) disparaît le jour où il devient commun. Pour que celui qui nous concerne trouve un large public au-delà des jours suivant immédiatement sa sortie, il se doit par conséquent de montrer de véritables qualités musicales inédites. Arrêtons-nous donc plus précisément sur le contenu de ce luxueux objet.

La pièce de résistance de Archive 1967-75 est indéniablement la version live de The Lamb Lies Down On Broadway, qui occupe à elle seule deux des quatre CD. A ce propos, on peut d'ailleurs regretter qu'afin de préserver le même découpage en deux que sur la version studio, chacun des deux disques ne dure qu'un peu plus de 50 minutes. On perd ainsi plus de trois quarts d'heure, qui auraient aisément pu être remplis par d'autres titres live de 1973, comme «The Battle Of Epping Forest» ou «Cinema Show» par exemple.

Comme pour tout enregistrement de ce type, l'intérêt propre de ces bandes s'avère proportionnel au taux de divergence avec les versions initiales. Or, on le sait bien, à part quelques variations minimes, quelques changements de couleurs, Genesis, bien que tout à fait apte à reproduire toutes les subtilités de ses albums, ne s'autorisait guère d'audaces.

Même «The Waiting Room» qui, lors de certains concerts, donnait lieu à de véritables improvisations, est proposé ici dans une version très sage. On est loin du King Crimson de l'époque, dont l'acquisition des 'live' est, de ce point de vue, bien plus justifiée. Le réel apport scénique de Gabriel et sa bande était essentiellement visuel; aussi, la réalisation d'un coffret vidéo aurait certainement été d'un tout autre intérêt.

Il est cependant un aspect de l'entreprise qui lui confère un attrait supplémentaire : le fait que la plupart des parties vocales, et certaines de guitare, aient été réenregistrées récemment (ou, plus exactement, il y a trois ans). Reconnaissons que cette initiative altère un tant soit peu l'authenticité du document, les vingt ans écoulés entre-temps ayant forcément fait leur œuvre, même si l'on sent que Peter Gabriel a tenté de s'imprégner à nouveau de l'esprit de l'oeuvre. Les quelques parties laissées intactes sont certes aisément reconnaissables («Chamber Of 32 Doors» et «Anyway» en particulier), mais le côté «créature de Frankenstein» que l'on pouvait légitimement craindre est évité... Par ailleurs, l'écoute des pirates de l'époque convainc aisément du bénéfice que tire l'audition de cette opération de chirurgie esthétique...

Pour ce qui est de la prestation elle-même, le bilan apparaît d'abord un peu mitigé, surtout du fait de l'interprétation molassonne du morceau-titre qui rend pessimiste quant à la suite des événements. Fort heureusement, le groupe se ressaisit vite et nous offre, notamment dans les séquences les plus progressives («In The Cage» ou «Riding The Scree» pour n'en citer que deux), une prestation qui dépasse souvent en intensité celle de l'album, qui souffrait de surcroît d'une production pâteuse.

Ici, les différents instruments ressortent mieux dans le son, et sont du coup moins écrasés sous le poids du chant. Précisions pour finir que ce concert ne fut sans doute pas le meilleur de la tournée, mais que c'est hélas le seul qui ait été enregistré sur bandes multipistes... et encore, pas totalement : c'est un remix de la version studio de «It» (donc avec baisse de volume à la fin...) qui nous est proposé en lieu et place de celle du concert - dommage...

Le troisième CD nous propose pour l'essentiel de larges extraits du concert d'octobre 1973 au Rainbow de Londres, piraté à maintes reprises, notamment sous le titre de The Great Lost Live Album. Ces morceaux ne sont donc pour la plupart d'entre nous que d'une nouveauté toute relative, à ceci près que la qualité du son est absolument remarquable et que les solos de guitare de «Dancing With The Moonlit Knight» (7:05) et «Firth Of Fifth» (8:28) ont été refaits par Hackett, et sont donc irréprochables (c'était loin d'être le cas à l'origine...).

Pour le reste, rien à dire : Genesis était en grande forme ce soir-là, le seul point mystérieux étant la raison pour laquelle c'est en français que Gabriel présente le duo Collins/Rutherford pour «More Fool Me».

Le clou du spectacle est bien évidemment «Supper's Ready» (26:34, mais ne vous réjouissez pas trop vite, les quatre premières minutes étant occupées par un délire verbal de Gabriel, secondé avec humour par Phil Collins), assez supérieure à la version chantée par Collins sur Seconds Out, qui bénéficie par ailleurs des parties de flûte de Gabriel et non de leur calamiteux succédané synthétique...

Venons-en maintenant aux enregistrements studio ou assimilés. Parmi ceux-ci, quelques versions alternatives (démo de «Dusk»; interprétation pour la BBC de «Stagnation» par le line-up 'classique', qui étonnamment ne parvient pas vraiment à améliorer l'original; version courte de «Watcher Of The Skies» enregistrée en vue d'un single resté inédit, à la valeur surtout archéologique; premières ébauches de morceaux du premier album), mais une majorité de titres rares ou totalement inédits.

