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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 23:30

Trespass
Charisma - 1970 - 42:43

On nous l'a appris à l'école : pas d'histoire sans préhistoire !

Les aventures progressives de Genesis, si elles naissent effectivement avec Trespass en octobre 1970, furent bel et bien précédées de tergiversations artistiques. From Genesis To Revelation (1968) est effectivement la première œuvre que le groupe anglais enregistra, et s'avère quelque peu inconséquente face à celles qui lui succéderont...

Quoi de commun en effet entre les chansonnettes insipides de ces premiers pas musicaux et la sophistication des six morceaux de Trespass ?... Rien assurément ! L'année 1969 apparaît donc comme le tournant décisif pour Genesis et ses très jeunes musiciens (il sont alors âgés de 17 à 19 ans !)... Le noyau créatif constitué alors par Anthony Phillips et Mike Rutherford, secondé plus occasionnellement par Peter Gabriel et Tony Banks, connaît une période très productive.

Durant l'été, une longue pièce de 45 minutes, essentiellement acoustique («The Movement»), est écrite. Jamais enregistrée en tant que telle, elle sera néanmoins la base de nombreuses compositions futures, notamment «Stagnation» puis plus tard «Get 'Em Out By Friday»... L'arrivée d'un nouveau batteur, John Mayhew (succédant à Chris Stewart et à John Silver) finit de compléter la formation officiant sur le premier album. Nous voici enfin confrontés à un véritable groupe aux traits plus affirmés, donc moins enfantins, qui peut s'adonner à d'intenses improvisations collectives desquelles naîtront de nombreuses séquences, comme la fin de «The Knife».

C'est alors que les musiciens vont découvrir, ébahis, le premier album de King Crimson, In The Court Of The Crimson King, qui va considérablement modifier leurs valeurs musicales... Durant la période qui suit (novembre 1969 - avril 1970), le quintette s'isole dans le 'cottage' de Richard MacPhail, ami du groupe devenu son 'road-manager', afin de peaufiner le contenu de son second album; il s'agit en fait de mettre bout à bout les divers fragments musicaux réunis au fil des mois (notons sans nous y attarder encore que l'on touche là du doigt la principale retenue émise à l'encontre de Trespass)...

Cette période s'avère tout à la fois très créative et difficile. L'argent se fait rare (les 25£ gagnées lors du premier concert payé du groupe sont immédiatement réinvesties dans du matériel) et les tensions s'exacerbent...

Heureusement, grâce au producteur John Anthony qui assiste à l'un des concerts du groupe (tous entamés par un 'set' acoustique dont la plupart des titres resteront inédits), Genesis est signé début 1970 par le label Charisma et enregistre l'été suivant Trespass.

Nous voici donc confrontés au premier album progressif du groupe. Constitué de six compositions assez homogènes (pas de faute de goût), il expose de larges pans de la personnalité d'Anthony Phillips, alors principal compositeur du quintette. Cela se traduit par un propos musical typiquement anglais, c'est à dire empreint de délicates nuances mélodiques et de mélancolie.

Ces ambiances, dues au guitariste introverti, nourriront ainsi, malgré son départ, les trois œuvres suivantes de Genesis. Et si Trespass n'est pas le chef-d'œuvre qu'il aurait pu être, il faut en chercher la raison du côté de l'immaturité de ses interprètes (Phillips et Mayhew en tête). Il est vrai que nous sommes en 1970 et que Genesis est de plus en train d'inventer un genre, dont les bases les plus abouties ont été jetées un an plus tôt seulement par King Crimson.

Ces circonstances défavorables doivent nous conduire à l'indulgence face aux défauts avant tout formels de Trespass. Car pour le reste, c'est à dire la musique, il recèle quelques petites séquences merveilleuses de délicatesse, emmenées par des nappes de mellotron, des arpèges de 12 cordes, un chant souvent fragile et un orgue raffiné...

Et si le point d'orgue de cette démarche musicale est incontestablement «Stagnation» (un délice empreint de pureté !), le groupe a décidé de conclure son second album studio de manière violente avec le superbe «The Knife», véritable coup de poignard mortel aux chansonnettes de From Genesis To Revelation...

Suite à la sortie de l'album, Anthony Phillips décidera de quitter le groupe, souffrant de plus en plus du trac et ne se sentant pas techniquement à la hauteur. Rappelons qu'il n'est alors âgé que de 18 ans ! Ses collègues en profitent pour remercier Mayhew, aux carences trop flagrantes. Mais, pour le groupe, le départ de son guitariste (Phillips étant jusqu'alors effectivement le principal compositeur) est un drame, qui remet même un moment en question l'avenir du groupe... Néanmoins, les arrivées successives de Phil Collins et de Steve Hackett offriront un nouveau départ à Genesis, qui vivra néanmoins de longs mois encore sous l'influence d'Anthony Phillips...