«Twilight Alehouse», morceau de l'époque Trespass enregistré en 1973 pour la face B du single «I Know What I Like», dont la longueur alléchante ne tient hélas pas ses promesses, aurait logiquement trouvé sa place sur la réédition CD de Selling England By The Pound si Virgin n'avait à ce point bâclé son travail. Quant au très anodin «Happy The Man», il nous confirme qu'il n'était effectivement pas digne d'avoir inspiré son nom, comme on l'a longtemps cru à tort, à l'un des meilleurs groupes progressifs américains...

L'intégralité d'une séance BBC de 1970 (très bien conservée) permet d'entendre des inédits de cette période; mais ceux-ci, comme l'écoute souvent laborieuse des démos de 1967-68 qui occupent l'essentiel du dernier disque, ne font que corroborer une évidence : c'est légitimement que lesdites compositions ont été écartées des albums studio, et passée la curiosité initiale suscitée par leur découverte, on peut parier que ce quatrième CD ne réintégrera que très occasionnellement la platine...

On l'aura compris, si l'on aborde l'ensemble du coffret sous l'angle de la découverte d'un groupe exceptionnel au meilleur de sa forme, nous ne saurions que conseiller au novice de passer son chemin et d'aller plutôt à la rencontre des albums studio qui restent à jamais les meilleures références.

Nous n'en restons pas moins conscients que ces réserves ne freineront sûrement pas l'impulsion des «collectionnistes», et si les ventes sont bonnes (elles semblent en tout cas dépasser les prévisions des distributeurs), eh bien réjouissons-nous en : cela constituerait le meilleur encouragement qui soit aux divers (ex) membres du groupe de revenir à l'esprit de ce qu'ils ont fait de mieux dans leur carrière, et la preuve qu'il existe un public demandeur.

Soyons néanmoins réalistes : hors de cet hypothétique et fragile espoir, il serait tout de même un peu contrariant de vérifier une nouvelle fois qu'une large frange de ce public potentiel demeure figé dans ses goûts à la seule période «médiatiquement correcte», ne laissant aucune chance aux nouvelles formations pourtant en mesure de lui proposer une musique à la fois neuve et proche de ce qu'il a tant chéri...

Aymeric LEROY et Laurent MÉTAYER

(chronique publiée dans Big Bang n°27 - Septembre 1998)

Archive #2 1975-1992
Virgin Records - 2000 - 63:43 / 72:42 / 69:37

Deux ans après la sortie d'un premier stock d'archives, consacré à la période 1967-75, le célèbre groupe au patronyme biblique nous ouvre de nouveau sa boîte de Pandore pour couvrir cette fois la période 1976-92, éludant logiquement la récente parenthèse Ray Wilson. Les trois CD sont complétés par un livret à l'intérêt Fort limité : en plus de quelques photographies, on a droit à une très brève présentation de Tony Banks, et à une rétrospective de la période platement descriptive, réalisée par Hugh Fielder, qui ne vaut que par les diverses déclarations des membres du groupe qui y sont incluses. Enfin, il est regrettable qu'avec un tel format, les paroles des morceaux ne soient pas incluses !

Avec ce second volume, il est tentant de laisser de côté les morceaux live (tous inédits au format CD) que l'on retrouve pour la plupart dans la kyrielle de compilations récemment sorties sur le marché - quoique les versions de «Ripples» (sur laquelle Daryl Stuermer reprend avec brio le style d'Hackett) ou «Entangled» (écarté de Seconds Out) soient tout à fait réussies. De même, nous ne nous attarderons pas sur les ridicules entreprises de dépoussiérage à la sauce remix de titres qui n'étaient déjà pas passionnants au départ («Invisible Touch», «Tonight, Tonight, Tonight» sur une dizaine de minutes (!), «Land of Confusion», «I Can't Dance»... bref, toute la période karaoké; nous étions dans les années 80, soyons indulgents !).

Mentionnons toutefois une curiosité : une version alternative et plutôt étouffée de «Mama», sous-titrée «Work in Progress», qui dépasse les 10 minutes et fut probablement réalisée au moment de We Can't Dance; passé le caractère longuet de l'affaire, on appréciera la subtilité de quelques trop rares arrangements, même si on sent là aussi que les trois compères cèdent trop facilement à l'exploitation d'un filon déjà épuisé.