Nursery Cryme
Charisma - 1971 - 39:35

Avec les arrivées successives de Phil Collins et Steve Hackett aux postes de batteur et guitariste, Genesis prend sa forme «classique», qui restera identique pendant près de cinq ans. D'un point de vue technique, et rythmique en particulier, le groupe gagne nettement au change. On s'en rend compte dès le premier titre, «The Musical Box», qui réédite la formule de «Stagnation» (alternance de séquences acoustiques et électriques, et crescendo dans la tension qui finit par exploser lors du final) en peaufinant davantage les effets de contrastes et les transitions. D'emblée, l'unité des quatre instrumentistes est frappante, et leur aisance dans les multiples registres abordés fait plus que suggérer les réussites des albums suivants.

Cette maturité du point de vue de l'exécution est la principale qualité de Nursery Cryme qui par ailleurs, il faut bien l'avouer, ne traduit pas d'avancée majeure par rapport à Trespass. Une raison simple à cela : le vide béant laissé par la défection d'Anthony Phillips. Ce n'est pas un hasard si les deux meilleurs titres (de loin) de l'album, «The Musical Box» et «The Fountain Of Salmacis», furent en partie composés avant son départ (certaines idées d'arrangement pour les parties de guitare du premier sont d'ailleurs de lui, d'autres étant de Mick Barnard, l'éphémère prédécesseur d'Hackett).

Si Tony Banks, secondé par Mike Rutherford, ne va pas tarder à prendre sa relève, avec le succès que l'on sait (son majestueux «Seven Stones» le laisse déjà entrevoir), il ne fait pas encore preuve, à ce stade, d'un talent comparable. Quant à Steve Hackett, sa contribution à l'écriture demeure anecdotique (il signe la musique et une partie du texte de "For Absent Friends", aidé par Phil Collins qui se voit du coup confier son premier 'lead vocal' dans Genesis).

Le véritable artisan de la réussite de Nursery Cryme est en fait Peter Gabriel, qui prend en charge la quasi totalité des textes et qui révèle dans cet exercice un talent que ne pouvait laisser préjuger Trespass et son romantisme souvent naïf. Ici, sa verve se fait surréaliste, humoristique ou caustique, au gré d'histoires extravagantes nourrie d'un art de l'absurde et du 'nonsense' typiquement britannique.

«The Musical Box» en est peut-être le meilleur exemple. Ce morceau recrée l'atmosphère de la maison victorienne dans laquelle Gabriel passait, enfant, ses vacances d'été. De cet endroit a priori idyllique, il fait le théâtre d'un conte fantastique et tragique, où les enfants, derrière leurs sourires angéliques, sont cruels et jaloux, et des objets a priori anodins comme une boîte à musique, une porte ouverte sur un imaginaire fascinant et envoûtant.

L'impact du texte est décuplé par une mise en musique magistrale et d'un grand impact émotionnel, qui en souligne avec un constant à-propos la trame littéraire.

Les autres morceaux célèbrent des veines variées, qui seront toutes revisitées sur les albums suivants. «The Return Of The Giant Hogweed» est une histoire de science-fiction, dans laquelle une plante mutante d'origine extraterrestre (la «giant hogweed», justement, ou «berce géante», en langage botanique français), qui résiste à tous les herbicides connus, menace de détruire l'espèce humaine après avoir été imprudemment introduite dans les jardins botaniques royaux de Kew Gardens... «Harold The Barrel» est un conte populaire dans la plus pure tradition britannique, qui raconte avec un humour pince-sans-rire les déboires d'un restaurateur poursuivi par la police pour avoir servi à ses clients, en lieu et place de petits gâteaux pour le thé... ses propres orteils ! Shocking ! Rattrapé, le malheureux menace de se jeter du haut d'un immeuble, pendant que les badauds tentent de l'en dissuader... Quant à «The Fountain Of Salmacis», il se penche sur le mythe d'Hermaphrodite, un thème qui sera de nouveau abordé (mais par Banks et Rutherford cette fois) dans «The Cinema Show».

Ce morceau, qui clôt Nursery Cryme de superbe manière, est assez différent, dans sa construction, de l'autre pièce de résistance de l'album, «The Musical Box», à savoir qu'ici la musique existe indépendemment du texte, et domine par conséquent le propos. On quitte ici le domaine d'un progressif théâtral (Gabriel, par l'utilisation de costumes, soulignera d'ailleurs en concert la complémentarité des dimensions littéraire et musicale dudit morceau, comme plus tard avec «Supper's Ready») pour une musique à l'architecture plus alambiquée, empreinte d'une dimension orchestrale issue très certainement de la culture classique de Tony Banks, qui en est d'ailleurs l'artisan principal.

Album de transition imparfait mais plein de promesses, Nursery Cryme s'attache essentiellement à, d'une part, inventorier et affirmer l'héritage considérable de Trespass (l'ombre d'Anthony Phillips continuera à planer longtemps sur Genesis - l'utilisation des guitares 12 cordes notamment) et, d'autre part, jeter les bases d'un avenir ne se reposant pas uniquement sur ce riche passé. Cette double mission est globalement remplie, et que le meilleur soit encore à venir ne fait précisément qu'appuyer ce constat positif...

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Publié par Bing Bang musiques progressives - dans culture
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