Consacrons-nous à ce qui fait le principal intérêt de ce coffret : les 50 minutes d'inédits et autres raretés. Pas d'anecdotiques chutes de studio. Non. De vrais morceaux, consistants, dignes de faces B acceptables, et même quelques petites perles oubliées dans les coffres forts de nos compères, des pépites inespérées que presque personne ne connaissait. Exemple : «On The Shoreline» resté injustement dans l'ombre de «No Son Of Mine» et qui aujourd'hui s'ouvre en jetant subitement une poignée de rayons ; «Do The Neurotic» qui aurait pu sauver Invisible Touch (1986) de l'inconsistance si Genesis l'avait retenu à l'époque à la place de l'autre instrumental, l'agréable mais insuffisament développé «The Brazilian» (mais non, «Do The Neurotic» était bien trop prog pour ces Eighties en pleine crise de culpabilité - je ne connaissais personnellement que les deux premières minutes de ce morceau, et j'en étais jusqu'à ce jour resté frustré !); «Naminamu» et ses vocalises minimalistes, qui inonde le cœur d'une lumière stroboscopique, malgré un caractère par trop répétitif, aurait mis tout le monde d'accord sur le très controversé Abacab (1981); «The Day The Light Went Out», petit bijou aux colorations harmoniques Sixties (encore une musique que Banks a écrit une main sur ses clavier, l'autre collée au ciel) et «Vancouver» (des flocons d'âme de «Snowman», «Snowbound» tombant sur le Canada), tous deux extraits des sessions de And Then There Were Three, l'album mal-aimé dont on retrouve, dans la partie live, les deux meilleurs moments («Lady Lies» et «Burning Rope»); ou encore «It's Yourself», curieuse et émouvante ballade atmosphérique, dont la partie centrale a été conservée sur A Trick of the Tail comme introduction à «Los Endos».

Cela nous fait donc une heure de nouveau rêve, état neuf. La flamme brûle de nouveau. Quelques fois, elle a été l'ennemi de l'aile, mais là, elle brûle sans empêcher l'envol.

Vous êtes de ce petit nombre des inconditionnels de Genesis toutes périodes confondues ? Alors laissez les autres hommes médire, la nuit stagnante est sur eux, et profitez également de «Heart On Fire», variété de luxe sur laquelle Collins imite Sting dans un registre mutin sur fond de musique chaloupée. «Feeding The Fire» est encore plus anecdotique, «Submarine» frôle l'inconsistance (Genesis copiant «Shine On...» du Floyd, on aura tout vu !) et le déjà connu et répétitif «Paperlate» aurait mieux convenu sur un album solo de Collins. Mais cela ne change rien à l'affaire car dans l'ensemble, les inédits sont d'un niveau tout autre de ceux retrouvés sur le Volume 1, démos laborieuses ou compos ratées. Pour la plupart, ces inédits du Volume 2 proviennent de la période la plus creuse, créativement parlant, dans la carrière de Genesis, les années 80. Et quand les albums sont ratés, généralement pour de sombres raisons de logique commerciale, on peut espérer découvrir, une fois la mauvaise saison passée, des scories - traduisons : des titres honteux - qui ont des qualités finalement supérieures, même s'ils restent souvent tributaires du choix fait par Genesis de privilégier la simplicité au détriment, trop souvent, de l'émotion profonde.

A ces inédits plus ou moins accrocheurs, on peut ajouter pour faire bon poids les titres non retenus pour les albums majeurs mais toutefois déjà publiés sous une autre forme : «Inside and Out», Genesis old school pour la face B du 45 tours «Pigeons», enregistré pendant les séances de Wind and Wuthering. «Inside And Out» est en deux parties distinctes, trois minutes d'arpèges de guitares acoustiques à six mains suivies de trois minutes de folie, «Selling» de nouveau à la portée du plus grand groupe de prog, pour ainsi dire le roi du monde, peut-être pour la dernière fois à son sommet; «You Might Recall», déhanchement triste d'une qualité telle qu'on se demande bien pourquoi il fut écarté de Duke pour réapparaitre quelques mois plus tard sur le Three Sides Live du marché européen : Banks sous influence Stevie Wonder (il avouait vers 78/79 écouter en boucle The Secret Life Of Plants et Songs In The Key Of Life). «Evidence Of Autumn» (séances de Duke puis Three Sides Live également) où Banks essaie, pas totalement en vain, de retrouver la magie de «One For The Vine», ainsi que «Open Door», petit morceau intimiste non dénué de charme. Mais quatre ans se sont écoulés entre-temps - une éternité...

Pour ce qui concerne la partie live, on écoutera en priorité «No Reply At All», sans les cuivres de EWF, pour se rapprocher de l'esprit qui nous anime. C'est toujours bon à prendre... Un dantesque «Duke's Travels», avec Phil et Chester, les deux seuls Blacks à avoir fait du prog (ah bon ? l'un des deux n'est pas un Black ?), synchrones derrière leur batterie, et où Banks nous rappelle à quel point ses solos étaient écrits et à quel point il détestait changer ne serait-ce qu'une seule note, même dans les moments les plus furieux, comme c'est le cas ici.

Le premier volume ayant relativement bien marché, la logique artistico-commerciale voudrait que ce second volume, forts de ces atouts réels, arrive à vous dévaliser de vos valeureux deniers. Même si tout n'est pas à garder, vous ne ferez finalement pas une si mauvaise affaire que ça, à condition toutefois d'apprécier un minimum l'ensemble de la carrière de Genesis. Dans le cas contraire, mieux vaut qu'un inconditionnel vous fasse découvrir les quelques bijoux d'avant le tournant radical de 1981.

Alain SUCCA, avec Jean-Guillaume LANUQUE

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Publié par Bing Bang Magazine - dans culture
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